Articles Tagués ‘raison’

Autour du 20 décembre j’ai été pris d’un trouble étrange. Qui a grandi le 24 au soir au moment du réveillon et s’est amplifié quand on a servi le foie gras. Sans un viatique, quelques verres de Sauternes que je me suis obligé de boire non par goût, mais par nécessité,  nul doute que j’aurais perdu connaissance.
Pour éviter tout embouteillage à cause des huîtres, du saumon, des escargots, du chapon aux morilles et annexes, j’ai  procédé à l’ouverture des vannes, fait le plein des écluses et ouvert les portes à flot, seule bonne façon de rendre les voies digestives opérationnelles pour la navigation. Ô combien de pinard il m’a fallu ingurgiter pour que l’opération se passe sans anicroche !
En même temps qu’une joie ineffable me gagnait, je sentais dériver les frêles esquifs portés par des flots chamarrés, les imaginais gagner l’étroit estuaire avant de plonger dans l’abyssale fosse des vécés. Un délice, que dis-je : une révélation. Pas de doute, me suis-je dit, Dieu existe.

Le lendemain, apéritif et repas substantiel pris comme il se doit, et l’extase ne m’ayant pas quitté, c’est un rien aviné que je me suis rendu à l’église pour m’ouvrir au curé de cet état de grâce.
Ému jusqu’aux larmes je suis entré dans la sainte demeure. Le curé était dans la sacristie. Parfum d’encens et de pastis.

Le temps de remplir deux verres pendant que je lui expliquais ce qu’il m’arrivait il a pris la parole.
« Rien de plus normal, mon fils, avec l’état d’ivrognerie dans lequel tu t’es mis. Ne sais-tu pas que l’alcool obscurcit la raison ? Moi-même… »

 

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Pour tuer le temps et l’ennui, à défaut de tuer autre chose, comme tuer le serpent dans l’oeuf que pondra la poule avant de se le becqueter, car reconnaissant en cet animal hypocrite l’étranger qui viendra bouffer ses prochains oeufs si elle ne veille au grain… pour tuer le temps et me mettre du baume au cœur, disais-je, je me passe en boucle la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
 Aucun doute, ça marche. Et non seulement le temps semble se raccourcir comme un élastique dont on relâche la tension, ou un ressort pour qui en aurait, mais c’est d’un tel désopilant que, l’ayant fait écouter par pur souci d’enrichir sa culture à ma domestique d’origine portugaise, celle-ci a cessé de se faire arnaquer au rayon cosmétique de son hypermarché à acheter sa sempiternelle et chimique crème dépilatoire, crème qui, jusqu’à présent, ne lui a en aucun cas permis d’obtenir une nationalité plus enviable, à l’instar de celle Française qu’on est bien obligé d’admettre comme ne manquant pas de gueule, suffit de voir Marianne, bien autre chose que ma domestique dont je n’ai d’ailleurs jamais réussi à prononcer le nom correctement, ce qui n’a rien d’extraordinaire, le Lisutanien ne se prononçant absolument pas comme il s’écrit, c’est tout dire.  Je n’ai cependant rien contre elle, pas plus que contre la souillon bonne précédente, une Rom à qui j’avais gentiment expliqué (après qu’elle m’eut mis aux ordures une collection de CD Roms),  qu’elle avait vocation à retourner dans son pays.  Il y en a qui ont vocation à se gaver de caviar avec la cuiller en argent qu’on leur a mise dans le bec à la naissance ; d’autres non.  Mal intégrée, donc pas très futée, puisque Rom, je lui avais mi les points sur les i en lui expliquant qu’elle faisait partie du deuxième groupe, gardant pour moi que ce fait m’autorisait d’évidence à défalquer de ses heures de travail, bâclé, celles passées à lui faire entrer certaines notions dans son étroite boîte crânienne.

