De notre envoyé spécial au Breïzistan.
Suite au discours que le président de la région Breïzistan a tenu dans la langue locale, le breïzistanais, le gouvernement central a déclaré l’état d’urgence dans cette région de l’extrême ouest du pays.
On leur donne ça, a déclaré le ministre de l’intérieur en précisant sa pensée à l’aide d’un zéro formé du pouce et de l’index de la main gauche, et ils veulent ça, a continué le même en dressant à la verticale le pouce seul . Ils auront ça, a-t-il ajouté en dressant le majeur, les autres doigts repliés sur la paume, geste universel dont la signification tombe sous le sens. Ils veulent la guerre, ils l’auront : la République une et indivisible ne peut accepter de telles dérives.
L’état d’urgence décrété, il s’est rendu au Foutesk, la brasserie en vogue dans les hautes sphères de l’état. On y cause exclusivement le français, le personnel est français (chaque employé s’est vu attribuer le label  “Français de souche” tant convoité par les étrangers, les Auvergnats et d’autres), la cuisine est française, de même que la femme du cuistot, c’est dire. Le Foutesk, où le ministre a rappelé ce que serait cet état d’urgence. Après avoir trinqué à la République et s’être empiffré de tripes à la mode de Caen, il en a exposé les principaux points :

«Toute personne surprise à fabriquer, trafiquer ou consommer des galettes ou crêpes (fussent-elles de deuil), du jus de pomme fermenté, des gâteaux écœurants bourrés de beurre et autre beurre salé sera passible de poursuites. Croyez-moi, les habitants du Breïzistan vont se faire de sacrés mollets de campeur… »

Interrompant son discours, le ministre a demandé qu’on lui remplisse le verre qu’il tenait en main. « Pas mal, les tripes, mais un rien salées », a-t-il dit en tendant son verre à Charly, le chef de rang du Foutesk, avant de reprendre.

« Les Goubiden, ces coiffes ridicules qui ressemblent à des tuyaux de poêle ajourés dont les femmes se couvrent le crâne sont désormais prohibés, comme le sont les chapeaux ronds à rubans des Breïzistanais. Ils ont des chapeaux ronds, vive les…
Je plaisante. »

— Charly, mets-moi une coupe.
— Ça vient. Et une coupe pour le ministre, une !

« Mesure far phare, l’enseignement du breizistanais et son usage dans les administrations sont interdits dorénavrant… je veux dire interdits à compter de tout de suite, d’autant qu’à force d’en user, c’est usé. Pareil pour ces rassemblements imbéciles où des sales merd… des mioches, passe encore, et des adultes attardés font la ronde en massacrant les parquets à grands coups de sabots lors de leurs fêtes, les fècesnoces, ils appellent ça, ou un truc pas loin.  Des orgies tapageuses, oui, et qu’ont rien à voir avec not’ 14 juillet. »

— Charly, Faut que je te l’demande comment ? Mets-en deux, tant que tu y es.

«Interdits les bagdads, des cliques que rien que le nom, si ça c’est pas du terrorisme, faut m’espliquer.  Déjà pour les oreilles. C’est que ça y va les couacs, avec leurs binious, que ça mériterait à l’aise d’être arrosé de  chevrotine. Les sabotiers, et leur fâcheuse tendance à saboter ce qui est sabotable, vont être soumis au port obligatoire du signe de leur infamie, que dis-je, de leurS infamieS, je vais me gêner ! Leur Hermine, ils veulent pas se la mettre dans le fondement ? qu’à cela ne tienne. On va leur faire briser les sabots en mille morceaux, et ils y tailleront à l’Opinel leur symbole celte à la noix. Qu’ils devront le porter sur leur poitrine de porcs breïzistanais.  Et en tant que ministre be l’indérieur, j… j’interdi… ça sera défendu de…»

— Du de fous de ma gueule ou guoi avec tes coupettes ? Laisse la bouteille et ap… app… file-moi un grand verre.

