Articles Tagués ‘police’

Si la terreur n’avait pas autant la cote, les actes de terrorisme, sans passer inaperçus, ne feraient peut-être pas la une des médias comme ils la font. Médias historiques –radios, télés, presse écrite– et  médias hystériques –réseaux sociaux– où chacun s’échine à faire de la surenchère, buzz oblige.
Personne d’autre que ces crapules de djihadistes, n’a jamais eu droit à une telle couverture médiatique, autant dire publicité gratuite, locale, nationale et internationale. Pub directe, lorsque sont relatés les méfaits assassins de ces gens prêts à tuer leurs proches et à faire violer par leurs coreligionnaires dévoyés leurs propres enfants ; pub indirecte, surtout de la part des médias hystériques où on ergote à tout va sur les événements en cours, avec mise au placard de l’usage du conditionnel.  Ils encombrent l’espace numérique, d’une certaine façon s’immiscent dans les interventions de la police et de la justice et en gênent le bon déroulement. Mais l’indécence étant la clé d’une forte audience, laquelle participe à l’émergence d’un consensus (on est tous Charlie, on est tous Paris, on est tous des veaux), on laisse faire, on se laisse prendre au piège, pourvu et tant que chacun y trouve son compte.
Une multinationale de  l’événementiel est née. Bravo et félicitations aux parents finauds dont l’entreprise, au final, aura coûté moins de 200 morts, quelques dizaines d’orphelins, de veuves et de veufs. Plus quelques dégâts matériels (si dommageables). Une misère si on pense aux 30000 victimes du terrorisme qu’il y a eu en 1 an et qui n’ont pas eu la chance d’être tenus au chaud sous une bonne couverture médiatique.

NB : le malheur des uns (perte d’être chers) fait le bonheur des autres (ne souhaitant vexer personne, je n’entrerai pas dans le détail), ce qui ne les empêche pas de compatir, tout en se félicitant éventuellement de la progression d’un chiffre d’affaire, compassion et intérêt n’étant pas incompatibles.
Jusqu’à présent pas touché directement par ces actes terroristes cruels, orduriers et imbéciles, je me refuse à m’accorder le droit de sombrer dans la tristesse. Elle est réservée à qui serait dans l’affliction. Convenances obligent, et quand bien même cela serait convenu, recevez mes condoléances si vous avez été blessé(e) dans votre chair, dans votre cœur ou dans votre conscience.

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Les Roms, ceux qui atterrissent en France, moi je serais eux, je me barrerais vite fait ailleurs, à moins qu’ils tiennent vraiment à danser la valse au grand bal qui se prépare. C’est qu’on en a de grands musiciens joueurs de flûtiau et de cor, prêts à faire danser les Roms comme le faisait notre bon roi Louis le Quatorzième. Qui n’y allait pas avec le dos de la cuiller roms_roulotte_2pour se débarrasser des Roms : les mâles aux galères, leurs femelles –rasage gratis– marquées du sceau de l’infamie, les grouillants, morve au nez, enfermés dans des hospices pour y être exploités et maltraités. Entre Valls, à la baguette –un Iznogoud qui n’a pas les deux pieds dans le même soulier et à côté duquel Sarko est l’incarnation de l’humilité– et notre Marine Nationale –qui se la joue Roland à Roncevaux, preuve qu’elle connaît moins l’histoire que le Horst-Wessel-Lied, l’hymne officiel des SA et du Parti National Socialiste des travailleurs allemands, gentils garçons qui travaillent d’arrache-pied à la restauration de l’ordre (nouveau),– ne manque plus que l’événement qui ouvrira le bal : des élections au doux goût de la haine. Raciale.

Les Roms, je serais eux, je penserais à retourner là d’où ils sont partis ou à se trouver un pays d’Europe moins hostile, à défaut d’être plus accueillant, donc n’importe quel autre que la douce France. Moi, je serais à l’intérieur, je te mettrais ces traine-savates dans un avion, dans des camions bâchés dans un train avec un coup de pied au cul pour leur donner de l’élan, et zou, à l’extérieur ! Ça risquerait de poser problème parce qu’ils sont Européens ? Avec les mêmes droits que les Européens ? Ah bon !

La Déclaration des Droits de l’Homme a beau parler d’égalité, pas sûr que tout le monde en ait la même définition, de l’égalité. L’égalité avec qui, d’abord ? Déjà qu’entre les Européens, ça n’est pas si simple. Européens, moi je veux bien, si on m’explique ce que ça veut dire. Français-européen, ou Allemand-européen, qui est déjà la classe au-dessus, je vois à peu près ; Grecs-européens, c’est déjà pas la même ; mais Roms-européens, ça veut dire quoi ? Puis ceux qui viennent en France vider nos poulaillers et voler nos gosses avec leurs doigts même pas manucurés, ils viennent d’où ? De Roumanie ? De Bulgarie ? S’ils sont Roumains, pourquoi on ne les dit pas tout simplement Roumains ? Et s’ils sont Bulgares, pourquoi ne les appelle-t-on pas Bulgares ? Itou pour les Slovaques, Hongrois, Croates… Et s’ils sont européens, pourquoi le marché du travail, sans lequel ils ne peuvent pas s’intégrer, leur est-il fermé ?