La DUDDHC, je raccourcis, ce qui me rappelle la douce époque révolutionnaire où, par pur esprit chrétien compassionnel, des sans-culottes parmi les plus acharnés,  donc qui en portaient, étêtaient gentiment et derechef les individus dont la haute taille pouvait indiquer une tendance à une quête de grandeur, leur évitant ainsi tout traumatisme crânien. Ô les braves gens ! La Déclaration etc., avais-je commencé à écrire, dès le 1e article, me fait pisser de rire, ce qui me rappelle les geôles puantes des Montagnards, en 1793 où, noblesse oblige, on mettait à l’abri en des lieux autant secrets que calfeutrés les pleutres à qui la Terreur faisait peur. À en croire les quelques malchanceux qui avaient recouvré l’air libre, désormais disponible à tous, ça en foutait pas une, ça parlottait, ça piaillait, ça jouait, ça pariait, ça rigolait ferme. Je parie que c’est toi le prochain ! Et non, c’était celui qui y disait qui y était. La bosse de rire !
 Depuis, et dans pas mal de contrées de sauvages, on a fait mieux que ces enfantillages, mais même sans aller si loin, on n’est pas si loin que ça de remettre le couvert. Il suffit de prêter l’oreille, je suis heureux il fait soleil, et pourtant, comme le dit Jean Roger Caussimon

Le 1e article. Prêts pour la rigolade ? : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Naître libres et égaux.
« Libres » : la liberté, si je ne m’abuse, implique l’autonomie. Si mes souvenirs n’ont pas été pollués par quelques croyances idiotes, je suis né bébé. Un tout petit machin vagissant sans aucune liberté, car entièrement dépendant des autres et sous leur coupe, y compris, dans mon cas, sous la coupe de la vache du voisin sans laquelle on n’aurait eu que du gros rouge à me donner en guise de nourriture.
« Égaux » :  loin de là, notamment tant que les barres de sécurité dans les bus ne seront pas à la hauteur censée me permettre de m’y tenir : mesurant 1,54m hors tout, je ne peux que m’agripper aux lacets des chaussures montantes de mon voisin que son 1,82m autorise à tenir fermement, et sans les lâcher pour autrui, deux magnifiques barres de sécurité en acier inoxydable. Le phénomène de dilatation que provoquent les étés  torrides n’y changent rien.
« Dignité » : n’arrivant pas à saisir le sens exact de ce mot, il me faudrait chercher dans mes relations quelqu’un qui m’éclaire. Certains politiques pourraient peut-être me coacher.
« Ils sont doués de raison et de conscience » : Tous les êtres humains ? Vraiment tous ? Les nègres, les cocos, les nazis, les khmers rouges, les Berlusconi ? Les Roms aussi ? Pas les Arabes, quand même pas !  Même les juifs ? Ah ! pas tous, me voilà rassuré. Oui, je sais, il y en a qui sont bien, qui ont du boulot, qui gagnent leur vie et tout et tout. Même chez les Roms parmi lesquels il y en a qui sont pleins aux as et qui vivent comme des rois. Paraîtrait même que c’est des rois, des vrais. Des vrais que c’est ni la conscience, ni la raison qui leur manque, parce que pour monter des affaires comme celles qu’ils montent, qui consistent à faire remonter la monnaie jusqu’à eux, sûr qu’il faut s’y connaître question raison et conscience.
« Agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » : C’est bien là ce je fais en inculquant quelques notions de culture dans la caboche tête de mes esclaves bonniches employées. C’est aussi ce que font les états européens les plus riches en aidant généreusement et sans autre intérêt que leur propre intérêt le Portugal ou la Grèce.

Ce 1e article est une bien belle entrée en matière, qui prend tout son sens avec l’article 2, à se rouler par terre :
« Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race » –manquerait plus que ça !–, « de couleur » on n’en est plus là !  , « de sexe » oui, mais y’a quand même des limites, « de langue » ce qui n’est tout de même pas une raison pour enseigner le breton, le basque, l’auvergnat septentrional, et tant qu’à faire, pourquoi pas le Rom, « de religion » tant qu’elle est bien de chez nous et hystérique historique, « d’opinion politique » avec les limites liées à la bienséance et à l’obéissance à l’ordre (nouveau ?) « ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance » cause toujours ! « ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté » -ô délices ! ô joie ! ô félicité ! ô Droits de l’homme doivent clamer en chœur les refoulés de tout poil et plus encore ceux, notamment européens, des Balkans et confins.
Quand je vous disais…