« Saint Yves et Sainte Anne, c’est  norédravant… c’est maintenant du passé, que ces têtes de mule de breïzistanais se mettent ça dans le grâne. Rayés du galendrier républicain Yves et la sœur Anne qui verra plus rien venir ne seront plus fêtés, c’est comme ça. Les cousins à la mode du Breïzistan, c’est fini. Finie aussi la pêche aux moules du Breïzistan, fini le homard à l’améric, je veux dire à l’armoricaine, blus dout le resde y’aura qu’à lire la lisde ovizielle dans le journal oviziel.
Tout élu, tous les élus, vive zélu… je plaisante, ou rebrévendant de l’ordre, du clervé, de l’adm… de l’admi… l’admisidration, ceux de la vongtion bublique, quoi, des transborts en gommun, des p… pét… des PTT, des assoc… et de la société civile pris à parler le breïzisdanais ze verra banni et débozédé défait déboudé déceptionné déçu, je veux dire déchu de la natio… nalité française.»

— Boudin… budin de bébie… Et merde, putain de PéPie. Vait zoif. Chhhh… Charly, j’ai zoiv, nom de dieu.

«Font chier, au Breïzistan, avec leurs gonneries. Pour la peine, leurs eaux deritoriales seront radajées à la Vendée ou à la Normandie zelon le gas.»

— Les pauvres, si ils sont pauvres, c’est qu’ils l’ont bien voulu.
— Je suis d’accord, c’est pareil pour les riches, si ils le sont, c’est qu’ils l’ont bien voulu. Et ceux qui sont ni riches ni pauvres ?
— C’est qu’ils savent pas ce qu’ils veulent. C’est comme pour la santé. ceux qui sont en bonne santé, c’est qu’ils le veulent bien. Et ceux qui y sont, à la Santé, c’est qu’ils l’ont bien voulu. Ou alors, ils l’ont bien cherché, c’est tout.
— Mais si je prends mon cas, par exemple, que je connais, depuis le temps. C’est pas que je veux pas être riche, au contraire, et encore moins que je veux être pauvre, mais j’ai beau eu faire, j’ai jamais réussi à rouler sur l’or. C’est pas que je me plains, mais ça me gênerait pas de rouler sur l’or, voilà tout.
— C’est que tu vis dans un quartier pourri, et c’est pas dans un quartier pourri que tu risques de rouler sur l’or. Pis d’abord, avec ta caisse pourrie, t’as aucune chance qu’on te laisse passer chez les rupins, là où c’est qu’on roule sur l’or. Pour te dire, chez les rupins, les pères Noël, tu leur tends la main et ils te refilent cent balles. Ici, tu leur tends la main… C’est idiot c’que je dis, y’a pas de rupins ici. Ici, le père Noël, tu lui as pas tendu la main qu’il t’a déjà chouravé ta breloque.
— Je m’en fous, j’ai pas de bagnole. Pas de montre non plus. Pis ce que tu dis, ça dépend des pères Noël.
— ?
— Y’en a des vachement sympas. L’autre jour, pour te dire, j’en croise un. Un vrai, je pense, à cause qu’il causait pas comme nous alors que les bidons c’est comme nous. Un barbu dans un grand manteau, comme ceux qu’on voit d’habitude. T’as pas cent balles ? je lui ai demandé. Il m’a emmené chez des potes à lui. Des mecs qu’on aurait dit aussi des pères Noël, question barbe, mais pas question couleur, à cause que leurs robes étaient noires ou marron ou je sais pas.
— Mouais, et après ?
— Ils m’ont refilé des pâtisseries et du thé, à me gaver comme un porc.
— T’as bu le thé ?
— Parce que j’aurais une tronche à m’enfiler du thé ? C’est dégueulasse, ce machin. Mais les plantes, elles, elles ont pas rechigné.
— Et après ?
— C’est tout. Ils m’ont juste invité à revenir, qu’ils me refileraient du pognon et tout. Noël, ils m’ont dit, c’est des conneries et du fric foutu en l’air. Je leur ai dit que du fric, j’en avais pas, et que je risquais pas de le foutre en l’air. Justement, ils m’ont répondu, justement. Pis y’en a un qui m’a fait tout un baratin sur le partage, que les pauvres, eux ils les aidaient , et tout.
— Tu y es retourné ?
— Non.
— C’est bien ce que je disais. Pour être riche, faut le vouloir. Du coup, tu fais quoi pour Noël ?
— Le Père Noël, devant le Prisu.

