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Autour du 20 décembre j’ai été pris d’un trouble étrange. Qui a grandi le 24 au soir au moment du réveillon et s’est amplifié quand on a servi le foie gras. Sans un viatique, quelques verres de Sauternes que je me suis obligé de boire non par goût, mais par nécessité,  nul doute que j’aurais perdu connaissance.
Pour éviter tout embouteillage à cause des huîtres, du saumon, des escargots, du chapon aux morilles et annexes, j’ai  procédé à l’ouverture des vannes, fait le plein des écluses et ouvert les portes à flot, seule bonne façon de rendre les voies digestives opérationnelles pour la navigation. Ô combien de pinard il m’a fallu ingurgiter pour que l’opération se passe sans anicroche !
En même temps qu’une joie ineffable me gagnait, je sentais dériver les frêles esquifs portés par des flots chamarrés, les imaginais gagner l’étroit estuaire avant de plonger dans l’abyssale fosse des vécés. Un délice, que dis-je : une révélation. Pas de doute, me suis-je dit, Dieu existe.

Le lendemain, apéritif et repas substantiel pris comme il se doit, et l’extase ne m’ayant pas quitté, c’est un rien aviné que je me suis rendu à l’église pour m’ouvrir au curé de cet état de grâce.
Ému jusqu’aux larmes je suis entré dans la sainte demeure. Le curé était dans la sacristie. Parfum d’encens et de pastis.

Le temps de remplir deux verres pendant que je lui expliquais ce qu’il m’arrivait il a pris la parole.
« Rien de plus normal, mon fils, avec l’état d’ivrognerie dans lequel tu t’es mis. Ne sais-tu pas que l’alcool obscurcit la raison ? Moi-même… »

 

dieudonneSans Dieu, Dieu n’existerait pas, et Dieudonné non plus, vacherie ! lui qui nous fait tellement rigoler, et Dieu sait si on en a besoin, de rigoler, avec tous les charlots du PS qui jouent les pères La morale, et les autres faux culs qui se gaussent
Charlot, moi, il aurait pu me faire rire quand il se casse la margoulette, sauf qu’il se relève toujours, je sais pas comment il fait mais bref, il se relève et ça, je trouve pas que ce soit marrant, qu’en plus il a jamais de bleus. Moi, les gus qui se cassent la figure, ça me fait bidonner que s’ils s’en prennent plein la tronche et que, du coup, ils peuvent plus bouger et restent cloués au tapis. Ceci dit, vaut mieux pas passer en bagnole à ce moment là, à cause des clous qui peuvent traîner. Sinon, je vois pas en quoi c’est drôle, s’ils se relèvent, les gus.

En ce moment, Dieudonné, avec les gamelles qu’il se ramasse, ça me fait encore plus pisser de rire que d’habitude. Ça pourrait être mieux, mais faudrait attendre qu’il soit KO, ce qui devrait pas tarder. Le temps de faire brûler deux trois cierges, et ça serait bien le diable qu’on soit pas exaucés.
Alors je vois pas pourquoi on l’empêcherait de nous faire bidonner, merde alors ! Et que son pognon il l’emporte pas au paradis, j’en ai rien à secouer du moment qu’il me fait marrer. Bon, si ils lui piquent, c’est pas plus mal, et une bosse de rire en rab, je suis pas contre. Comme pour l’autre gus, Gay Lussac ou un nom comme ça, le fendage de gueule !

Après y’a un autre truc qui me fait taper sur les cuisses, c’est ceux qui disent que c’est de la censure, qu’il faut pas, qu’on est en république et même en démocratie, mon cul, oui, en démocrasseuse, je veux bien, parce que si on était en démocratie, je veux pas dire, mais ça se passerait autrement, vous croyez pas ?

Dieudonné, c’est rien qu’un gros con, y en a qui disent. Pardon. D’abord il est pas si gros que ça, et ensuite il est pas si con que ça, mais juste assez pour nous faire bidonner, si on a la finesse qu’il faut pour saisir sa finesse à lui, ce qui est pas donné à tout le monde. D’accord, il paraît qu’il serait un peu nègre, Dieudonné, mais à mon avis, et si c’est vrai, on peut se poser la question de savoir s’il l’aurait pas fait exprès. Parce qu’entre nous, faire de l’humour quand on est un peu nègre, c’est pas rien. Le jour où un rigolo d’islamiste nous fera rire, faudra pas y manquer et y aura intérêt à le passer à la télé. Si Dieudonné nous a pas fait mourir de rire en se pendant ou un truc encore plus marrant, il pourra faire un duo avec l’arabe que je causais. Après tout, il en avait bien fait un avec un Juif. Je dis un Juif, mais on n’a jamais eu aucune preuve en direct que c’en était un vrai, et que même si on nous y avait soit-disant prouvé, rien n’aurait dit que ça aurait pas été un musulman, ou pire. De toute façon, faut croire qui, faut penser quoi et en qui on peut avoir confiance, hein ?

