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Autour du 20 décembre j’ai été pris d’un trouble étrange. Qui a grandi le 24 au soir au moment du réveillon et s’est amplifié quand on a servi le foie gras. Sans un viatique, quelques verres de Sauternes que je me suis obligé de boire non par goût, mais par nécessité,  nul doute que j’aurais perdu connaissance.
Pour éviter tout embouteillage à cause des huîtres, du saumon, des escargots, du chapon aux morilles et annexes, j’ai  procédé à l’ouverture des vannes, fait le plein des écluses et ouvert les portes à flot, seule bonne façon de rendre les voies digestives opérationnelles pour la navigation. Ô combien de pinard il m’a fallu ingurgiter pour que l’opération se passe sans anicroche !
En même temps qu’une joie ineffable me gagnait, je sentais dériver les frêles esquifs portés par des flots chamarrés, les imaginais gagner l’étroit estuaire avant de plonger dans l’abyssale fosse des vécés. Un délice, que dis-je : une révélation. Pas de doute, me suis-je dit, Dieu existe.

Le lendemain, apéritif et repas substantiel pris comme il se doit, et l’extase ne m’ayant pas quitté, c’est un rien aviné que je me suis rendu à l’église pour m’ouvrir au curé de cet état de grâce.
Ému jusqu’aux larmes je suis entré dans la sainte demeure. Le curé était dans la sacristie. Parfum d’encens et de pastis.

Le temps de remplir deux verres pendant que je lui expliquais ce qu’il m’arrivait il a pris la parole.
« Rien de plus normal, mon fils, avec l’état d’ivrognerie dans lequel tu t’es mis. Ne sais-tu pas que l’alcool obscurcit la raison ? Moi-même… »

 

« Les femmes, qui provoquent par leur habillement succinct, qui s’éloignent de la vie vertueuse et de la famille, provoquent les instincts et doivent se livrer à un sain examen de conscience, en se demandant : peut-être le cherchons-nous ? »

Tel est le petit manifeste qu’a placardé sur la porte de l’église de son patelin (San Terenzo, Italie) Don Piero Corsi, le bon curé. Qui s’est fait sonner les cloches par sa communauté, rien que des ingrats que, personnellement, j’invite à se confesser et à faire repentance, faut quand même pas déconner avec ça.
C’est vrai, quoi. Entre les pétasses qui portent des strings à la messe, les salopes qui ne portent pas de petite culotte et celles qui n’en ont pas changé depuis leur dernière relation sexuelle et dont l’odeur attire les mâles en rut, on va où ? Et les greluches avec une jupette à ras le bonbon –parfois appétissantes, je n’en disconviens pas, mais pas toujours– qui, se relevant après avoir goulument suçoté le corps du Christ, étalent leurs chairs plus ou moins flasques, c’est-i pas une honte, une atteinte à la pudeur ? Me dites pas que vous l’avez pas remarquée, la gêne du Jésus. Et me dites pas que vous n’avez pas observé comme ça bougeait sous le petit bout de tissu qui lui cache ses divins organes de reproduction. Seriez pas un tantinet excité après plus de 2000 ans d’abstinence ? Si ça n’est pas de la provoc et de l’indignité, c’est quoi ? Les filles qui ont le feu au cul comme ça, moi, je te les excommunierais vite fait. Mais d’abord je te les prendrais à confesse, et on verrait… On va quand même pas mettre un pompier à l’entrée de l’église, nom de dieu !