« Ja soui povre, ja la peau bistre cé poulici il di sur papié, ja soui sal, ja fin, ja soaf, ja pu de lessel sous lé bra, ja pète a cose mal mangé, ja rote a cose lé cou sur ventre ressu  frontier, ja la fame, ja qatr anfan, ja fatiqé, ja pardu papié la poulici a pri pa rondu, ja plu larjan paceur la pri, pareye la poulici a pri, pareye pa rondu, ja froa ma voulé manto, lé chossure on lé trou, ja… »

— Ohhhh les métèques, on se calme, on se met là, et plus vite que ça !
— T’en as combien ?
— J’ai le taf.
— C’est bon. Tu me vires tout ça, et basta !

« Et ja pa la baraka »

Je suis arabe, je suis arabe, oui. Et vous croyez que j’y suis pour quelque chose ? Vous êtes bien auvergnat, vous. Vous l’avez décidé ?
En plus, mais façon de parler, je suis un peu musulman. Dans les 50%, à cause que ma mère était chiite et mon père sunnite. Faut croire complètement bourrés le jour où ils s’étaient rencontrés. Les premiers dénient le titre de musulman aux seconds, et vice vera. Comme les chrétiens du temps béni des guerres de religion. Vous êtes juif, vous ? Vous vous êtes inscrits au club avant de naître ? Vous trouviez que la petite Sarah, la fille de Nathan, le libraire, était exactement la mère qu’il vous fallait ?

Après, si je remonte au temps d’Adam et Eve… Non je préfère pas.
Je suis un peu con, et ça doit être vrai puisque des tas degens qui se disent être intelligents l’affirment. Vous vous y êtes pris comment, pour être intelligent, vous ?

Je suis bronzé, très. Très très. En fait je suis noir comme le cirage noir, noir comme la suie noire, noir comme une nuit sans le moindre croissant de lune. Un nègre, quoi, ce qui vaut son pesant d’or quand on voit ma rouquine de mère. Elle a fait quoi, ma mère, pour avoir un teint de navet, des cheveux roux, et pour se faire caillasser par des sales gamins ?
Un de mes grands pères était un peu nazi, un arrière grand oncle était pas mal sionniste, sa sœur était une salope qui exploitait les filles-mères dans un orphelinat, et sa fille –telle mère, telle fille– avait fait le tapin et passait ses loisirs à tabasser ses gosses. Son aîné, va savoir comment, il avait réussi, lui.
Je suis une poule mouillée, plus lâche encore que seulement pleutre. Le seul courage que j’ai, c’est celui de courber le dos pour ne pas recevoir de coups ou de fuir pour ne pas avoir à faire face à ce qui, inévitablement, me rattrape. Ou de dénoncer qui que ce soit de quoi que ce soit pour seulement vivoter tranquille. Votre courage, il vous vient d’où ? Et lorsque vous aviez tué tant d’ennemis, qu’est-ce que ça vous en avait coûté ?
Je suis laid, d’une laideur même pas repoussante (de celles qui donnent au moins le sentiment de ne pas être transparent). Je suis laid et transparent. Pire encore que mes géniteurs. Mais vous, quel est votre secret pour être né beau ? C’est quoi votre truc ? Qu’avez-vous fait pour le mériter ? Combien ça leur a coûté à vos parents ?
Enfant de pauvre, je suis pauvre. Tant qu’à faire, j’aurais aimé ne pas l’être, et comme tout plein de pauvres, je sais que je ne serai jamais riche. Je n’ai d’ailleurs jamais dit que j’aimerais être riche. Être enfant de pauvre, c’est comme être enfant de riche : ça ne s’invente pas. Comme être courageux : on l’est ou pas. Ou laid : on l’est ou pas.
J’ai un travail de merde, je suis mal marié, mes enfants sont aussi abrutis que moi, le chat de mes sales gosses fait ses besoins sur mon mauvais lit (les ressorts rouillés du sommier sont foutus), mes voisins sont des emmerdeurs, je dors mal, ma femme n’est pas la seule à dire que je suis un mauvais coup, bref, je ne vaux pas une clopinette, tout juste un clou rouillé et tordu. Une vie de merde. Vous croyez sincèrement que je l’ai choisie ? Que j’aurais demandé au bon dieu de me donner une vie de merde ? Trop con pour en demander une agréable et tranquille ?
Cependant, et tout pareil que vous –et que je l’aie voulu ou non–, je vis. Et un jour, tout comme vous, je mourrai. Vous croyez vraiment que c’est parce que je l’aurai décidé ?