« Les femmes, qui provoquent par leur habillement succinct, qui s’éloignent de la vie vertueuse et de la famille, provoquent les instincts et doivent se livrer à un sain examen de conscience, en se demandant : peut-être le cherchons-nous ? »

Tel est le petit manifeste qu’a placardé sur la porte de l’église de son patelin (San Terenzo, Italie) Don Piero Corsi, le bon curé. Qui s’est fait sonner les cloches par sa communauté, rien que des ingrats que, personnellement, j’invite à se confesser et à faire repentance, faut quand même pas déconner avec ça.
C’est vrai, quoi. Entre les pétasses qui portent des strings à la messe, les salopes qui ne portent pas de petite culotte et celles qui n’en ont pas changé depuis leur dernière relation sexuelle et dont l’odeur attire les mâles en rut, on va où ? Et les greluches avec une jupette à ras le bonbon –parfois appétissantes, je n’en disconviens pas, mais pas toujours– qui, se relevant après avoir goulument suçoté le corps du Christ, étalent leurs chairs plus ou moins flasques, c’est-i pas une honte, une atteinte à la pudeur ? Me dites pas que vous l’avez pas remarquée, la gêne du Jésus. Et me dites pas que vous n’avez pas observé comme ça bougeait sous le petit bout de tissu qui lui cache ses divins organes de reproduction. Seriez pas un tantinet excité après plus de 2000 ans d’abstinence ? Si ça n’est pas de la provoc et de l’indignité, c’est quoi ? Les filles qui ont le feu au cul comme ça, moi, je te les excommunierais vite fait. Mais d’abord je te les prendrais à confesse, et on verrait… On va quand même pas mettre un pompier à l’entrée de l’église, nom de dieu !

Et faut pas croire, y’a pas qu’en Italie, mais chez nous aussi. Tiens, l’autre jour, pas plus tard que samedi dernier, 18 heures. Déjà que je trouve le jour pas très catholique, il a fallu qu’en plus ils mettent la messe à l’heure de l’apéro, on croit rêver. Bref. Pour le curé, je dis pas, avec ses burettes qu’il vide en radin, mais pour nous, nib. Bref, c’est pas le propos. Y’en a une, de gonzesse, on me croit ou non, la v’là qui se pointe en short et débardeur. Quand je dis short, c’est short, court si on préfère, très court, si court que je me suis demandé si c’était une pauvresse qu’avait pas les moyens, que je te lui aurais bien réchauffé les fesses. Quant au débardeur, autant dire que ça débardait débordait de tous côtés, y compris vers le bas. Un débardeur qu’une cravate, à côté, tu peux croire que c’est un drap pour un lit deux places 140 par 200. Et je vous le donne en mille, elle est allée communier. La gueule du curé, que si sa soutane et son aube ç’avait été du bronze, autant dire que les enfants de chœur auraient pas eu besoin de branlicoter leurs clochettes. Faut dire que la gonzesse en question, question nibars et miches, ça se posait là. L’office terminé, j’ai pas pu m’empêcher de lui dire que, quand même, elle aurait peut-être pu se nipper comme une bonne chrétienne plutôt que de s’attifer comme une fille de mauvaise vie. Vous savez quoi ? Pas le temps, qu’elle m’a répondu, le boulot. Ah oui ? je lui ai dit, et où ça ? Là, sur le trottoir, elle a répondu. Même que j’ai un client qui m’attend, elle a rajouté en se remettant les ovaires nibars en place. 
J’ai rien contre, faut pas croire, mais moi j’appelle ça de l’appel au meurtre, pire, du vice. Faudra pas vous étonner si vous vous faites sauter dessus par le premier venu, je lui ai lancé à la volée, à défaut de lui en coller une, que si c’était ma fille qui me déshonore comme ça et qui me fasse venir une pareille érection, pas sûr que je serais pas tenté. Des diablesses, moi je dis, les filles comme ça. Alors oui, le curé de saint machino, en Italie, je suis d’accord avec lui. Un jour, vous verrez, on finira par retrouver la croix du Jésus toute vide, avec les clous par terre. 2000 ans sans la moindre galipette, tu parles ! 
Me faire sauter ? qu’elle m’a crié, j’en viens et j’y retourne, ducon.

