Articles Tagués ‘larmes’

voeux_du_monde_2015

Crédit photos : je n’ai pas réussi à savoir d’où proviennent ces clichés et qui les a pris. Si quelqu’un en connaît l’auteur*, merci de me le faire savoir. Je suis bien sûr prêt à payer les droits, ou, s’ils étaient trop élevés pour ma bourse, à retirer ces photos de ce blog.

* Il pourrait s’agir, sans certitude aucune, du frère de Pete Seeger. J’ai cherché sur Internet, sans succès.

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On n’arrête pas le progrès.
Plus forte que les virus, une arme plus redoutable que le feu qui emporta Sodome et Gomorrhe, c’est pour dire,  pourrait dévorer la Terre. Dévorer, au sens propre. 

Cet automate auto-reproductible, fruit de la haute technologie et d’un cerveau en mal de reconnaissance et imbibé de rêves cauchemars de gloire, se nourrit de pyroxène, d’olivine, d’aluminium, de carbone, chlore, fer, manganèze, potassium, silicium, cuivre, etc… Sachant que sa masse est de 2500g et qu’il est capable de générer un nouvel automate en 24 heures, celui-ci ayant les mêmes caractéristiques et capacités que sont géniteur, en combien de temps la terre serait-t-elle grignotée ?
C’est une blague ? Allez savoir. Cependant, tous les espoirs sont permis.

Je le dis tout net : j’en ai ras le bol et plein les oreilles de ces artisans qui font du bruit jusqu’à tard le soir et remettent ça tôt le matin, sous prétexte qu’ils ont une commande urgente. Un boulot de charpentier et de forgeron. La charpente, je suis pas contre, mais se farcir la stridence de la scie qu’un affûteur pas futé a mal avoyée ; les coups de maillet répétés sur un ciseau à bois infoutu de trancher d’un coup les nœuds à cause du mauvais aiguisage d’un aiguiseur aux sens mal aiguisés, qu’une erreur d’aiguillage a dirigé dans cette voie professionnelle pointue où un manchot n’a pas sa place ; la taille à l’herminette sur laquelle ahane un apprenti aux yeux fous de bourreau… merci bien. Mais c’est de la bluette sonore par rapport au boucan infernal que produit la masse sur l’enclume, le marteau sur le fer, le fer rougi à blanc qu’un gaillard en sueur plonge dans l’eau qui frémit à gros bouillons. Marre de ce tintamarre.
Tout ça pour fabriquer quoi, je vous le pose en mille ? Une croix, je t’en foutrais !

Et j’en ai aussi ras les esgourdes et plein la calebasse de ces exécutions en place publique que les autorités, à défaut d’avoir su organiser un quelconque festival, ont mises en place pour développer culture et tourisme dans le patelin. 
 Et ne vous imaginez surtout pas que c’est un truc à trois francs six sous. Non, car les spectateurs en ont pour leur argent, dont je n’ai d’ailleurs jamais vu la couleur ni entendu le doux tintement, contrairement aux organisateurs qui s’en mettent plein les fouilles, que c’en est une honte, vous pouvez me croire. 
Ce week-end, ils ont fait les choses en grand, les organisateurs, des pas vraiment gentils. Racisme ou pas, c’est un métèque qu’ils ont raflé, un maniaque associal, il paraît. La police l’a filé, a guetté ses manies, ses moindres faits et gestes. Pas compliqué de trouver quelque chose de bizarre, donc de répréhensible, dans le comportement de l’individu qui se sait suivi, et qui, se sentant suivi ne peut que répondre à ce qu’on attend de lui : se comporter comme un fugitif. Et qu’est-ce qui amène quelqu’un à être un fugitif, si ce n’est des choses pas très nettes et autres actes malfaisants qu’il a commis ?
Affiches, tracts, bouche à oreille et téléphone arabe, la billetterie a été dévalisée en deux temps trois mouvements. Faut dire que l’affiche putassière à souhait était d’une rare éloquence.

Dès l’entrée en matière (tableau 1 : “Pris sur le fait”, mais quel fait ?), la foule s’est bruyamment et civiquement exprimée : « Salaud, métèque, crapouilleux, crapule, aux chiottes, retourne dans ton pays, sale nègre ». Au VIe tableau (“flagellation et couronnement d’épines”), la foule a explosé d’une joie malsaine ou de larmes bruyantes. Au VIIIe tableau, les forces de l’ordre ont dû contenir des éléments en colère qui huaient violemment un inconscient désireux d’apporter de l’aide au condamné : « vendu, sale traître, les suppôts du Christ au pilori, gougnafier ». Lequel inconscient aurait été placé en garde à vue. Pour sa protection, on voudrait bien le croire.
 le clou du spectacle ? Ben voyons : la mise en croix du malfaisant, plus crucifiction que crucifixion. Avec les clous volontairement grossiers, mais habilement forgés pour qu’ils présentent maintes habiles échardes aptes à transformer en charpie la chair juteuse des mains du supplicié. Un moment fort où les trompettes de la justice ont hélas été couvertes par un vacarme tohu-bohubuesque. Les grandes douleurs qu’éprouvent les condamnés en émoustillent certains parmi ceux qui ne le sont pas, leur silence coupable se muant vite fait en hurlements de fauves couvrant leurs agissements. Entre les hourras des uns et les lamentations des autres, quel vacarme, quelle clameur, qu’un son et lumière hors pair joint à des effets spéciaux dantesques ont fait redoubler d’éclat. Une surdose de tintamarre dont j’ai marre, doublement marre, plus que marre, définitivement marre.
 Avec l’épisode pleureuses –professionnelles et authentiques réellement éplorées– (XIIe et XIIIe tableau), je n’ai échappé à l’infarctus que grâce à des boules Quiès promptement introduites au plus profond de la bouche des premières, réservant ma compassion et quelques maladroites paroles de consolation aux mère, maîtresse et comparses du supplicié. Si les décibels ont certes baissé d’un ton, je n’ai pas pour autant réussi à renouer avec le silence auquel tout un chacun a le droit pendant le week-end.
Dieu merci, encore heureux que le condamné n’ait pas eu la mauvaise idée de prolonger son agonie.