L’autre jour, niktamère, y’en a un qui me dit.
Nique-là toi-même, je lui ai répondu direct.
Le temps de lui donner l’adresse, il y est allé, le con. C’est pas qui me l’a demandée gentiment, mais comme il insistait, je la lui ai refilée. Une adresse bidon, celle des flics. Le poste de police du quartier, mais il faut le savoir. Un bureau banalisé ils avaient fait, à cause que ça avait cramé. Deux fois ça avait cramé, même que la deuxième, ils auraient fait pétér des explosifs. Le préfet avait décidé de le laisser ouvert, mais ni vu, ni connu, il avait dit, qu’on voit pas que c’est un poste de police. Le même préfet qu’avait demandé à l’Intérieur, le ministère, que des flics balèzes protègent les flics du quartier s’ils allaient à l’extérieur, par exemple pour faire une ronde. Une ronde à leur âge, et puis quoi ?
Bref, le connard que je cause il a sonné chez les flics, le con. C’est pour quoi ? ils lui ont demandé, les flics, comme un gars à un guichet il aurait fait. Lui, il s’est pas démonté, il leur a expliqué le pourquoi de la raison qu’il était là. La tronche des flics !
Là où ça a failli mal tourner, c’est quand le connard a vu qu’il y avait des képis sur le crâne de ceux qu’il avait pas encore compris que c’étaient des flics.
Ben merde alors ! il a dit.
— Et alors ?
— Alors rien, ou plutôt si. Merde, je m’ai gouré, il a dit aux deux gars en uniforme, tant pis. Puis sans demander son reste, il a fait demi tour, le con ! Sonné.
— Et les flics, ils ont fait quoi ?
— Rien, c’te blague. D’abord c’était pas l’heure, ni pour eux ni pour les deux costauds chargés de leur protection, à cause qu’ils étaient partis casser la croûte.

Je l’ai revu, le connard. Qui c’est qui s’est fait niquer ? je l’ai charrié en me foutant de sa gueule.
Il m’a regardé minable. De toute façon, ma mère, faut vraiment pas la connaître pour vouloir la niquer, j’ai ajouté. Ma sœur, je dis pas…

Si la terreur n’avait pas autant la cote, les actes de terrorisme, sans passer inaperçus, ne feraient peut-être pas la une des médias comme ils la font. Médias historiques –radios, télés, presse écrite– et  médias hystériques –réseaux sociaux– où chacun s’échine à faire de la surenchère, buzz oblige.
Personne d’autre que ces crapules de djihadistes, n’a jamais eu droit à une telle couverture médiatique, autant dire publicité gratuite, locale, nationale et internationale. Pub directe, lorsque sont relatés les méfaits assassins de ces gens prêts à tuer leurs proches et à faire violer par leurs coreligionnaires dévoyés leurs propres enfants ; pub indirecte, surtout de la part des médias hystériques où on ergote à tout va sur les événements en cours, avec mise au placard de l’usage du conditionnel.  Ils encombrent l’espace numérique, d’une certaine façon s’immiscent dans les interventions de la police et de la justice et en gênent le bon déroulement. Mais l’indécence étant la clé d’une forte audience, laquelle participe à l’émergence d’un consensus (on est tous Charlie, on est tous Paris, on est tous des veaux), on laisse faire, on se laisse prendre au piège, pourvu et tant que chacun y trouve son compte.
Une multinationale de  l’événementiel est née. Bravo et félicitations aux parents finauds dont l’entreprise, au final, aura coûté moins de 200 morts, quelques dizaines d’orphelins, de veuves et de veufs. Plus quelques dégâts matériels (si dommageables). Une misère si on pense aux 30000 victimes du terrorisme qu’il y a eu en 1 an et qui n’ont pas eu la chance d’être tenus au chaud sous une bonne couverture médiatique.