Je parle des gonzesses, mais les mecs, ils sont pas en reste, faut pas croire. Avec leurs jeans moulant et tout, que le curé où je vais quand l’autre il fait grève, à cause que c’est un prêtre ouvrier, c’est ce qu’il dit, il y est pas insensible, comme des rombières non plus, que ça les ramène au cirque quand elles étaient gamines. Le chapiteau.
Le pire, les gonzes, c’est sur la plage, leurs tablettes de chocolat et leur petit slip moulant que tu te dis que le chocolat de leurs tablettes, le soleil l’a fait dégouliner plus bas, à moins qu’ils se soient carré une coquille saint Jacques, comme les danseurs. Un appel au coït, moi je dis, au su et au vu de tous. Et que je te roule des mécaniques, et que je fasse le mec pareil. C’est pas compliqué, je suis observateur, y’en a qui disent que je suis un voyeur, je suis pas d’accord. Encore l’autre jour, le samedi après-midi d’avant la messe, à la plage, j’ai vu quoi, je vous le donne en mille ? Une nana. 17 heures. Elle se met debout, secoue sa serviette, la plie, se barre en dandinant du pétard. Sa place, pas mouillée mouillée, mais quand même, au point que j’ai cru qu’une vague était montée jusque là où elle était. Tu parles, la mer était étale !

Alors notre bon curé, je sais pas vous, mais moi je suis d’accord avec lui. Jésus, je sais pas et ça me regarde pas, mais s’il le fallait, sûr que je le soutiendrais, le curé.

21/12/2012 

H+01″ : Une tempête stellaire de force 5 –plus forte qu’un vulgaire orage solaire– débarque sur terre avec armes et bagages. Comme d’hab, prétextant le secret défense et le terrorisme, le gouvernement  n’en a rien dit, mais les réseaux ont joué. Bugarach Temps Zéro, une association dont je suis l’un des membres éminents m’a envoyé un SMS à H moins 1.

 H+02″ : Les résistances des cafetières électriques s’emballent, le café est foutu. 30 secondes plus tard, le grille-pain grésille avant d’envoyer dans l’espace mes deux tartines en flamme, preuve que les OVNIs ne sont pas un mythe.

H+03″ : Alors qu’en toute urgence je décide de calculer la valeur de H et son origine pour savoir à quoi réellement m’attendre, je constate que les piles de ma calculette sont plus vides que mes coucougnettes mises au turbin la veille au soir, pensant que ce serait la dernière fois qu’elles me seraient utiles : ouate oeufs foot, quel pied ! Crayon et papier en main je fais appel à ma mémoire pour retrouver l’équation qui devrait me permettre de trouver la solution. Un flash lumineux parcourt mon cortex, la vierge m’apparaît.

 H+05″ : Les pendules s’arrêtent, les feux rouges s’éteignent, la circulation automobile devient fluide : normal, les systèmes électroniques sont grillés.

 H+06″ : Se retrouvant en chômage technique, les préposés au remontage des pendules s’alanguissent dans les bras de Morphée, pour les célibataires, dans ceux de leur chéri(e) pour les autres.

 H+07″ :  Faire ses dernières prières n’a jamais fait de mal à personne, ni se mettre en paix avec sa conscience : je décide de prévenir les autres.  Le téléphone grésille faiblement. Un courant d’air dans l’oreille me dit qu’il vient de rendre son dernier souffle. Les ténèbres m’interdisent les signaux de fumée. Je fonce  à la droguerie –des radins ouverts 24h sur 24–  acheter deux boîtes de cirage « Lion Noir » plus un gros rouleau de ficelle, l’idéal pour installer un téléphone de campagne. Certes j’habite en ville, mais je me débrouillerai. Je procéde à l’installation, moins simple qu’il n’y paraît, à cause des câbles électriques et fils téléphoniques que je décroche de leurs poteaux et potences. 30 minutes plus tard, après avoir expliqué la situation à mes correspondants, mon téléphone est opérationnel. Je vais désormais pouvoir les informer de ce qui se passe à condition, toutefois, de bien tendre la ficelle.

 H+45″ : J’ai beau courir vite, j’ai perdu quelques précieuses secondes. Où ? Je n’en sais fichtre rien, mais je dois les retrouver si je ne veux pas être le jouet du temps. Téléphone Lion Noir dans une main et pendule dans l’autre, je le laisse aller et venir au-dessus de la carte d’Etat major. Ici ! m’indique le pendule qu’il m’a fallu remettre à l’heure avant de l’utiliser. Je m’y rends. Quelqu’un, sans doute un quidam qui n’a pas eu le temps de se mettre en paix avec sa conscience, a trouvé mes précieuses secondes avant moi. Tant pis, je ferai avec, donc sans.

 H+58″ : J’ignorais à quel point je suis rapide comme l’éclair.