Journées de merde. Et les pouvoirs en place autant que les grands prêtres n’ayant nullement l’intention de se priver des recettes confortables de ces spectacles… expéditifs, il va me falloir partir m’installer ailleurs si je veux renouer avec des week-ends paisibles, somme toute légitimes, en un lieu où la haine fait moins de bruit.
L’Europe centrale, avec ses vastes et calmes plaines, la douceur de ses étés, la tenue exemplaire des autochtones disciplinés qui ne braillent ni n’applaudissent à tout va et à tout rompre ? Non, j’y renonce, à cause de lointains bruits de bottes qui me font horreur.  Quoi d’autre alors ?
Paupières closes et mappemonde à portée de main, je la parcours de l’index, puis stoppe sa course. Ce sera là, décidè-je en ouvrant les yeux. Mon doigt indique un coin de la Narbonnaise tandis que l’ongle plus précis s’est patiquement planté sur une montagne qui, y regardant de plus près, s’avère être le pech du Bugarach. Le Bugarach dont Ponce, un ami romain de longue date, m’avait parlé. J’y possède une villa, avec Claudia, mon épouse, une fille du coin, m’avait-il dit. Je l’ai faite construire au cas où… Tu viens quand tu veux. Ponce qui, comme moi, ne supporte plus le vacarme tonitruant des masses ouvrières et artisanales, ni les piaillements d’une foule en liesse ou gémissements des affligés et encore moins les cris des suppliciés ; pas plus qu’il n’accepte le fait de ne toucher aucun des subsides que rapporte le spectacle des exécutions qui, au demeurant, ont fini par le lasser.

C’est décidé : l’Aude, son Bugarach, Rhedae et les sommets enneigés environnants vont bientôt me voir planter mes pénates sur ces terres paisibles où un grand dessein de siestard impénitent m’attend. La sieste, il n’y a rien de mieux pour méditer et prier.

Ça tremblemente de terre, ça tsunamise, ça érupte, ça inonde, ça avalanche, ça brûle, ça tornade et ça fait du beuze, du buzz, du ramdam, du patacaisse, du foin pour les ânes. On le filme, on l’écrit et on le ré-écrit jusqu’à la crampe, on vidéote, on photonumérise, on en cause, on s’en émeut, on lâche quelques malheureux sous, on soupire, on chiale, on enterre.

Ça bombarde, ça tiraille, ça gaze, ça brûle, ça coule, ça naufrage, ça exécute, ça meurtrit. On le dit, on le dénonce, on prend des mesures avec un double mètre, bien suffisant, on scie les planches, on les cloue, on y met les corps, on pleure, on inhume, on s’enrhume –il faisait un froid terrible–, on n’en dormira pas, pas trop. On en fera peut-être des cauchemars. Ça  subit la pression, ça subit l’oppression, ça se résigne, puis ça murmure, ça crie, ça parlemente, ça gueule, ça hurle, ça se révolte, ça se bagarre, ça s’offre en sacrifice, ça se décore, ça se libère une fois dix pieds sous terre ou parti en fumée. On tousse, pas tout le monde.

Ça communique, ça presse écrite, ça presse parlée, ça presse. On n’a pas le temps, pas le temps de sécher les pleurs ou de palper les dividendes.  Ça piaille, ça twitte, ça facebookise, ça webcam, ça dicte, ça ordonne, ça exige, ça commande de passer à autre chose… L’holocauste n’attend pas, ni le séIsme, ni le damné qui crève dans la rue parce qu’on l’a jeté à la rue, ni l’opprimé, ni le vaincu, ni le fou qui justifie notre raison, notre bonne raison qui nous fera l’enfermer, ni le mendiant qui te crache à la face sa haine de vivre sa chienne de vie, ni…

Après les corps offerts à l’oubli, les larmes aux mouchoirs ou le pognon aux portefeuilles, on passe à autre chose, à cette attente impatiente que d’autres drames surviennent, histoire de passer le temps, d’oublier le temps, d’oublier. Ce temps qu’on n’a plus.
Et profondément, très profondément, plus rien ne nous atteint. Mais par Dieu de misère, que d’événements nous émeuvent !