Les juifs, les arabes, les musulmans, faut plus trop y toucher et, question de boucs émissaires, on commençait à craindre la pénurie. Mais ouf ! on a trouvé les successeurs, merci les Roms. Qu’on peut accuser des maux dont on ne peut plus accuser les David, Esther, Aaaron, Ziva, Nathan, Sarah, pas plus que les Ali, Mehdi, Leïla, Sofiane, Yasmine. Alors on les accable, on condamne leur conduite, on les incrimine ces Roms qui nous envahissent, souillent nos villes et nos campagnes. Une terrible horde de 20000 Roms, ce qui en fait, si mes calculs sont bons, 200 par département, bref, une horreur qui doit coûter, entre les opérations de police, les destructions de campements, les travaux de voirie… la peau des fesses aux contribuables. Question idiote : combien y a-t-il de chiens en France ? Que représente la masse de leurs déjections ? Combien leur enlèvement coûte-t-il aux collectivités ? Combien coûtent les dégâts corporels dont ils sont responsables ? Enfin, question annexe, à combien d’euros revient un chien ? Je ne parle pas des chats…

En 1983, la marche des beurs avait quand même fait bouger un peu les chose. Certes, ils représentaient un électorat potentiel, contrairement aux Roms considérés comme étant une sous-race par les Marine Nationale et comparses, ou comme étant incapables de s’intégrer à notre société (mais aptes à se désintégrer) selon Les Valls et affidés –on se place comme on peut–, Roms qui ne risquent en aucune façon de se rendre dans quelque bureau de vote que ce soit, on s’en doute.

Alors à quand une marche des Roms sur la place Beauvau ou l’Elysée ? Avec le soutien des Roms “intégrés” ? Ne rêvons pas et rappelons-nous comment les immigrés juifs de la première génération avaient accueilli ceux de la deuxième. Les Roms d’origine parfaitement intégrés à la société française ne manquent pourtant pas, mais sont-ils prêts à faire leur “coming out” et à dévoiler leur origine… honteuse ?

Comment Rom, terme générique (adopté par l’Union romani internationale lors du premier Congrès international des Roms, en 2002) pour désigner des groupes ethniques hétérogènes malgré des racines communes, a-t-il pu à ce point devenir cette désignation infamante dans la bouche de responsables politiques qui se réclament de la patrie des Droits de l’Homme ?

Moi, je serais Rom, et quitte à faire naufrage, je me demande si je ne préférerais pas être Afghan, Maghrébin, Turc, Africain subsaharien… et m’embarquer sur un vieux rafiot qui coulerait au large de Lampedusa.