 H+59″ : Je décide d’arrêter de faire de telles constatations, car elles ne me servent à rien d’autre qu’à me faire perdre de mon précieux temps.

 H+1’12 » : Levant les yeux au ciel de lit où j’ai épinglé le joli calendrier des PTT d’où Maya l’abeille me regarde, j’apprends que nous sommes le 21 décembre 2012. Ce qui ne m’étonne qu’à moitié, sachant que demain nous devrions être le 22, jour qui, d’après mes calculs, devait être celui de la fin des temps et du calendrier des PTT, puisqu’il ne servirait plus à rien, même pas dans une cabane au fond d’un jardin. Alors, que se passe-t-il donc aujourd’hui ? Les événements qui se déroulent depuis H+01″ ne seraient-ils que les prémices de ce qui nous attend demain, 22 décembre ? Je décompose 2012 en 20 et 12. Que je pose en les saisissant sur ma calculette : 20 + 12 = 32. J’ajoute le mois, donc 12, ce qui me donne 44, somme à laquelle je rajoute 22, le jour. Ce qui nous fait un total de 66, nombre de la bête, 666 étant celui de la bêbête. La fin du monde n’est pas pour aujourd’hui, Dieu merci. Le président de l’assoc’ Bugarach Temps Zéro va avoir de sérieux problèmes avec ses adeptes, adhérents et membres honoraires qui ont payé sacrément cher leur 2 mètres carrés de survie au Bugarach, pour le 21 décembre.

H+30’47 » : On peut être bon en arithmétique et lent aux calculs. Sans doute un manque d’entraînement. Je me dois de prévenir les autres, leur dire que la fin du monde n’est pas pour aujourd’hui. Je tends la ficelle, tire deux ou trois coups secs pour leur signifier que je les sonne. Couvercle de Lion Noir à l’oreille, j’écoute : rien. Pourtant, je sais qu’ils ont décroché, car eux aussi ont actionné la sonnette. Quelque chose de froid sur la tempe et d’odoriférant dans les narines – une âcre odeur de naphte–, me met la puce à l’oreille : j’ai oublié d’enlever le cirage. Un chiffon, une brosse, et me voilà à cirer tout ce qui est cirable, notamment les chaussures que je mettrai demain pour le jugement dernier. Autant présenter bien, car ce n’est pas demain la veille qu’un tel événement se reproduira.

 H+60′ : J’ai toujours détesté le gaspillage. Du coup, j’ai ciré tous azimuts, y compris la toile cirée défraîchie, mon ciré breton au cas où des pluies acides se mettraient à tomber, plus le cachet de cire apposé sur mon testament. J’en ai profité pour cirer les pompes de quelques pontes qui siègent à la droite de Dieu, ça peut toujours servir.

H+50′ : Les doigts noirs de cirage, je cours me les laver à l’église. L’eau bénite sera un plus pour demain, sinon je ne croirai plus en rien.

 H+70′ : Bougez pas, restez calme, on arrive me disent les autres au téléphone. Leur voix est bizarre, ça doit être à cause de la ficelle. Soit je l’ai mal tendue, soit des hirondelles se sont posées dessus avant leur grande envolée migratoire vers d’autres cieux, soit encore un OVNI l’a percutée.

H+80’12 » : Le temps passe si vite que je me demande si demain ne va pas arriver avant l’heure et s’il ne sera pas là avant qu’aujourd’hui ne soit fini.

 H+80’15 » : Les horloges ne fonctionnent plus, je l’ai déjà dit. Sans mes pulsations cardiaques que je compte depuis H+1″, je ne saurais pas où j’en suis par rapport au temps qui passe et je n’aurais aucune idée quant à celui qui me reste avant de trépasser. Impression désagréable de voir le temps me filer entre les doigts que j’utilise pour mesurer mon pouls. Un certain stress me détraquant le cœur détraquerait-il ma montre ?

H+90′ : Une sirène. Les autres ont eu fait vite de rappliquer. Bizarre qu’ils aient mis leur tenue blanche, celle prévue pour le jugement. Manque de confiance en moi ? Pourtant, ne leur ai-je pas démontré par  2 plus 2 font 4, que la somme de 22+12+2012 égale 66, le nombre codé de la bête ? À moins qu’ils n’aient tout bonnement rien compris à ma démonstration. S’impose à moi un questionnement : au fait, que viennent-ils faire ici ?

 H+90’74,5″ : Je vais pour leur passer un coup de fil quand je me rends compte que la ligne est coupée. Voulant tendre la ficelle pour que la communication soit de bonne qualité, je sens du mou. Je tire sur la ficelle, tire encore, rien d’autre que du mou, puis plus rien, sauf un bruit de boîte de conserve dans les escaliers, dzing, dong, breling, dzing, comme celui à mon mariage, quand des idiots avaient accroché des boîtes de conserve au cul de notre voiture en partance pour notre voyage de noces sur Mars.