Et faut pas croire, y’a pas qu’en Italie, mais chez nous aussi. Tiens, l’autre jour, pas plus tard que samedi dernier, 18 heures. Déjà que je trouve le jour pas très catholique, il a fallu qu’en plus ils mettent la messe à l’heure de l’apéro, on croit rêver. Bref. Pour le curé, je dis pas, avec ses burettes qu’il vide en radin, mais pour nous, nib. Bref, c’est pas le propos. Y’en a une, de gonzesse, on me croit ou non, la v’là qui se pointe en short et débardeur. Quand je dis short, c’est short, court si on préfère, très court, si court que je me suis demandé si c’était une pauvresse qu’avait pas les moyens, que je te lui aurais bien réchauffé les fesses. Quant au débardeur, autant dire que ça débardait débordait de tous côtés, y compris vers le bas. Un débardeur qu’une cravate, à côté, tu peux croire que c’est un drap pour un lit deux places 140 par 200. Et je vous le donne en mille, elle est allée communier. La gueule du curé, que si sa soutane et son aube ç’avait été du bronze, autant dire que les enfants de chœur auraient pas eu besoin de branlicoter leurs clochettes. Faut dire que la gonzesse en question, question nibars et miches, ça se posait là. L’office terminé, j’ai pas pu m’empêcher de lui dire que, quand même, elle aurait peut-être pu se nipper comme une bonne chrétienne plutôt que de s’attifer comme une fille de mauvaise vie. Vous savez quoi ? Pas le temps, qu’elle m’a répondu, le boulot. Ah oui ? je lui ai dit, et où ça ? Là, sur le trottoir, elle a répondu. Même que j’ai un client qui m’attend, elle a rajouté en se remettant les ovaires nibars en place. 
J’ai rien contre, faut pas croire, mais moi j’appelle ça de l’appel au meurtre, pire, du vice. Faudra pas vous étonner si vous vous faites sauter dessus par le premier venu, je lui ai lancé à la volée, à défaut de lui en coller une, que si c’était ma fille qui me déshonore comme ça et qui me fasse venir une pareille érection, pas sûr que je serais pas tenté. Des diablesses, moi je dis, les filles comme ça. Alors oui, le curé de saint machino, en Italie, je suis d’accord avec lui. Un jour, vous verrez, on finira par retrouver la croix du Jésus toute vide, avec les clous par terre. 2000 ans sans la moindre galipette, tu parles ! 
Me faire sauter ? qu’elle m’a crié, j’en viens et j’y retourne, ducon.

Je parle des gonzesses, mais les mecs, ils sont pas en reste, faut pas croire. Avec leurs jeans moulant et tout, que le curé où je vais quand l’autre il fait grève, à cause que c’est un prêtre ouvrier, c’est ce qu’il dit, il y est pas insensible, comme des rombières non plus, que ça les ramène au cirque quand elles étaient gamines. Le chapiteau.
Le pire, les gonzes, c’est sur la plage, leurs tablettes de chocolat et leur petit slip moulant que tu te dis que le chocolat de leurs tablettes, le soleil l’a fait dégouliner plus bas, à moins qu’ils se soient carré une coquille saint Jacques, comme les danseurs. Un appel au coït, moi je dis, au su et au vu de tous. Et que je te roule des mécaniques, et que je fasse le mec pareil. C’est pas compliqué, je suis observateur, y’en a qui disent que je suis un voyeur, je suis pas d’accord. Encore l’autre jour, le samedi après-midi d’avant la messe, à la plage, j’ai vu quoi, je vous le donne en mille ? Une nana. 17 heures. Elle se met debout, secoue sa serviette, la plie, se barre en dandinant du pétard. Sa place, pas mouillée mouillée, mais quand même, au point que j’ai cru qu’une vague était montée jusque là où elle était. Tu parles, la mer était étale !

Alors notre bon curé, je sais pas vous, mais moi je suis d’accord avec lui. Jésus, je sais pas et ça me regarde pas, mais s’il le fallait, sûr que je le soutiendrais, le curé.

21/12/2012 

H+01″ : Une tempête stellaire de force 5 –plus forte qu’un vulgaire orage solaire– débarque sur terre avec armes et bagages. Comme d’hab, prétextant le secret défense et le terrorisme, le gouvernement  n’en a rien dit, mais les réseaux ont joué. Bugarach Temps Zéro, une association dont je suis l’un des membres éminents m’a envoyé un SMS à H moins 1.

 H+02″ : Les résistances des cafetières électriques s’emballent, le café est foutu. 30 secondes plus tard, le grille-pain grésille avant d’envoyer dans l’espace mes deux tartines en flamme, preuve que les OVNIs ne sont pas un mythe.

H+03″ : Alors qu’en toute urgence je décide de calculer la valeur de H et son origine pour savoir à quoi réellement m’attendre, je constate que les piles de ma calculette sont plus vides que mes coucougnettes mises au turbin la veille au soir, pensant que ce serait la dernière fois qu’elles me seraient utiles : ouate oeufs foot, quel pied ! Crayon et papier en main je fais appel à ma mémoire pour retrouver l’équation qui devrait me permettre de trouver la solution. Un flash lumineux parcourt mon cortex, la vierge m’apparaît.

