Archives de la catégorie ‘folie’

Je fauche les toisons
j’ébranche les torses
j’effeuille les mains
je pourfends les crânes
j’arrache les coeurs
je moissonne les vivants

Je m’abreuve aux fleuves vermeils

J’étanche ma soif de gloire
aux râles de ceux que je condamne
je me nourris de la souffrance
des suppliciés que j’achève
j’ensemence la haine
j’arrache la vie à la vie
je distille la mort

De cadavres me rassasie

D’Asma si belle je m’enivre
de Hafez, Zein et Karim je suis fier
de mon statut je tire profit
j’ai tout pouvoir sur mes sujets
à mes pieds tremble le peuple
la terreur est mon triomphe

De mensonges me repais

La grandeur est ma fortune
le courage est ma nature
la puissance ma raison d’être
Je suis brave et méritant
clairvoyant dans mes décisions
j’honore Hafez mon père
le dépasse pour m’en montrer digne
Je suis Bachar
le porteur de bonnes nouvelles

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Oui, je sais, ou à défaut de le savoir, je m’en doute : comme tout être normal, vous n’allez pas bien, c’est normal, et ça n’a rien de bien exceptionnel. Si cela vous convient, ne changez rien. D’autant si vous accordez une grande importance à la durée de vie, une longue vie.
Si, au contraire, ça vous pèse légèrement ou vous gêne aux entournures, devenez anormal : vous irez mieux. Quitte, éventuellement, à vivre moins longtemps.
Enfin, c’est à vous de voir.
Pour moi, c’est tout vu. Sagement élevé dans des principes et préceptes plus sages que ne les prônèrent Bouddha, le Prophète (celui dont je tairai le nom pour n’avoir pas d’embrouilles avec ses divins représentants, des gens bien comme il faut), Jésus-Marie-Joseph et Noël Godin, plus connu sous le sobriquet d’Entarteur –un rigolo qui faisait même rire les portes de prison–, j’ai passé mon temps d’imbécile pas particulièrement heureux en me faisant chier comme un rat mort à observer lois, règlements et autres règles morales n’ayant pour tout objet qu’interdire, défendre, prohiber, censurer, empêcher… sinon panpan culcul. Une vie tout ce qu’il y a de plus normale, vécue dans une indifférence aux autres qui n’avait d’égale que celle qu’ils me portaient, si je puis dire. Une vie tout ce qu’il y a de plus normale, je me répète, et d’une banalité à toute épreuve, bref, une vie sans autre intérêt que celui, modeste, servi par ma modeste banque et n’ayant jamais dépassé le taux de 1%, les meilleures années, une fois déduits les frais de gestion. Pas une seule fausse note, pas la moindre grossièreté –si ce ne sont quelques “crottes de bique” osées, mais dont je m’étais toujours excusé tête basse et en toute humilité–, pas le moindre orgueil, la moindre méchanceté, le moindre impayé (y compris pour des factures émises par des escrocs). Ni les moindres délit, écart, ruade, révolte, colère, irrégularité, faux pas (quand bien même m’aurait-il permis d’éviter une déjection canine), déviance, contravention, crime, entorse (quand bien même m’aurait-elle permis d’éviter pire) ; pas les plus petits manquement, méfait, transgression, violation, errement, offense, transgression, vice ou même brève et discrète séance d’onanisme. J’en rajoute, on l’aura compris, ayant tout de même commis quelques menues incartades, si pâlichonnes que jamais elles n’auront eu la moindre fâcheuse incidence pour autrui.
Une vie affligeante, en fait, lot de ceux qui se vouent à l’obéissance et refusent tout conflit, celui-ci consisterait-il seulement à vouloir chercher des poux à des teignes agressives ou autres saletés urticantes. Jusqu’au jour où…
Je ne dirai pas ce qui s’est passé ce jour-là, et qui me fut révélation salutaire. Mais je ne saurais taire ce mémorable « Putain de bordel de merde de saloperie de chiottes » qui m’était sorti des lèvres, suivi d’autres gentilleses stylées où il avait été question de « fils de pute, connards, bande de pétasses, enfoirés, sales cons, enculés, couilles molles… assortis de pédés, rastaquouères, métèques, niakoués… J’avais même osé « jobards », c’est pour dire.
Je m’étais retrouvé au poste –les flics ne précisent jamais « de police », c’est bien entendu sous-entendu– où ma verve devenue insatiable en avait rajouté. De là on m’avait conduit au Hachepet, l’hôpital psychiatrique, service de jour. Où j’avais rapidement et largement enrichi mon vocabulaire grâce à l’entremise d’une prostituée qui l’avait trouvé d’une rare indigence. En somme, de la pure éclate, pareille à celle que produisent les électrons libres. Électron libre que je suis devenu ce jour-là. 