 H+90’194,5″ : Deux minutes se sont à peine écoulées. S’ouvrent violemment les deux battants de la porte. Bref instant de silence dont j’enregistre la brièveté grâce à mon cœur qui a cessé de battre ce bref instant. Ennio Morricone est à la baguette. On bouge pas, gueule un grand balaise, malgré sa muselière. Une piqûre, infirmier, reprend le même grand balaise. LES AUTRES arborent une croix rouge sur leur blouse blanche, viennent sur moi, m’arrachent mon téléphone Lion Noir des mains, me ceinturent. Une seringue me menace.

 H+90’350″, à quelques dixièmes près. Pas d’échappatoire. Si je veux me sortir de ce mauvais pas, je suis obligé de trahir la confiance que le Gouvernement a placée en moi. Secret défense, je leur dis. Vous n’avez rien entendu, vous ne me connaissez pas, vous n’avez jamais ouï parler de ce que je vais dire, vous ne m’avez jamais vu, je n’existe pas. Je suis infiltré dans la secte Bugarach Temps zéro, pour le compte du gouvernement. Liberté, égalité, fraternité, ça vous dit quelque chose ? Cette nuit, à minuit pétante, je déclenche le plan Passé Simple. Un code sur mon téléphone, et hop, plus de Bugarach. L’idée qu’il y ait des survivants insupporte le chef de l’Etat. Fidèle aux trois principes fondateurs de la République, la liberté devant la mort sera donnée à tous, indifféremment des origines sociales, culturelles, ethniques, dans la fraternité enfin retrouvée. Alors, au boulot ! il faut que d’ici ce soir les liaisons téléphone portable fonctionnent.

 H+n : L’aiguille sitôt plantée et la seringue à peine vidée dans une de mes veines, je perds connaissance.

Dieu m’est apparu. Sous la forme d’un Qvσckšwl (ça se dit comme ça s’écrit, mais il vaut mieux ne pas le prononcer ) ni grand, ni petit ; ni mou, ni dur ; ni carré ni pointu (pour les connaisseurs de cette poésie sans pareille qui commence par cette mémoriable introduction : Chasseur as-tu vu ? Mais, me direz-vous, âpres à vouloir des précisions, et impies que vous êtes, à quoi ressemble vraiment Qvσckšwl ? Sérieusement, à quoi voulez-vous qu’il ressemble, si ce n’est à Dieu lui-même (ou soi-même) en personne ? Mettez Dieu face à un miroir, ou plutôt, priez-le qu’il s’y mette. Quelle image le miroir renvoit-il ? Celle de Qvσckšwl. Ce Dernier, façon stupide de parler, se mirant, donc se reluquant dans ce même miroir, puisqu’il n’y en a qu’un, y voit l’image de Dieu, donc la sienne. Et, bien que Dieu n’ait pas plus de vice que le miroir de bonne qualité –un Saint-Gobain fabriqué en Chine– allez savoir s’il ne se trouve pas à Son divin goût. Car Dieu ne doute de rien.

Folie que cela, m’opposerez-vous. Ben voui. Je ne suis pas contre, car Dieu est folie, celle de pouvoir imaginer l’imaginable autant que l’inimaginable, c’est dire.

Bon. Qvσckšwl m’est apparu. Pas seulement sous une forme vidéo, mais aussi audio. Et que m’a-t-il révélé, le Bougre ? Que j’étais un de ses nombreux prohètes : le dernier. Donc celui le plus au courant, le plus au jus, le plus à même de détenir la vérité (qu’il tient de Lui), et comme la vérité est aussi mouvante que les sables du même nom, il est bien évident que le dernier qui a parlé ayant raison, c’est parce qu’il est habité de Raison (avouez que mon R majuscule ne manque pas de gueule! C’est ça, le signifiant).
Ô toi, mon nouveau prophète, m’a-t-il dit, voilà ce que en Mon Nom, tu vas annoncer aux hommes, et voilà comment en Mon Nom éternel, tu vas bidouiller tout ce qu’il faut pour que, en Mon Nom, ils fassent exactement et à la lettre ce qu’il faut pour te satisfaire.

Je n’entrerai pas dans les détails, action qui suppose quelques capacités physiques que mon âge, au cœur de l’hiver ne peut permettre, mais en substance et en gros, dont je vous laisse faire détail, voici ce qu’Il m’a glissé à l’oreille de Son souffle divin un chouïa haletant et fleurant plus ou moins bon les vieux livres dont se délectent les moisissures qui, en un merveilleux bouquet d’un bleu moins azuréen que celui de la peau d’un maquereau défraîchi, exhalent leur pestilentielle et létale haleine. Dont Dieu se moque comme de l’Alcoran1 comme de sa première communion : éternel il est, éternel il sera pour l’éternité.