 H+05″ : Les pendules s’arrêtent, les feux rouges s’éteignent, la circulation automobile devient fluide : normal, les systèmes électroniques sont grillés.

 H+06″ : Se retrouvant en chômage technique, les préposés au remontage des pendules s’alanguissent dans les bras de Morphée, pour les célibataires, dans ceux de leur chéri(e) pour les autres.

 H+07″ :  Faire ses dernières prières n’a jamais fait de mal à personne, ni se mettre en paix avec sa conscience : je décide de prévenir les autres.  Le téléphone grésille faiblement. Un courant d’air dans l’oreille me dit qu’il vient de rendre son dernier souffle. Les ténèbres m’interdisent les signaux de fumée. Je fonce  à la droguerie –des radins ouverts 24h sur 24–  acheter deux boîtes de cirage « Lion Noir » plus un gros rouleau de ficelle, l’idéal pour installer un téléphone de campagne. Certes j’habite en ville, mais je me débrouillerai. Je procéde à l’installation, moins simple qu’il n’y paraît, à cause des câbles électriques et fils téléphoniques que je décroche de leurs poteaux et potences. 30 minutes plus tard, après avoir expliqué la situation à mes correspondants, mon téléphone est opérationnel. Je vais désormais pouvoir les informer de ce qui se passe à condition, toutefois, de bien tendre la ficelle.

 H+45″ : J’ai beau courir vite, j’ai perdu quelques précieuses secondes. Où ? Je n’en sais fichtre rien, mais je dois les retrouver si je ne veux pas être le jouet du temps. Téléphone Lion Noir dans une main et pendule dans l’autre, je le laisse aller et venir au-dessus de la carte d’Etat major. Ici ! m’indique le pendule qu’il m’a fallu remettre à l’heure avant de l’utiliser. Je m’y rends. Quelqu’un, sans doute un quidam qui n’a pas eu le temps de se mettre en paix avec sa conscience, a trouvé mes précieuses secondes avant moi. Tant pis, je ferai avec, donc sans.

 H+58″ : J’ignorais à quel point je suis rapide comme l’éclair.

 H+59″ : Je décide d’arrêter de faire de telles constatations, car elles ne me servent à rien d’autre qu’à me faire perdre de mon précieux temps.

 H+1’12 » : Levant les yeux au ciel de lit où j’ai épinglé le joli calendrier des PTT d’où Maya l’abeille me regarde, j’apprends que nous sommes le 21 décembre 2012. Ce qui ne m’étonne qu’à moitié, sachant que demain nous devrions être le 22, jour qui, d’après mes calculs, devait être celui de la fin des temps et du calendrier des PTT, puisqu’il ne servirait plus à rien, même pas dans une cabane au fond d’un jardin. Alors, que se passe-t-il donc aujourd’hui ? Les événements qui se déroulent depuis H+01″ ne seraient-ils que les prémices de ce qui nous attend demain, 22 décembre ? Je décompose 2012 en 20 et 12. Que je pose en les saisissant sur ma calculette : 20 + 12 = 32. J’ajoute le mois, donc 12, ce qui me donne 44, somme à laquelle je rajoute 22, le jour. Ce qui nous fait un total de 66, nombre de la bête, 666 étant celui de la bêbête. La fin du monde n’est pas pour aujourd’hui, Dieu merci. Le président de l’assoc’ Bugarach Temps Zéro va avoir de sérieux problèmes avec ses adeptes, adhérents et membres honoraires qui ont payé sacrément cher leur 2 mètres carrés de survie au Bugarach, pour le 21 décembre.

H+30’47 » : On peut être bon en arithmétique et lent aux calculs. Sans doute un manque d’entraînement. Je me dois de prévenir les autres, leur dire que la fin du monde n’est pas pour aujourd’hui. Je tends la ficelle, tire deux ou trois coups secs pour leur signifier que je les sonne. Couvercle de Lion Noir à l’oreille, j’écoute : rien. Pourtant, je sais qu’ils ont décroché, car eux aussi ont actionné la sonnette. Quelque chose de froid sur la tempe et d’odoriférant dans les narines – une âcre odeur de naphte–, me met la puce à l’oreille : j’ai oublié d’enlever le cirage. Un chiffon, une brosse, et me voilà à cirer tout ce qui est cirable, notamment les chaussures que je mettrai demain pour le jugement dernier. Autant présenter bien, car ce n’est pas demain la veille qu’un tel événement se reproduira.