NB : le malheur des uns (perte d’être chers) fait le bonheur des autres (ne souhaitant vexer personne, je n’entrerai pas dans le détail), ce qui ne les empêche pas de compatir, tout en se félicitant éventuellement de la progression d’un chiffre d’affaire, compassion et intérêt n’étant pas incompatibles.
Jusqu’à présent pas touché directement par ces actes terroristes cruels, orduriers et imbéciles, je me refuse à m’accorder le droit de sombrer dans la tristesse. Elle est réservée à qui serait dans l’affliction. Convenances obligent, et quand bien même cela serait convenu, recevez mes condoléances si vous avez été blessé(e) dans votre chair, dans votre cœur ou dans votre conscience.

Clope après clope je fume. À un train d’enfer. Je ne m’arrête pas en gare, parce que les escarbilles retombent mollement n’importe où, sans m’apporter la moindre satisfaction. Répit pour le gamin qui ne sait pas ce que veut dire « Nicht hinauslehnen« .

Trop tôt sevré des mamelles taries de ma mère, j’ai eu vite fait de la tromper.
Des copains me l’avaient présentée lors d’un week-end consacré comme tant d’autres au désoeuvrement. Une blonde sans faux col qui fleurait l’Amérique, joliment roulée. Lucky, ils l’appelaient. Lucky Strike. C’était à qui avait le plus la bouche en cul de poule, une technique qui ne s’obtient qu’à force d’assuidité.
Fumer est plus compliqué qu’il ne semble. Avaler la fumée et la rejeter par les naseaux après en avoir crépi les poumons est un jeu d’enfant ; prendre la juste pose du cow-boy désabusé est une toute autre affaire qui oblige à aller au charbon. Sachez-le : fumer demande assiduité et héroïsme, aptitudes dont les membres des ligues anti-tabac sont hélas privés.lucky_strike
Clope sur clope je fume, sans peur. Et ce n’est pas avec son haridelle que la Camarde me rattrapera si ce n’est pas l’heure.
La plaine rétrécit sous les nuages qui s’étirent. Je tâte mon paquet de Lucky Strike. Il m’en reste une toute dernière, aplatie derrière le bullseye défraichi. La dernière ?

Pataclope, pataclope. Jolly Jumper ne fume pas, grand bien me fasse.

Les vraies colonnes de réfugiés, c’est quand même mieux que celles que l’on voit dans les films des années 39-45, mêmes ceux colorisés. On y croit, mais pas plus que ça, alors qu’aujourd’hui, et malgré l’absence de Stukas avec leurs jolies sirènes qui égayaient les routes de l’exode en 40, ça t’a quand même une autre gueule. La magie du direct et de la couleur ! Sans compter le son d’une telle qualité, qu’on s’y croirait. Ça braille, ça crie, ça gueule, ça chiale, et pour un peu on les entendrait penser. Chapeau, la technique !
Quelque chose m’échappe, cependant: l’absence de drones. Les Stukas, je comprends, à cause de quelques mauvais souvenirs, que la mémoire a beau être courte (on s’arrange comme on peut), n’a pas encore effacés, mais les drones, en quoi poseraient-ils problème ? Des drones hongrois pourraient très bien larguer de gentils tracts d’accueil ou, à défaut de tracts, des petites bombes qui pousseraient les réfugiés sur la Slovaquie. Où des trains les conduiraient jusqu’en Pologne, via la Tchéquie.
Pensant à une solution de ce type certains dirigeants de ce quarteron de félons et traîtres à l’éthique européenne regretteront la période bénie de la dernière grande guerre. Mais qu’ils ne désespèrent pas, car au train où vont les choses, le claquement des bottes pourrait bien résonner à leurs oreilles. Et aux nôtres.