Oui, je sais, ou à défaut de le savoir, je m’en doute : comme tout être normal, vous n’allez pas bien, c’est normal, et ça n’a rien de bien exceptionnel. Si cela vous convient, ne changez rien. D’autant si vous accordez une grande importance à la durée de vie, une longue vie.
Si, au contraire, ça vous pèse légèrement ou vous gêne aux entournures, devenez anormal : vous irez mieux. Quitte, éventuellement, à vivre moins longtemps.
Enfin, c’est à vous de voir.
Pour moi, c’est tout vu. Sagement élevé dans des principes et préceptes plus sages que ne les prônèrent Bouddha, le Prophète (celui dont je tairai le nom pour n’avoir pas d’embrouilles avec ses divins représentants, des gens bien comme il faut), Jésus-Marie-Joseph et Noël Godin, plus connu sous le sobriquet d’Entarteur –un rigolo qui faisait même rire les portes de prison–, j’ai passé mon temps d’imbécile pas particulièrement heureux en me faisant chier comme un rat mort à observer lois, règlements et autres règles morales n’ayant pour tout objet qu’interdire, défendre, prohiber, censurer, empêcher… sinon panpan culcul. Une vie tout ce qu’il y a de plus normale, vécue dans une indifférence aux autres qui n’avait d’égale que celle qu’ils me portaient, si je puis dire. Une vie tout ce qu’il y a de plus normale, je me répète, et d’une banalité à toute épreuve, bref, une vie sans autre intérêt que celui, modeste, servi par ma modeste banque et n’ayant jamais dépassé le taux de 1%, les meilleures années, une fois déduits les frais de gestion. Pas une seule fausse note, pas la moindre grossièreté –si ce ne sont quelques “crottes de bique” osées, mais dont je m’étais toujours excusé tête basse et en toute humilité–, pas le moindre orgueil, la moindre méchanceté, le moindre impayé (y compris pour des factures émises par des escrocs). Ni les moindres délit, écart, ruade, révolte, colère, irrégularité, faux pas (quand bien même m’aurait-il permis d’éviter une déjection canine), déviance, contravention, crime, entorse (quand bien même m’aurait-elle permis d’éviter pire) ; pas les plus petits manquement, méfait, transgression, violation, errement, offense, transgression, vice ou même brève et discrète séance d’onanisme. J’en rajoute, on l’aura compris, ayant tout de même commis quelques menues incartades, si pâlichonnes que jamais elles n’auront eu la moindre fâcheuse incidence pour autrui.
Une vie affligeante, en fait, lot de ceux qui se vouent à l’obéissance et refusent tout conflit, celui-ci consisterait-il seulement à vouloir chercher des poux à des teignes agressives ou autres saletés urticantes. Jusqu’au jour où…
Je ne dirai pas ce qui s’est passé ce jour-là, et qui me fut révélation salutaire. Mais je ne saurais taire ce mémorable « Putain de bordel de merde de saloperie de chiottes » qui m’était sorti des lèvres, suivi d’autres gentilleses stylées où il avait été question de « fils de pute, connards, bande de pétasses, enfoirés, sales cons, enculés, couilles molles… assortis de pédés, rastaquouères, métèques, niakoués… J’avais même osé « jobards », c’est pour dire.
Je m’étais retrouvé au poste –les flics ne précisent jamais « de police », c’est bien entendu sous-entendu– où ma verve devenue insatiable en avait rajouté. De là on m’avait conduit au Hachepet, l’hôpital psychiatrique, service de jour. Où j’avais rapidement et largement enrichi mon vocabulaire grâce à l’entremise d’une prostituée qui l’avait trouvé d’une rare indigence. En somme, de la pure éclate, pareille à celle que produisent les électrons libres. Électron libre que je suis devenu ce jour-là. 

Les gens pas normaux, quand ils s’agitent, les gens normaux les enferment, c’est connu, derrière des barreaux, de bons et solides barreaux fabriqués par des gens tout ce qu’il y a de plus normaux et obéissants, bons ouvriers et tout. Les gens anormaux d’un côté, et parce que « qui se ressemble s’assemble », les gens pas normaux de l’autre, ou anormaux, si vous préférez. Seulement séparés par des barreaux et par l’air qu’il y a entre les barreaux, même pas de l’air comprimé. Vous voyez ? 
Et croyez-le ou pas, je vais mieux, même si personne n’est capable de me dire ce que ça signifie, pour moi et en moi, d’aller mieux. Vous comprenez ?

Je le dis tout net : j’en ai ras le bol et plein les oreilles de ces artisans qui font du bruit jusqu’à tard le soir et remettent ça tôt le matin, sous prétexte qu’ils ont une commande urgente. Un boulot de charpentier et de forgeron. La charpente, je suis pas contre, mais se farcir la stridence de la scie qu’un affûteur pas futé a mal avoyée ; les coups de maillet répétés sur un ciseau à bois infoutu de trancher d’un coup les nœuds à cause du mauvais aiguisage d’un aiguiseur aux sens mal aiguisés, qu’une erreur d’aiguillage a dirigé dans cette voie professionnelle pointue où un manchot n’a pas sa place ; la taille à l’herminette sur laquelle ahane un apprenti aux yeux fous de bourreau… merci bien. Mais c’est de la bluette sonore par rapport au boucan infernal que produit la masse sur l’enclume, le marteau sur le fer, le fer rougi à blanc qu’un gaillard en sueur plonge dans l’eau qui frémit à gros bouillons. Marre de ce tintamarre.
Tout ça pour fabriquer quoi, je vous le pose en mille ? Une croix, je t’en foutrais !

Et j’en ai aussi ras les esgourdes et plein la calebasse de ces exécutions en place publique que les autorités, à défaut d’avoir su organiser un quelconque festival, ont mises en place pour développer culture et tourisme dans le patelin. 
 Et ne vous imaginez surtout pas que c’est un truc à trois francs six sous. Non, car les spectateurs en ont pour leur argent, dont je n’ai d’ailleurs jamais vu la couleur ni entendu le doux tintement, contrairement aux organisateurs qui s’en mettent plein les fouilles, que c’en est une honte, vous pouvez me croire. 
Ce week-end, ils ont fait les choses en grand, les organisateurs, des pas vraiment gentils. Racisme ou pas, c’est un métèque qu’ils ont raflé, un maniaque associal, il paraît. La police l’a filé, a guetté ses manies, ses moindres faits et gestes. Pas compliqué de trouver quelque chose de bizarre, donc de répréhensible, dans le comportement de l’individu qui se sait suivi, et qui, se sentant suivi ne peut que répondre à ce qu’on attend de lui : se comporter comme un fugitif. Et qu’est-ce qui amène quelqu’un à être un fugitif, si ce n’est des choses pas très nettes et autres actes malfaisants qu’il a commis ?
Affiches, tracts, bouche à oreille et téléphone arabe, la billetterie a été dévalisée en deux temps trois mouvements. Faut dire que l’affiche putassière à souhait était d’une rare éloquence.