Mais plutôt que me perdre en divagations certes intéressantes, mais longuettes, j’en viens à ce qu’il m’a dit et que j’ai recopié, langue pendante, sur mes Tables de la Loi.
Primo, et dès lors, jamais plus il n’y aura de secundo. Ceci est la règle première que chacun devra observer s’il ne veut pas passer à la gégenne géhenne. Secundo…
Couillon comme pas possible, je lui fais remarquer qu’il n’y a aucune raison qu’il y ait deux poids deux mesures.
Toussotement. Et comment pèserai-je les âmes ? Me rétorque-t-il, à juste titre, un jaja d’enfer en main, dépassant allègrement les 15°, contenu dans un godet de cristal d’or, matériau là-haut moins rare que la connerie.
Ascouze mi, lui ai-je répondu. Désolé. Je suis tout ouïes et, comme la carpe qui se la ferme, je clos (du verbe clore) mes lèvres, les soude plus fort que ne le ferait une lessive.
Plus de secundo, reprit-il, mais un tierço.
C’est pas plutôt tertio, qu’on dit ? L’ai-je interrompu, regrettant aussitôt de l’avoir fait.
Certes, a-t-il admis, reconnaissant en cela le bien fondé de l’excellent choix qu’il fit en m’appelant. Tertio donc :
a) nul de devra me représenter par quelque moyen que ce soit, numérique, peinturluresque, chansonnesque, ou sous la forme d’un quelconque art statuaire, et surtout pas s’il fait appel à la technique primitive du colombin. On est de son temps ou pas, et Je le suis, étant de tous les temps. Si on me représente classe et en majesté, je dis pas, mais faudra y avoir mis le paquet. Et tant qu’à faire, si ça n’est pas pousser le bouchon trop loin, je préfère qu’on croque mon profil gauche.
b) Afin de pouvoir se découvrir pour mieux me saluer, chacun devra porter une coiffe : un entonnoir pour les hommes, un pot de chambre fleurs zébre pour les femmes. La coiffe des prêtres devra être à Mes couleurs, je ne transigerai pas.
c) Cantiques et louanges devront être chantés ou dits en Si bémol majeur par les seuls vierges et puceaux de plus de 40 ans. Les grands prêtres seront habilités aux vérifications qui s’imposent.
d) La pratique de la lapidation sera réservée aux Grands Pervers, une caste issue des Grands Prêtres qui devront les désigner par cooptation, comprenne qui pourra. Ils percevront des émoluments sous forme de vierges et puceaux à choisir parmi les élus qui se seront sacrifiés pour la bonne cause, la Mienne, que tu pourras épouser en Mon Nom.
e) Les rapports sexuels voués à Moi-même et à mon représentant sur terre, je veux dire Mon Prophète bien aimé, donc toi-même, ne seront admis que sous réserve du Patron, donc Moi-même, en collaboration avec Mon bien aimé Prophète qui délèguera son droit auprès des Grands Prêtres dans le cas où ses appétits sexuels seraient amoindris. Les progénitures issues de ces rapports n’auront d’autres chose intelligente à faire que procéder à mon adoration et exécuter les tâches, notamment domestiques, confiées à eux par les dominants : Grands Prêtres et autres hypocrites.
f) Ayant d’autres chats à fouetter, je confie à mon bien aimé et sublime Prophète, en l’occurence toi-même (Il parle de moi) la tâche d’édicter les autres règles, en Mon Nom et à son profit, qu’il pourra partager avec les élus de son choix qui lui devront allégeance. C’est ainsi, j’ai dit.

Sur ce, Qvσckšwl m’est disparu, forme qui peut surprendre, mais qui n’est pas plus couillonne que celle qui consiste à dire « Qvσckšwl m’est apparu ».

Investi de cette lourde tâche qui m’incombe, je me suis enfilé deux verres de Raki, boisson œcuménique s’il en est, un autre de Gωenruçtìne (prononcer groroujkikolmat), un alccol divin qu’on ne sert que dans les bistrots bon chic bon genre de l’Eden, puis une petite pucelle qui se la jouait farouche, ignorant l’insigne honneur que je lui faisais. Petite gourde !
Transcendé, j’ai armé ma Kalachnikov et suis allé me farcir quelques impies infidèles. Le pied.
Une fois apaisé et reposé, j’ai planché sur les règles g, h, i, j, k, etc. à édicter. Arrivé à la lettre Q, j’ai su ce que j’avais à faire. Je suis passé directement à X, et là, autant vous dire que l’inspiration m’est venue.

