Archives de la catégorie ‘Noël’

Autour du 20 décembre j’ai été pris d’un trouble étrange. Qui a grandi le 24 au soir au moment du réveillon et s’est amplifié quand on a servi le foie gras. Sans un viatique, quelques verres de Sauternes que je me suis obligé de boire non par goût, mais par nécessité,  nul doute que j’aurais perdu connaissance.
Pour éviter tout embouteillage à cause des huîtres, du saumon, des escargots, du chapon aux morilles et annexes, j’ai  procédé à l’ouverture des vannes, fait le plein des écluses et ouvert les portes à flot, seule bonne façon de rendre les voies digestives opérationnelles pour la navigation. Ô combien de pinard il m’a fallu ingurgiter pour que l’opération se passe sans anicroche !
En même temps qu’une joie ineffable me gagnait, je sentais dériver les frêles esquifs portés par des flots chamarrés, les imaginais gagner l’étroit estuaire avant de plonger dans l’abyssale fosse des vécés. Un délice, que dis-je : une révélation. Pas de doute, me suis-je dit, Dieu existe.

Le lendemain, apéritif et repas substantiel pris comme il se doit, et l’extase ne m’ayant pas quitté, c’est un rien aviné que je me suis rendu à l’église pour m’ouvrir au curé de cet état de grâce.
Ému jusqu’aux larmes je suis entré dans la sainte demeure. Le curé était dans la sacristie. Parfum d’encens et de pastis.

Le temps de remplir deux verres pendant que je lui expliquais ce qu’il m’arrivait il a pris la parole.
« Rien de plus normal, mon fils, avec l’état d’ivrognerie dans lequel tu t’es mis. Ne sais-tu pas que l’alcool obscurcit la raison ? Moi-même… »

 

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— Les pauvres, si ils sont pauvres, c’est qu’ils l’ont bien voulu.
— Je suis d’accord, c’est pareil pour les riches, si ils le sont, c’est qu’ils l’ont bien voulu. Et ceux qui sont ni riches ni pauvres ?
— C’est qu’ils savent pas ce qu’ils veulent. C’est comme pour la santé. ceux qui sont en bonne santé, c’est qu’ils le veulent bien. Et ceux qui y sont, à la Santé, c’est qu’ils l’ont bien voulu. Ou alors, ils l’ont bien cherché, c’est tout.
— Mais si je prends mon cas, par exemple, que je connais, depuis le temps. C’est pas que je veux pas être riche, au contraire, et encore moins que je veux être pauvre, mais j’ai beau eu faire, j’ai jamais réussi à rouler sur l’or. C’est pas que je me plains, mais ça me gênerait pas de rouler sur l’or, voilà tout.
— C’est que tu vis dans un quartier pourri, et c’est pas dans un quartier pourri que tu risques de rouler sur l’or. Pis d’abord, avec ta caisse pourrie, t’as aucune chance qu’on te laisse passer chez les rupins, là où c’est qu’on roule sur l’or. Pour te dire, chez les rupins, les pères Noël, tu leur tends la main et ils te refilent cent balles. Ici, tu leur tends la main… C’est idiot c’que je dis, y’a pas de rupins ici. Ici, le père Noël, tu lui as pas tendu la main qu’il t’a déjà chouravé ta breloque.
— Je m’en fous, j’ai pas de bagnole. Pas de montre non plus. Pis ce que tu dis, ça dépend des pères Noël.
— ?
— Y’en a des vachement sympas. L’autre jour, pour te dire, j’en croise un. Un vrai, je pense, à cause qu’il causait pas comme nous alors que les bidons c’est comme nous. Un barbu dans un grand manteau, comme ceux qu’on voit d’habitude. T’as pas cent balles ? je lui ai demandé. Il m’a emmené chez des potes à lui. Des mecs qu’on aurait dit aussi des pères Noël, question barbe, mais pas question couleur, à cause que leurs robes étaient noires ou marron ou je sais pas.
— Mouais, et après ?
— Ils m’ont refilé des pâtisseries et du thé, à me gaver comme un porc.
— T’as bu le thé ?
— Parce que j’aurais une tronche à m’enfiler du thé ? C’est dégueulasse, ce machin. Mais les plantes, elles, elles ont pas rechigné.
— Et après ?
— C’est tout. Ils m’ont juste invité à revenir, qu’ils me refileraient du pognon et tout. Noël, ils m’ont dit, c’est des conneries et du fric foutu en l’air. Je leur ai dit que du fric, j’en avais pas, et que je risquais pas de le foutre en l’air. Justement, ils m’ont répondu, justement. Pis y’en a un qui m’a fait tout un baratin sur le partage, que les pauvres, eux ils les aidaient , et tout.
— Tu y es retourné ?
— Non.
— C’est bien ce que je disais. Pour être riche, faut le vouloir. Du coup, tu fais quoi pour Noël ?
— Le Père Noël, devant le Prisu.