— Moi, je dis qu’i faut tout y éradiquer, les arabes. Plus d’arabes, plus de terrorisme.

— Mouais, mais les arabes, c’en est bourré. Moi je dis que si on supprime tous ceux qu’ont le profil de victimes et tous les machins que ça fait des cibles pour les terroristes, on leur enlève le pain de la bouche, aux arabes. Plus de victimes possibles, plus de terroristes.

— Ah oui, et ceux qui feraient les victimes, tu fais comment pour y trier parmi tout ce beau monde ?

— Ch’sais pas, et c’est pas mes affaires. C’que je sais, c’est que tous les arabes sont peut-être pas des terroristes. Que même y’aurait des arabes chrétiens.

— Je dis pas non, mais avoue qu’on peut pas leur faire confiance. Ce qu’ils baragouinent, on n’y comprend que dalle, et c’est pas pour rien. Quand ils causent, tu crois qu’ils parlent de quoi ? Des saloperies qu’ils vont faire. Sinon, ils causeraient comme nous. C’est comme les sourds et muets que la plupart sont pas plus sourds que toi et moi. Ils sont faux, les sourds, comme les arabes. Les pires, c’est les arabes sourds et muets.

— Ou aveugles. Ou encore ceux qui sont en chaises roulantes qu’entre parenthèses, qui c’est qui les leur a payées ?

— Un arabe sourd muet qui se balade comme ça, mine de rien, dans son fauteuil roulant, tu peux être sûr que c’est un terroriste. Son engin, je te file mon billet que si tu le démontes, il est bourré d’explosifs.

— Une vraie machine de guerre.

— Il est là, à jouer le touriste, sûr de lui, fin prêt à nous planter un couteau dans le dos, façon de parler –si tu vois c’que j’veux dire–, parce que 10 kilos d’explosifs, c’est encore autre chose. Il s’imagine quoi, ce foutu salopard ? Qu’on va pas se bouger le cul et le laisser faire ses petites affaires de merde à sa guise ? C’est par où qu’elle est déjà, la Seine ?

Les salopards, moi je dis que c’est dans l’œuf qu’il faut y tuer. Ouais ! qu’on me dit, et c’est à quoi que tu reconnais que c’est un salopard dans l’œuf en question ? Faut pourtant pas être bien malin, je réponds. On y reconnaît, parce que ça se voit, c’est tout. Si jamais tu as un doute à cause que la couleur ça serait comme entre chien et loup, genre gris, si tu vois ce que je veux dire, tu peux toujours le mirer pour vérifier. Faut juste des loupiotes comme des projos, genre miradors. Trouble ou pas clair, tu le démolis, et c’est tout. Moi, je préfère te dire que je m’emmerde pas. Au moindre doute, je te balance l’œuf sur un mur, et basta !
On a eu un président, le nom ch’sais plus, à cause que ça change, lui il était pour. Aujourd’hui, ch’sais pas s’il est toujours pour, mais je croise les doigts pour que oui, et je les croise deux fois pour qu’il revienne président.
C’est bien beau tout ça, mais tes fameux œufs, tu les trouves comment ? qu’on me dit aussi. C’est pas compliqué, je réponds, je les trouve là où ils sont, et là où ils sont, ça se voit et ça se sent, ben tiens !
Avec les poteaux, histoire de se faire la main, on s’en est fait quèques uns, y’a quèques temps. Le fendage de gueule ! Une petite mise en bouche, si tu préfères. Mais là, vu comme c’est parti, les terroristes et les autres, qu’on soit sûr ou pas, on va pas tarder à y aller, avec les potes, qu’on a fait comme qui dirait une milice. Les salopards, j’aime autant te dire qu’ils vont pas tarder à voir de quel bois on se chauffe.
Sauf que pour eux, t’es p’têt bien aussi un putain de fumier de salopard, y’en a un qui m’a dit, le con ! Je me suis pas démonté. Faut pas tout mélanger, j’ai expliqué, parce que y’a salopard et salopard.