……………………………………………

1. La vraie expression, dont le sens est « s’en battre les balloches » est en fait « s’en moquer comme de l’en-cas rente ». En effet, dans le XVIIIe (siècle, pas arrondissement), les voyageurs avertis (par qui, on ne l’a jamais su) ne prenaient jamais le train sans de bonnes provisions de bouche (en-cas), se constituant en fait une véritable rente alimentaire. En ces temps de disette, cela leur permettait de claironner qu’ils s’en moquaient comme de l’en-cas rente. 
« S’en moquer comme de l’Alcoran » procède donc d’une infdèlité à la réalité histérique historique, ainsi qu’à un manque total du plus élémentaire bon sens. Alcoran ne veut rien dire, comme d’ailleurs l’ont mis en évidence d’éminents linguistes occidentaux. (je sais, cela va de soi, d’où la biffade –du verbe biffer–)

 

Ne sachant vraiment pas pour qui voter, je m’en suis référé à Dieu, qui toujours m’a été de bon conseil, surtout quand je faisais brûler un cierge en son honneur, dans l’église de mon quartier. Attention, hein, pas un cierge à deux balles.

— Allô… Dieu ?
— Soi-même en personnes : le père, le fils, le saint-esprit. Pour une question concernant la vie après la mort, tapez 1. Pour une question concernant la mort après la vie, tapez 2. Vous avez un problème d’accès ? Tapez 3.
Si votre question concerne la vie sur Terre avec toutes ses interrogations, tapez 4.

J’ai tapé 4.

— Si votre question concerne vos revenus, tapez 1. Si votre question concerne votre vie affective, tapez 5. Si elle concerne les élections présidentielles en France, tapez 0. Pour toutes les autres questions, tapez 2, 3, ou 4. Dieu saura de quel thème il s’agit.

Mon questionnement concernant les élections, j’ai tapé 0.

— Veuillez patienter, on vous passe le service.

Étant plutôt patient, j’ai patienté, au son d’une musique céleste : harpe, trompettes de la renommée, triangle et luth de classes. Moins de vingt minutes plus tard, et mes crédits presque épuisés, j’ai eu Dieu en direct. 

— Allô… Dieu ?
— En vérité, je vous le dis, c’est Lui-même. Posez votre question.
— C’est à propos des élections…
— Je n’en doute pas, brebis égarée, car à moins que vous n’ayez fait une erreur de manipulation, vous avez tapé 0. Je vous écoute, mon enfant.
— Voilà : je dois voter dimanche, et les affres m’ont pris ; je ne sais à qui donner ma voix, donc quel papelard glisser dans l’urne. Je pense à Sarko ; dérive sur Hollande ; trouve Mélenchon intéressant ; voterais bien pour Marine Le Pen, à cause qu’elle me fait penser à Jeanne d’Arc, mais en moins pucelle ; ne dénigre pas Bayrou ; ai une certaine affection pour la mère Joly à cause de ses lunettes vertes dont j’avoue être un peu jaloux ; et ne serais pas contre…
— Oui, oui, ça va ; je suis pas débile, j’ai compris. Vous seriez pas un peu Gémeaux ?
— Si fait. Gémeaux ascendant Sagittaire, Lune en Balance, etc. Mais si je ne m’abuse, vous le savez mieux que moi. Gémeaux, ascendant Sagittaire : comprenez mon désarroi. Bon, c’est pas le tout, mais les unités défilent, et on ne va pas y passer l’éternité. Alors, pour qui me conseillez-vous de voter ? 

Crrrrr… shhhhh… Brrrrr… Crrrrrrrrr…

— Et merde, je vais entrer dans un tunnel, Le Tunnel. Désolé, veuillez rappeler ultérieurement. 

J’ai recomposé le numéro à plusieurs reprises. Au bout d’une heure, une voix à la con, genre hôtesse de l’air, avec plein d’écho, m’a signalé que mon correspondant n’était pas joignable.J’ai retenté le coup le lendemain, dimanche matin. La même voix m’a annoncé que le numéro demandé n’était plus attribué. Ou pas, je ne sais plus.

Afghanistan. Mais ça pourrait se passer ailleurs et autrement.