Georges

— Georges fais gaffe, y’en a un derrière toi !
Georges, il a beau être le pistonné de la bande, c’est pas une raison pour qu’on le laisse se faire assassiner sans moufter. Je sais pas si c’est à cause de la crise, mais j’ai bien peur que lui aussi finisse par se retrouver au labo, comme les quatre autres dont on a plus de nouvelles.
Il court comme un dératé, négocie mal le virage salvateur qui lui aurait permis d’échapper à ses poursuivants, s’étale comme une merde dans la soue.
— Dégage-toi, nom de dieu. On vient à la rescousse.
Trois balèzes se jettent sur Georges que ses 120 kilos de graisse clouent au sol. Ils l’immobilisent sans mal avant de l’embarquer à grands renforts de coups de fourche dans le cul et de méchants coups sur le groin. Pour qu’on ne soit pas en reste, le plus hargneux des gars nous distribue une volée de coups de bâton. « Saloperie de bestiaux de merde » il nous gueule après.
Georges, plus jamais on ne le reverra. Pas plus qu’Henriette et les autres.

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La voletaille

Côté mare, ça jase, ça cancane, ça jargonne, ça caquète, ça s’affole. Comme chaque année en décembre, on pressent que le jour de la grande rafle se précise. On rapporte que des tables ont été installées dans la cour, qu’un bûcher y a été dressé et que la bonniche récure marmites et casseroles tandis que son homme affûte les couteaux, récure les bacs, rafistole les seilles, racle le plateau de la table à rigoles –un pétrin qu’on avait remisé avant de se dire qu’une fois transformé, il ferait un parfait autel du sacrifice ce serait l’idéal pour égorger tout ce qui bouge.
Le caïd du troupeau d’oies, un jars du genre qui sait tout, affirme avoir vu un alignement de bocaux rutilants. « Avec des caoutchoucs rouges flambant neufs » il a précisé.
« Des conneries ! » rétorque un canard, si vieux et coriace qu’il pourrait bien échapper à l’holocauste annoncé.
Oies et canards ne font pas bon ménage. Il faut les voir et les entendre se gausser des unes ou des autres pendant les séances de gavage. Un jour où, sur le point de tirer sa révérence, le caïd procédait à ses adieux, des canards jaloux avaient fait un tel foin que la fermière, accompagnée de son sale clebs, avait fait rentrer toute la basse-cour au bercail, à coups de trique. « Saloperie de voletaille de merde » elle avait hurlé.

« J’en ai ras la glotte et ras le jabot du gavage : je me barre. Et qui m’aime me suive. » claironne le caïd.
« Et tu vas becqueter quoi ? » lui répond en chœur le troupeau d’oies, tandis que les canards se marrent comme des mouettes.
— Entre becqueter pas grand chose et se faire becqueter, mon choix est vite fait. Salut et bon appétit puisque c’est l’heure du gavage.

« Li voulàti, veni veni veni. Piou piou piou…»

