Archives de la catégorie ‘vivre et mourir’

Je fauche les toisons
j’ébranche les torses
j’effeuille les mains
je pourfends les crânes
j’arrache les coeurs
je moissonne les vivants

Je m’abreuve aux fleuves vermeils

J’étanche ma soif de gloire
aux râles de ceux que je condamne
je me nourris de la souffrance
des suppliciés que j’achève
j’ensemence la haine
j’arrache la vie à la vie
je distille la mort

De cadavres me rassasie

D’Asma si belle je m’enivre
de Hafez, Zein et Karim je suis fier
de mon statut je tire profit
j’ai tout pouvoir sur mes sujets
à mes pieds tremble le peuple
la terreur est mon triomphe

De mensonges me repais

La grandeur est ma fortune
le courage est ma nature
la puissance ma raison d’être
Je suis brave et méritant
clairvoyant dans mes décisions
j’honore Hafez mon père
le dépasse pour m’en montrer digne
Je suis Bachar
le porteur de bonnes nouvelles

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Je suis arabe, je suis arabe, oui. Et vous croyez que j’y suis pour quelque chose ? Vous êtes bien auvergnat, vous. Vous l’avez décidé ?
En plus, mais façon de parler, je suis un peu musulman. Dans les 50%, à cause que ma mère était chiite et mon père sunnite. Faut croire complètement bourrés le jour où ils s’étaient rencontrés. Les premiers dénient le titre de musulman aux seconds, et vice vera. Comme les chrétiens du temps béni des guerres de religion. Vous êtes juif, vous ? Vous vous êtes inscrits au club avant de naître ? Vous trouviez que la petite Sarah, la fille de Nathan, le libraire, était exactement la mère qu’il vous fallait ?

Après, si je remonte au temps d’Adam et Eve… Non je préfère pas.
Je suis un peu con, et ça doit être vrai puisque des tas degens qui se disent être intelligents l’affirment. Vous vous y êtes pris comment, pour être intelligent, vous ?

Je suis bronzé, très. Très très. En fait je suis noir comme le cirage noir, noir comme la suie noire, noir comme une nuit sans le moindre croissant de lune. Un nègre, quoi, ce qui vaut son pesant d’or quand on voit ma rouquine de mère. Elle a fait quoi, ma mère, pour avoir un teint de navet, des cheveux roux, et pour se faire caillasser par des sales gamins ?
Un de mes grands pères était un peu nazi, un arrière grand oncle était pas mal sionniste, sa sœur était une salope qui exploitait les filles-mères dans un orphelinat, et sa fille –telle mère, telle fille– avait fait le tapin et passait ses loisirs à tabasser ses gosses. Son aîné, va savoir comment, il avait réussi, lui.
Je suis une poule mouillée, plus lâche encore que seulement pleutre. Le seul courage que j’ai, c’est celui de courber le dos pour ne pas recevoir de coups ou de fuir pour ne pas avoir à faire face à ce qui, inévitablement, me rattrape. Ou de dénoncer qui que ce soit de quoi que ce soit pour seulement vivoter tranquille. Votre courage, il vous vient d’où ? Et lorsque vous aviez tué tant d’ennemis, qu’est-ce que ça vous en avait coûté ?
Je suis laid, d’une laideur même pas repoussante (de celles qui donnent au moins le sentiment de ne pas être transparent). Je suis laid et transparent. Pire encore que mes géniteurs. Mais vous, quel est votre secret pour être né beau ? C’est quoi votre truc ? Qu’avez-vous fait pour le mériter ? Combien ça leur a coûté à vos parents ?
Enfant de pauvre, je suis pauvre. Tant qu’à faire, j’aurais aimé ne pas l’être, et comme tout plein de pauvres, je sais que je ne serai jamais riche. Je n’ai d’ailleurs jamais dit que j’aimerais être riche. Être enfant de pauvre, c’est comme être enfant de riche : ça ne s’invente pas. Comme être courageux : on l’est ou pas. Ou laid : on l’est ou pas.
J’ai un travail de merde, je suis mal marié, mes enfants sont aussi abrutis que moi, le chat de mes sales gosses fait ses besoins sur mon mauvais lit (les ressorts rouillés du sommier sont foutus), mes voisins sont des emmerdeurs, je dors mal, ma femme n’est pas la seule à dire que je suis un mauvais coup, bref, je ne vaux pas une clopinette, tout juste un clou rouillé et tordu. Une vie de merde. Vous croyez sincèrement que je l’ai choisie ? Que j’aurais demandé au bon dieu de me donner une vie de merde ? Trop con pour en demander une agréable et tranquille ?
Cependant, et tout pareil que vous –et que je l’aie voulu ou non–, je vis. Et un jour, tout comme vous, je mourrai. Vous croyez vraiment que c’est parce que je l’aurai décidé ?