Brûler un Coran, c’est déjà nul, mais en brûler plusieurs, c’est double zéro, si je compte bien. Et je compte bien ne pas en rester là.
D’abord c’est moche, comme tout livre brûlé, et c’est encore plus ignominieux si c’est un Coran, voire une Bible, voire encore le petit Livre rouge de Mao, le petit Livre vert de Kadhafi, et le pire, par dessus tout, le petit verre de rhum qu’on m’a servi sur le comptoir et auquel un abruti a mis le feu pour vérifier la teneur en alcool. Ce qui m’a permis de constater que le tenancier, un pote, m’arnaquait d’au moins 10 degrés. Le lendemain le bistrot fermait consécutivement à une soi-disant disparition du patron.
Ensuite 1, c’est dangereux à plusieurs titres : on peut se brûler et même s’intoxiquer, surtout avec ceux fabriqués en Chine qui ne doivent pas être des masses écologiques.
Ensuite 2, si le feu y est mis sans un rituel adéquat, ça peut polluer l’atmosphère et participer au réchauffement de la planète, que déjà ça commence à bien faire avec les bombes et les feux d’artifices.
Ensuite 3, vouloir caler une table bancale avec un livre brûlé procède d’une foi inébranlable autant que vaine en une intervention divine, d’autant que Dieu a bien autre chose à faire, ne serait-ce que m’aider à garder foie en moi.
Ensuite 4, c’est porter atteinte à une croyance et à ceux qui croient en cette croyance, donc qui ont la foi, une foi autrement plus importante que celle qui consiste à croire en n’importe quoi, comme en la grandeur supériorité de son pays de sa civilisation.
Enfin, c’est un signe éhonté de faiblesse, de vulgarité et d’abomination, sans compter les risques encourus si on court à une vitesse moindre que celle d’une balle de Kalachnikov ou qu’on a oublié de mettre son pull à col roulé en Kevlar.

C’est donc bien nul, nullissime, crapuleux, honteux, blasphématoire, dégueulasse, ce qui me fait me lever pour admonester ces salopiots et dénoncer avec la plus vive énergie leurs agissements. Ouf, je l’ai dit.
Dégueulasse aussi pour les pompiers réveillés dans leur sièste, quoi que, tout bien pesé, pas sûr que les militaires stupides ( pléonasme ?) qui ont mis le feu aux poudres en le mettant à ces exemplaires du Livre Saint aient composé le numéro téléphonique de la caserne des pompiers.

Qui sème le vent récolte la tempête ? Pas si sûr :  par le passé et encore aujourd’hui, le zef y est allé (et y va) en Rafales ou autres oiseaux de mauvais augure, mais quand l’orage se déchaîne, les semeurs de zizanie, loin à l’abri, ne se prennent pas les grêlons sur la calebasse, contrairement aux gens du cru. Je parle des Afghans, pour ne parler que d’eux.
Pas sûr que les crapules imbéciles qui ont ainsi outragé des… Fidèles soient remis à leur juste place : six feet under.

Brûler un Coran est criminel, point. Et dangereux, très dangereux. Très très dangereux. Et interdit, formellement interdit par la LOI. Par contre…
Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas que le Coran qui puisse brûler. On l’a bien vu au Viêtnam ou ailleurs.
Alors quelque chose m’échappe dans le comportement de ces soudards : pourquoi s’enquiquinent-ils à brûler des bouquins quand brûler des hommes fait bien moins de ramdam ? Et qu’on ne me dise pas que c’est à cause du prix du pétrole !

—  Avec ce qui arrive en Iran, va falloir faire des provisions. C’est mal. Mal barré, si tu préfères. Mais avec ce qui se passe en Israël, c’est pas mieux, et encore, je mâche mes mots.
— C’est la faute à qui ?
— Je sais pas, à Dieu, peut-être.
—  Tu déconnes. La faute aux religions, je veux bien, et celle aux religieux encore plus, mais Dieu, ça m’étonnerait qu’il soit dans le coup.
—   Ben voyons ! De toute façon, ce ne serait pas la première fois. Puis tu veux que j’te dise, Dieu et les religions, c’est blanc bonnet et le contraire. C’est du pareil au même. Si Dieu n’existait pas, il n’y aurait pas de religion, pas de religieux et encore moins de fanatiques. En tout cas, vu comme c’est parti…
—  C’est con, les légumes ça se garde pas. Tu me diras, les fruits non plus.
—  Oui da, mais le Jésus et le couscous, ça ne germe ni ne daube, et avec ce qui se prépare…
— C’est quoi qui se prépare ?
— Comment veux-tu que je le sache ? Les Iraniens et les Israéliens, ils le savent même pas eux mêmes.
— Et les Russes, ils y savent ce qui se prépare ?
— C’te blague ! Et les Améicains aussi, tu peux me croire. Peut-être même les Chinois. Et ça sur le dos de qui, j’te l’demande ?
— Des pauvres cons.
— Voui, des pauvres cons. Comme en Syrie.
— Arrête-moi si j’me trompe, mais ton histoire de “blanc bonnet”, c’est pas plutôt inverse que t’aurais dû dire au lieu de contraire ? Ou bonnet blanc, quoi.