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Le cardon

En avril, ne te découvre pas d’un fil ; en mai, fais ce qu’il te plaît. Raison pour laquelle j’ai été semée le 30 avril, un poil avant minuit. Faisait encore frais, mais à six graines dans le poquet, on s’est tenu chaud dans l’humus frisquet. Le noir complet est flippant, mais c’était rassurant d’être les unes contre les autres et de savoir que, à un mètre, des consœurs vivaient la même chose. Au matin du 1e mai, j’ai perçu une lueur, émanant sans doute d’un soleil radieux.
Les jours passent, ni trop chauds, ni trop humides, juste ce qu’il faut pour que ma jeune pousse prenne son essor. Un jour de pluie, une petite flaque à mes pieds me renvoie l’image de mes premières feuilles. Je suis la seule de mon groupe à avoir résisté, mais à quelques pas de moi, issues de poquets voisins, d’autres se balancent mollement sous les caresses du vent.
Confiante en la vie, je croîs au long des saisons, jusqu’à devenir une belle plante potagère. Mes pétioles élancés, mes feuilles d’un vert cendré garnies d’épines aux lobes profonds et secrets ne tardent pas à attirer sur moi les regards gourmands et concupiscents de la fermière. Qui se pourlèche les babines en parcourant du doigt mes côtes aussi grasses que la taupe avec qui j’ai lié une bien intéressante relation. Septembre venu, alors que je suis devenue un cardon plein de promesses, la fermière me relève les feuilles avant de les emprisonner dans un manchon de paille. « N’oublie pas de butter tous les cardons », dit-elle à son mari, « surtout çui-là, on en tirera un bon prix ». Manquant d’air et de lumière, je deviens pâlichon, terne et dépressif. Sans doute raison pour laquelle, début décembre, on m’arrache violemment à ma terre natale pour me jeter dans une cave profonde. On m’y plante dans un sol sablonneux sans saveur où je me laisse gagner par la vieillesse, l’ennui et la solitude. Coupé en petits morceaux, on finit par me jeter en une noire prison de métal en compagnie d’une énorme volaille qui prend toute la place, une oie qui avait pris l’habitude de venir déposer ses déjections à mes pieds, en ce temps où je vivais heureux à l’air libre.
« T’as bien mis le thermostat sur 10 ? » est la dernière phrase que j’entends avant de m’éteindre, après que quatre barres rougeoyantes se sont mises à brûler de mille feux.

Quand je vous le disais, hein ? Et j’étais pas le seul à y dire, non, non, non, non, non, non. Et ben voilà, on y est, et on y est bel et bien. Où ? Dans quoi je devrais dire, mais vous le savez très bien dans quoi c’est qu’on est, me dites pas le contraire. Et vous y êtes pour quèque chose, que vous y vouliez ou non. Le Jean-François, il y avait dit ou pas ? Un visionnaire, le gus, que le papa et la maman Copé, moi je serais eux, je serais fier d’avoir un fils comme ça. Pensez, un visionnaire !

Et la Marine, notre Marine nationale, moi je dis qu’en voilà une qu’a pas peur aux yeux, elle vous avait prévenu, Marine oui ou non ?

Et c’est quoi que vous allez faire, maintenant, hein, c’est quoi ?

La gangrène, ils y avaient dit et moi aussi, si tu veux pas l’avoir, tu coupes le bras qu’est daubé, sinon, sûr que tu la chopes et qu’après, on a plus qu’à te mettre en bière, et basta, et c’est bien le temps de chialer, tiens !

Des conneries ce que je raconte ? Vous y étiez, vous, ce matin, à Matignon ? Si vous y étiez, c’est que j’y vois mal, mais comme j’y vois bien, c’est que vous y étiez pas. Moi, j’y étais. C’est là que je les ai vus, tous les quatre, qui en sortaient. Non, non, non, pas par la grande porte, ça risque pas, à cause que leur religion, c’est sournoiserie et menterie. T’as pas le dos tourné que tu te retrouves avec un couteau planté dans le dos, si c’est pas pire., même s’il y en a qui préféreraient le pire, en dessous du bas du dos, mais chacun ses goûts, hein.

Et c’est qu’un début, vous pouvez me faire confiance. Les conneries, c’est pas un bon chrétien comme moi, catéchisme, confession, communion et tout le saint frusquin, qui risque d’en raconter, et encore moins des mensonges. Ils ont tout prévu, faut pas croire, des minarets en veux-tu en voilà, les ministères transformés en mosquées, et encore je dis pas tout. Et je parle pas des barbiers au chômage ! La tour Eiffel transformée en minaret, nous v’là beaux !

Alors moi, ce que je dis, c’est qu’il faut agir, parce que si on se laisse faire en les laissant faire, sûr que le prochain Noël, on pourra s’asseoir dessus.

Bon, juste pour ceux qu’auraient encore un doute, je mets la photo (c’est moi qui l’ai prise) de quand ils sont sortis de la mosquée de la rue de Varenne.

 

le_cauchemar_de_juppe

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