Dès l’entrée en matière (tableau 1 : “Pris sur le fait”, mais quel fait ?), la foule s’est bruyamment et civiquement exprimée : « Salaud, métèque, crapouilleux, crapule, aux chiottes, retourne dans ton pays, sale nègre ». Au VIe tableau (“flagellation et couronnement d’épines”), la foule a explosé d’une joie malsaine ou de larmes bruyantes. Au VIIIe tableau, les forces de l’ordre ont dû contenir des éléments en colère qui huaient violemment un inconscient désireux d’apporter de l’aide au condamné : « vendu, sale traître, les suppôts du Christ au pilori, gougnafier ». Lequel inconscient aurait été placé en garde à vue. Pour sa protection, on voudrait bien le croire.
 le clou du spectacle ? Ben voyons : la mise en croix du malfaisant, plus crucifiction que crucifixion. Avec les clous volontairement grossiers, mais habilement forgés pour qu’ils présentent maintes habiles échardes aptes à transformer en charpie la chair juteuse des mains du supplicié. Un moment fort où les trompettes de la justice ont hélas été couvertes par un vacarme tohu-bohubuesque. Les grandes douleurs qu’éprouvent les condamnés en émoustillent certains parmi ceux qui ne le sont pas, leur silence coupable se muant vite fait en hurlements de fauves couvrant leurs agissements. Entre les hourras des uns et les lamentations des autres, quel vacarme, quelle clameur, qu’un son et lumière hors pair joint à des effets spéciaux dantesques ont fait redoubler d’éclat. Une surdose de tintamarre dont j’ai marre, doublement marre, plus que marre, définitivement marre.
 Avec l’épisode pleureuses –professionnelles et authentiques réellement éplorées– (XIIe et XIIIe tableau), je n’ai échappé à l’infarctus que grâce à des boules Quiès promptement introduites au plus profond de la bouche des premières, réservant ma compassion et quelques maladroites paroles de consolation aux mère, maîtresse et comparses du supplicié. Si les décibels ont certes baissé d’un ton, je n’ai pas pour autant réussi à renouer avec le silence auquel tout un chacun a le droit pendant le week-end.
Dieu merci, encore heureux que le condamné n’ait pas eu la mauvaise idée de prolonger son agonie.

Journées de merde. Et les pouvoirs en place autant que les grands prêtres n’ayant nullement l’intention de se priver des recettes confortables de ces spectacles… expéditifs, il va me falloir partir m’installer ailleurs si je veux renouer avec des week-ends paisibles, somme toute légitimes, en un lieu où la haine fait moins de bruit.
L’Europe centrale, avec ses vastes et calmes plaines, la douceur de ses étés, la tenue exemplaire des autochtones disciplinés qui ne braillent ni n’applaudissent à tout va et à tout rompre ? Non, j’y renonce, à cause de lointains bruits de bottes qui me font horreur.  Quoi d’autre alors ?
Paupières closes et mappemonde à portée de main, je la parcours de l’index, puis stoppe sa course. Ce sera là, décidè-je en ouvrant les yeux. Mon doigt indique un coin de la Narbonnaise tandis que l’ongle plus précis s’est patiquement planté sur une montagne qui, y regardant de plus près, s’avère être le pech du Bugarach. Le Bugarach dont Ponce, un ami romain de longue date, m’avait parlé. J’y possède une villa, avec Claudia, mon épouse, une fille du coin, m’avait-il dit. Je l’ai faite construire au cas où… Tu viens quand tu veux. Ponce qui, comme moi, ne supporte plus le vacarme tonitruant des masses ouvrières et artisanales, ni les piaillements d’une foule en liesse ou gémissements des affligés et encore moins les cris des suppliciés ; pas plus qu’il n’accepte le fait de ne toucher aucun des subsides que rapporte le spectacle des exécutions qui, au demeurant, ont fini par le lasser.

C’est décidé : l’Aude, son Bugarach, Rhedae et les sommets enneigés environnants vont bientôt me voir planter mes pénates sur ces terres paisibles où un grand dessein de siestard impénitent m’attend. La sieste, il n’y a rien de mieux pour méditer et prier.