Les gens pas normaux, quand ils s’agitent, les gens normaux les enferment, c’est connu, derrière des barreaux, de bons et solides barreaux fabriqués par des gens tout ce qu’il y a de plus normaux et obéissants, bons ouvriers et tout. Les gens anormaux d’un côté, et parce que « qui se ressemble s’assemble », les gens pas normaux de l’autre, ou anormaux, si vous préférez. Seulement séparés par des barreaux et par l’air qu’il y a entre les barreaux, même pas de l’air comprimé. Vous voyez ? 
Et croyez-le ou pas, je vais mieux, même si personne n’est capable de me dire ce que ça signifie, pour moi et en moi, d’aller mieux. Vous comprenez ?

3274 avions qui ont décollé ou atterri aujourd’hui. Record battu. J’en rajoute ? Si on compte le nombre de roues et qu’on divise par deux, certainement pas. Pareil pour le nombre d’ailes.
Si j’en ai plein les oreilles ? Voui, surtout entre 1 heure du mat et 1 heure 7, le seul moment où aucun foutu zinc ne pointe le bout de son nez ou l’envoie aller renifler ailleurs. Ah, ce putain de bruit du silence, alors.

J’exagère ? Peut-être, mais pas plus qu’eux. Et tout ça pour quoi ? Pour voyager. Le tourisme, ils appellent ça. Ou les affaires. Quelle affaire, le tourisme ! Quant aux affaires… Des conneries, moi je dis, parce que tout ça, c’est prétexte soit à former la jeunesse –ah ! elle est belle la jeunesse–, ou pour voir du pays, comme si on en voyait, du pays, à je sais pas combien de kilomètres d’altitude !
Mais c’est qu’ils en ont vu des choses, et c’est qu’ils en ont fait. Les voyages, c’est une ouverture, voyager s’est s’ouvrir, et toc. C’est faire du lien, et même du bien, comme ceux qui font dans la bienfaisance, le caritatif si on veut, ou ceux qui font dans l’industrie, ou la  finance si on préfère.

Faut quand même pas manquer d’air pour raconter de telles insanités, et c’est oublier les dégâts provoqués par ces coucous de malheur. Un seul de ces zoziaux prédateurs qui va faire le beau à New-York, ça bouffe combien d’oxygène ? Ça consomme combien de pétrole ? Et ça transporte combien de kilos de cons ?

 

On n’arrête pas le progrès.
Plus forte que les virus, une arme plus redoutable que le feu qui emporta Sodome et Gomorrhe, c’est pour dire,  pourrait dévorer la Terre. Dévorer, au sens propre. 

Cet automate auto-reproductible, fruit de la haute technologie et d’un cerveau en mal de reconnaissance et imbibé de rêves cauchemars de gloire, se nourrit de pyroxène, d’olivine, d’aluminium, de carbone, chlore, fer, manganèze, potassium, silicium, cuivre, etc… Sachant que sa masse est de 2500g et qu’il est capable de générer un nouvel automate en 24 heures, celui-ci ayant les mêmes caractéristiques et capacités que sont géniteur, en combien de temps la terre serait-t-elle grignotée ?
C’est une blague ? Allez savoir. Cependant, tous les espoirs sont permis.