 H+60′ : J’ai toujours détesté le gaspillage. Du coup, j’ai ciré tous azimuts, y compris la toile cirée défraîchie, mon ciré breton au cas où des pluies acides se mettraient à tomber, plus le cachet de cire apposé sur mon testament. J’en ai profité pour cirer les pompes de quelques pontes qui siègent à la droite de Dieu, ça peut toujours servir.

H+50′ : Les doigts noirs de cirage, je cours me les laver à l’église. L’eau bénite sera un plus pour demain, sinon je ne croirai plus en rien.

 H+70′ : Bougez pas, restez calme, on arrive me disent les autres au téléphone. Leur voix est bizarre, ça doit être à cause de la ficelle. Soit je l’ai mal tendue, soit des hirondelles se sont posées dessus avant leur grande envolée migratoire vers d’autres cieux, soit encore un OVNI l’a percutée.

H+80’12 » : Le temps passe si vite que je me demande si demain ne va pas arriver avant l’heure et s’il ne sera pas là avant qu’aujourd’hui ne soit fini.

 H+80’15 » : Les horloges ne fonctionnent plus, je l’ai déjà dit. Sans mes pulsations cardiaques que je compte depuis H+1″, je ne saurais pas où j’en suis par rapport au temps qui passe et je n’aurais aucune idée quant à celui qui me reste avant de trépasser. Impression désagréable de voir le temps me filer entre les doigts que j’utilise pour mesurer mon pouls. Un certain stress me détraquant le cœur détraquerait-il ma montre ?

H+90′ : Une sirène. Les autres ont eu fait vite de rappliquer. Bizarre qu’ils aient mis leur tenue blanche, celle prévue pour le jugement. Manque de confiance en moi ? Pourtant, ne leur ai-je pas démontré par  2 plus 2 font 4, que la somme de 22+12+2012 égale 66, le nombre codé de la bête ? À moins qu’ils n’aient tout bonnement rien compris à ma démonstration. S’impose à moi un questionnement : au fait, que viennent-ils faire ici ?

 H+90’74,5″ : Je vais pour leur passer un coup de fil quand je me rends compte que la ligne est coupée. Voulant tendre la ficelle pour que la communication soit de bonne qualité, je sens du mou. Je tire sur la ficelle, tire encore, rien d’autre que du mou, puis plus rien, sauf un bruit de boîte de conserve dans les escaliers, dzing, dong, breling, dzing, comme celui à mon mariage, quand des idiots avaient accroché des boîtes de conserve au cul de notre voiture en partance pour notre voyage de noces sur Mars.

 H+90’194,5″ : Deux minutes se sont à peine écoulées. S’ouvrent violemment les deux battants de la porte. Bref instant de silence dont j’enregistre la brièveté grâce à mon cœur qui a cessé de battre ce bref instant. Ennio Morricone est à la baguette. On bouge pas, gueule un grand balaise, malgré sa muselière. Une piqûre, infirmier, reprend le même grand balaise. LES AUTRES arborent une croix rouge sur leur blouse blanche, viennent sur moi, m’arrachent mon téléphone Lion Noir des mains, me ceinturent. Une seringue me menace.

 H+90’350″, à quelques dixièmes près. Pas d’échappatoire. Si je veux me sortir de ce mauvais pas, je suis obligé de trahir la confiance que le Gouvernement a placée en moi. Secret défense, je leur dis. Vous n’avez rien entendu, vous ne me connaissez pas, vous n’avez jamais ouï parler de ce que je vais dire, vous ne m’avez jamais vu, je n’existe pas. Je suis infiltré dans la secte Bugarach Temps zéro, pour le compte du gouvernement. Liberté, égalité, fraternité, ça vous dit quelque chose ? Cette nuit, à minuit pétante, je déclenche le plan Passé Simple. Un code sur mon téléphone, et hop, plus de Bugarach. L’idée qu’il y ait des survivants insupporte le chef de l’Etat. Fidèle aux trois principes fondateurs de la République, la liberté devant la mort sera donnée à tous, indifféremment des origines sociales, culturelles, ethniques, dans la fraternité enfin retrouvée. Alors, au boulot ! il faut que d’ici ce soir les liaisons téléphone portable fonctionnent.

 H+n : L’aiguille sitôt plantée et la seringue à peine vidée dans une de mes veines, je perds connaissance.