Pourtant ça n’est que le début. Installez-vous sur le trône ou mettez une couche, j’en remets une. Voyez plutôt.
Article 3 – « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » –mouais, à condition qu’on réexpédie chez eux les Roms délinquants.
Article 4 – « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. »
Article 5 – « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». –Raison pour laquelle les campements insalubres des Roms et autres paumés sont bien heureusement détruits. Car vivre dans de telles conditions d’insalubrité, reconnaissons que c’est bigrement dégradant .

Marrant, non ?  Je fais grâce des autres articles, mais conseille de jeter un œil sur le 7e, les 9e, 12e, 13e, 16e, 18e, le 19e (qui me met en liesse), les 22e, 23e, 26e, 27e, 29e.

En toute logique, et à moins que vous ne manquiez cruellement d’humour ou que vous souffriez de la non observance des belles règles édictées par cette DUDDHC, Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen (qui a quelque chose d’une déclaration… unilatérale), vous devriez : soit avoir les cuisses en feu à force de vous les être tapées, soit avoir la vessie vide. Dans quel cas, vous pourrez enlever vos couches si vous avez eu la bonne idée de suivre notre excellent conseil.
Mais peut-être, vous comme moi, avons-nous en réalité tristement ri jaune, jaune pipi, cela s’entend.
Comme j’ai ri jaune lorsque, pour s’attirer les bonnes grâces d’un électorat qu’il manipule pour que celui-ci l’aide à accéder aux plus hautes fonctions, le maître de ballet balai de l’hôtel de Beauvau, usant de stratagèmes empreints de quelque chose qui ressemble au plus trivial des racismes,  est entré en scène pour envoyer valser les Roms. Sous les applaudissements de nombre de spectateurs.

Le Brûlot péteur, je veux pas dire, mais y’a pas que lui qui fait dans les percussions. Faire dans la dentelle et dans la soie, j’adore. Alors la dentelle de soie, je vous dis pas.

Un rêve. Je suis malade, cloué au lit et me déféque dessus. Je me réveille : l’horreur. Jusqu’à ce que je me rende compte que ça n’est qu’un nouveau rêve dans le premier.
Je me rassure : ça n’était qu’un rêve, me dis-je, heureux de découvrir que ma litière est vierge de toute déjection et propre comme un sou neuf.
Du coup je me rendors, l’âme en paix, les intestins itou.

Erreur fatale !
Quatre heures du mat. Une odeur pestilentielle me réveille : je me suis proprement chié dessus. Proprement étant un euphémisme, on le comprendra. Je nage dans mes excréments, il y en a partout, jusqu’au plafond. Étrange, me dis-je, ne comprenant pas comment cela est possible. Je ne suis pas ce qu’on peut appeler un anorexique, mais de là à ingurgiter plus de 5,48 m3de nourriture, ce qui correspond au volume disponible une fois défalqués mobilier, bouquins, poupée gonflable (dégonflée et roulée dans son emballage, son volume est de 1,2 litres) et moi-même… il y a des limites que ma raison refuse de franchir. Puce à l’oreille, je décide qu’il ne peut s’agir que d’un troisième rêve, imbriqué dans les deux précédents. Je me recouche, sans oublier, au cas où, de glisser quelques serviettes éponge sur mon drap du desous. Sans pouvoir retrouver le sommeil, du moins le crois-je, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il ne s’agit là que d’un quatrième rêve, imbriqué lui aussi dans les précédents.

N’en pouvant plus, je décide de me lever.
Biiiiiip – biiiiiiip – biiiiiiiip. Une alarme s’est déclenchée. Une bonne femme accourt, de blanc vêtu, portant des sabots en caoutchouc. Un stéthoscope au cou, un tensiomètre dans une main, une paire de seringues dans l’autre.
S’passe quoi ? me lance-t-elle d’une voix peu amène. Avec c’qui vous arrive, c’est interdit d’vous lever. On vous y a pas dit ?