Se faire prendre en otage n’est pas particulièrement agréable, mais se rendre compte que les armes des preneurs d’otage proviennent, entre autres, de pays d’où sont issus les otages, est fortement déplaisant. D’autant si un parent, ami ou simple relation de la victime travaille dans l’industrie de l’armement. Après il n’y a plus qu’à attendre son exécution ou sa libération  soumise à quelques menues conditions, osent dire de mauvaises langues. Libération contre quoi ?
Notamment si elle est filmée, l’exécution d’un ressortissant d’une démocratie occidentale déclenche émoi et protestations, réactions sans commune mesure avec celles qui suivent les menus dérapages des armées occidentales comme certaines frappes vaines et hasardeuses, par avance absoutes au nom de cette notion bien pratique de pertes collatérales. Frappes qui jouent la grande faucheuse auprès de populations civiles le plus souvent innocentes. Sans commune mesure non plus avec ces images qui nous ont montré, il n’y a pas si longtemps, la cruauté imbécile, les vexations et humiliations que certains de nos chers défenseurs du bien ont infligées à des prisonniers, nécessairement hérauts du mal, sans raison autre que la déraison, la bêtise et le plaisir, quel plaisir !
Il y a plusieurs façons de tuer  : le couteau de boucherie en est une ; la non reconnaissance, le mépris de l’autre et son humiliation en sont une autre. L’une est perçue comme étant ignoble et pratiquée par des barbares, l’autre est considérée comme n’étant qu’une simple bêtise commise par d’irréductibles idiots que les conditions de guerre ont traumatisés, les malheureux. On n’en parlera que le temps d’oublier qu’ils étaient sous les ordres de supérieurs hiérarchiques au demeurant peu inquiétés.
On égorge bien les cochons. Ces “porcs d’étrangers infidèles”, pourquoi alors  les djihadistes, ne les égorgeraient-ils pas comme on égorge un cochon ? Nos chères démocraties ne les ont pourtant pas attendus pour manier le couperet pendant des siècles et faire ouïr le doux bruit de la guillotine à des milliers de spectateurs souvent ravis, tels ceux qui, en France, assistèrent à la dernière exécution en public en 1939, spectacle populaire qui, par ailleurs, fut fixé sur pellicule. Les firmes commerciales d’alors, ne prenant pas toute la mesure de l’opportunité qui s’offrait à eux en terme de pub, ne profitaient pas de la popularité des exécutions pour vanter leurs produits. Contrairement à celles d’aujourd’hui, comme ces médias dont le comportement n’a rien à envier à celui des charognards.Quel dommage pour Dubo Dubon Dubonnet, Michelin, Baignol & Fargeon, Castrol, Massey Ferguson, mais quelle chance pour les feuilles de chou, les radios et les télés.
Aujourd’hui, plus que l’événement lui-même, c’est le buzz médiatique qui compte, buzz d’autant plus marquant que le gore s’invite. Les crimes passent, d’âme ou de sang, suivis de nouveaux crimes qui éveillent de nouveau l’intérêt des foules, jusqu’à ce que celui-ci s’émousse avant de se renouveler pour une nouvelle horreur, vendeuse.

Alors quoi ? Prions mes frères ?

J’étais là, tapi sous la futaie, à attendre ma proie, un ermite, genre homme des bois, auquel sa gueule de bois de poivrot invétéré en rajoutait. Personne ne viendrait réclamer après lui. Je l’avais repéré, un inquiet, du style à se sentir de trop, diminué, comme honteux. Personne ne ferait d’histoire parce qu’il ne manquerait à personne. Je le voyais, planqué derrière des branchages qu’il imaginait le dissimuler à ma vue. À vivre au milieu des arbres, tu deviens un peu arbre parmi les autres arbres, si tu oublies les lambeaux d’humanité qui s’accrochent encore à toi. Il lui en restait bien assez pour que je le distingue au milieu de la végétation. Il s’était dirigé vers moi, un litron en main, claudiquant, traînant une jambe de bois, de ce bois dont on fait les fûts, les barriques, barils, barbantanes, foudres (de guerre, mis à l’honneur en 14-18 pour le pinard de nos valeureux poilus, sans lequel ils n’auraient été que des poltrons, vivants, mais poltrons), fûts, muids, pièces, tierçons, bref, des tonneaux comme l’exprime le vulgaire dont le vocabulaire est plus chiche que le petit pois qu’il a dans sa cervelle, une qui ne doit pas peser bien lourd. Des tonneaux, je disais, dont on fait aussi les bières, celles qu’on pose sur des tréteaux, amen, et tout le saint frusquin, avec quatre poignées tarabiscotées en laiton, que d’habiles artisans d’un pays baltique auront manufacturées, sans grande imagination. Le pays, je ne sais plus lequel. Sa bière à lui, l’ermite, serait de terre et de feuillages que de grands corbeaux laboureraient.Un ivrogne sans famille, qui se soucierait de sa disparition ?
Les bois, à force de les courir, et parce que j’en suis issu, croix de bois croix de fer, c’est pas des menteries, j’en connais les mots, ceux qui parlent des arbres et ce qu’on en fait, sculptures et autres colifichets, des cailloux et des bestiaux. Les bois, je sais  à quoi ils servent au cerf et à quoi ils servent au seigneur du coin qui les usent en vertes volées pour mater les serfs qui rechignent à lâcher le moindre chou. Pour l’affaire qui m’avait amené là, je savais quel bois il me fallait, droit, sec comme un coup de trique, dur à la tâche, et il venait à moi. Patacloc, patacloc.