On me la fait pas. Je sais que je suis en train de rêver, et c’est pas une andouille d’infirmière à la con qui va m’empêcher de me lever si je veux me lever. Et encore moins dans un rêve.
Alors que je la repousse (elle veut m’empêcher de me vêtir), je l’entends gueuler : Germaine, v’nez me donner la main, y’a l’abruti du 45, la péritonite, qui fait des siennes.
La dénommée Germaine se pointe. Quatre-vingt dix kilos, prix d’ami, ,des biscotos de fort des halles. La masse de chairs et de tissus adipeux m’enserre, m’immobilise, me culbute et me plaque sur le lit qui gémit, pendant que sa collègue me plante une aiguille dans le bras.

Merde, je m’ai gourré de seringue, l’entends-je dire avant de sombrer. Définitivement.

Ça tremblemente de terre, ça tsunamise, ça érupte, ça inonde, ça avalanche, ça brûle, ça tornade et ça fait du beuze, du buzz, du ramdam, du patacaisse, du foin pour les ânes. On le filme, on l’écrit et on le ré-écrit jusqu’à la crampe, on vidéote, on photonumérise, on en cause, on s’en émeut, on lâche quelques malheureux sous, on soupire, on chiale, on enterre.

Ça bombarde, ça tiraille, ça gaze, ça brûle, ça coule, ça naufrage, ça exécute, ça meurtrit. On le dit, on le dénonce, on prend des mesures avec un double mètre, bien suffisant, on scie les planches, on les cloue, on y met les corps, on pleure, on inhume, on s’enrhume –il faisait un froid terrible–, on n’en dormira pas, pas trop. On en fera peut-être des cauchemars. Ça  subit la pression, ça subit l’oppression, ça se résigne, puis ça murmure, ça crie, ça parlemente, ça gueule, ça hurle, ça se révolte, ça se bagarre, ça s’offre en sacrifice, ça se décore, ça se libère une fois dix pieds sous terre ou parti en fumée. On tousse, pas tout le monde.

Ça communique, ça presse écrite, ça presse parlée, ça presse. On n’a pas le temps, pas le temps de sécher les pleurs ou de palper les dividendes.  Ça piaille, ça twitte, ça facebookise, ça webcam, ça dicte, ça ordonne, ça exige, ça commande de passer à autre chose… L’holocauste n’attend pas, ni le séIsme, ni le damné qui crève dans la rue parce qu’on l’a jeté à la rue, ni l’opprimé, ni le vaincu, ni le fou qui justifie notre raison, notre bonne raison qui nous fera l’enfermer, ni le mendiant qui te crache à la face sa haine de vivre sa chienne de vie, ni…

Après les corps offerts à l’oubli, les larmes aux mouchoirs ou le pognon aux portefeuilles, on passe à autre chose, à cette attente impatiente que d’autres drames surviennent, histoire de passer le temps, d’oublier le temps, d’oublier. Ce temps qu’on n’a plus.
Et profondément, très profondément, plus rien ne nous atteint. Mais par Dieu de misère, que d’événements nous émeuvent !

 

 

En fait, quand ça brûle, ça ne pète pas, sauf si c’est en train de cuire dans une cocotte minute, un autocuiseur comme on dit aujourd’hui.
C’est comme la pression, qu’elle soit sociale fiscale ou celle de mon jean. Même pas porté une heure, et,v’là que la pression a fait relâche. Tu me diras, avec les demis engloutis avec les potes, c’était pas plus mal.

En tout cas, et c’est pas pour dire, mais ça brûlotte dard dard. Dare dare aussi, si on préfère. Partout, même dans les déserts, et les déserts, entre les culturels, les  affectifs, ceux de l’intelligence ou simplement ceux de la raison, c’est pas ce qui manque.

Non, le monde n’est pas malade, mais ceux qui le gouvernent le sont. Cruellement et irrémédiablement malades.  Sans compter qu’ils sont idiots, incommensurablement idiots. Une preuve ? Regardez-les scier la branche sur laquelle ils sont assis sous le regard esbaudi de quelques invités au grand gâchis, qui applaudissent.