Je me revois. De dessous les branches feuillues dont je me suis paré pour me camoufler (seul un œil averti aurait pu me déceler), j’ai extirpé une gourde en fer blanc, plus aisée à trimballer en forêt qu’un tonnelet de même contenance fait de bois, de ces bois dont on fait seilles, seillons, seaux, bassines et tubs, et la porte à mes lèvres. La soif de l’affut m’a pris : je bois goûlument, jusqu’à plus soif l’eau de vie de sorbier qui me donnera des ailes et l’excuse de l’ivresse. L’ermite s’approche sans me voir, car comment pourrait-il me voir ? De mes babines retroussées pendent . deux filets de bave d’argent. Ne pas attirer son attention. Je calme mes légers grognements, cesse de me pourlécher, signe obscène de ce terrible péché capital qu’est la gourmandise et de cet autre, véniel, que je vais commettre.
Silence. J’emboîte le pas à l’homme des bois, non sans mal, car emboîter le pas d’un quidam, dont une des deux jambes est de bois, exige que la boîte prévue à cet effet soit d’un volume adéquat, ce qui n’est pas le cas. Aurais-je pu le prévoir, sachant que statistiquement, il y a peu de chances que cela se produise ? En tout état de causes, ma boîte n’est pas assez grande pour contenir une jambe de bois dont la caractéristique principale n’est pas la souplesse. Celles en bois souple, qu’elles soient d’osier tropical ou de caoutchouc équatorial, ne courent pas les rues sous ces latitude, encore moins les forêts. Devrais-je abandonner ma proie pour l’omble que j’ai entrevu lorsque j’ai traversé le lac à la nage pour rejoindre ce bois ? Non, me dis-je : une carpe géante, passe encore, mais l’omble est d’une bien trop brève taille. Sans compter les arêtes qu’il me faudrait faire sauter.
Taka ifer introu, me dit une voix éraillée, de ces voix de gare, lorsque le train de nuit s’arrête au petit jour le long d’un quai désert embrumé de brouillard, voie A, la seule, où s’ennuie à mourrir un vendeur de sandwichs dont la date limite est dépassée depuis long temps. Tu dérailles, me dis-je, sans traîner, pour que ma propre voix ne couvre celle d’un gnôme qui pousse la cariole de casse-croûtes avariés qui, dressé devant mon chien qui m’a retrouvé (le crétin, que j’avais décidé de venir perdre ici afin de passer des vacances tranquilles sans être obligé au ridicule du ramassage de ses canines déjections (il ne perd rien pour attendre et je lui réserve un chien de ma chienne de vie)… dressé face à mon chien, disais-je, s’est mis à litaniser, en son gnômesque langage, taka ifer introu, taka ifer introutaka ifer introu. Ce qui, en soi, n’est pas couillon, mais implique de se trimballer avec une boîte à outils contenant cisaille et emporte-pièces. L’obsédante litanie troublant la paix des bois, et ma proie aux abois risquant de se rendre compte de ma présence, « attaque », commandè-je à Saucisse, mon chien, que sa morphologie m’a poussé à nommer ainsi. Cette andouille snobe le gnôme pour se catapulter sur l’homme des bois. « La guibole » , je lui crie, « la guibole ». « Bâtard, pas celle d’os et de viande, l’autre » lui intimè-je méchamment lorsque j’entends hurler le bonhomme qui résiste, ayant bien du mal à rester de marbre, on le comprend. Aux sourds craquements d’un bois apparemment investi par des capricornes, je comprends que le bestiau a enfin compris. À l’épouvante que je devine dans les yeux du gars qui se voit déjà ne pouvant plus marcher, des yeux qui doivent rouler plus vite que la vitesse autorisée, je comprends que Saucisse en est au déchiquettage du genou à la découpe du moignon.
« Apporte ! » je lui ordonne.
Et voilà que ce corniaud ne veut pas lâcher la guibole. Je lui échange contre un morceau de mollet que je récupère sur le gars qui commence sérieusement à me casser les oreilles. « Saucisse, au pied ! » j’intime au klebs, avant de rectifier, lorsque je le vois lorgner sur la cheville du gars. « Sa gueule, la gueule de bois, va chercher la gueule de bois ! Et casse pas le nez, STP »
Canif en main, un Opinel que m’a offert Gepetto –au cas où, il m’avait dit–, je découpe le fond de ma boîte en fer blanc, y fourre la jambe plus quelques accessoires, dont le nez.

Je ne peux pas dire que je me sois refait à neuf, mais pas loin.Un pote de Gepetto, ébéniste de son état, m’a refilé un produit contre les capricornes. Ça pue le chimique, et du coup, ça m’oblige à fermer le clapet, d’où raconter un peu moins de salades. Saucisse ? Entendu dire qu’il avait fait un tabac à une soirée hot-dog, avec l’homme des bois. Ses restes, plus exactement. Ma guibole est bien un peu raide, mais je m’y fais. Mon nez ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il a mon nez ?