Archives de la catégorie ‘élections présidentielles’

« T’es pas assez con pour qu’on t’élise président », on m’a dit.
« Ça, c’est encore à voir », j’ai répondu. « Votez pour moi, et vous verrez. »
Et vous savez quoi ? Ils ont voté pour moi, en masse !

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Les gens qui sont dans la politique, je n’ai rien contre, loin de là. Difficile d’en vouloir à ces consciences éclairées, à ces êtres d’une consistance sans égale, à ces hyperactifs volontaires, fougueux et talentueux. Délicat de ne pas applaudir aux discours de ces valeureux tribuns, aux idées lumineuses de ces têtes pensantes qui les prennent (et nous surprennent lorsque nous en prenons connaissance) même pendant leur siestounette sur les bancs de leurs assemblées. Ardu et dangereux de s’opposer à ces gens de pouvoir qui savent mieux que des marionnettistes de talent tirer les ficelles des pantins qui s’abandonnent, confiants, entre leurs mains de démiurges géniaux et généreux. Scabreux de ne pas vénérer ces chefs ou cheftaines aguerris, à l’autorité innée, qui nous guident sur le chemin de la liberté-égalité-fraternité –fermez le ban!, que je m’y tienne debout au garde à vous afin de mieux apprécier cette noble étoffe qui les a fait choisir pour nous représenter et nous conduire à bon port, ne nous menant jamais par le bout du nez, ni ne nous faisant emprunter le moindre chemin hasardeux ou celui, tire-au-flanc, d’une stabilité improductive.
Être contre ceux que nous avons en quelque sorte intronisés n’est pas même pensable. Surtout lorsqu’on est pour. Je suis pour à cent pour cent, même à sang pour sang si se dessinait le moindre funeste destin. En un mot comme en cent, je les aime. De cet amour qui, n’attendant aucun retour, absolument aucun, ne saurait être déçu.

Hélas, hélas, hélas, trois fois hélas (ce qui fait quatre avec ce dernier,) sachant que d’aucuns, persuadés de tirer un jour profit de leur geste que l’Histoire leur montrera vain, sont plus prompts que moi à glisser dans l’urne ces petits papiers dont le rôle hygiénique pour le pays n’est plus à démontrer, j’évite quant à moi les bureaux de vote, les cris désespérés d’une carpe esseulée l’emportant sur les harengs harangues pas toujours fraîches et désespérantes des candidats dont notre saur (mauvais) sort, à les entendre est entre leurs mains âpres et mollement humides. Les élections se passent de moi sans qu’elles en tirent de bénéfice, tandis que je me passe avantageusement d’elles, y compris de celle de Miss France où, priant les carpes, truites, brochets ou perches de bien vouloir patienter, plutôt que taquiner le goujon, je m’attaque aux maquereaux, raies ou morues. Tant pis, alors, pour le Gefilte Fisch.

« Ne pas voter, c’est être irresponsable, c’est être contre la politique et contre ceux qui y sont jusqu’au cou, tentent d’y surnager et mouillent leur chemise pour la France et son bon peuple…» vous entends-je grommeler comme des bécasses, bien que celles-ci croulent, tout comme d’autres le font, sans doute vous-même, sous les responsabilités citoyennes qui les assaillent.
Que vous dire ? Laissons plutôt s’exprimer François Hollande, notre Président, comme il le fait dans la stricte intimité face à son miroir de salle de bains. Non ! Imaginez simplement ce qu’il peut se raconter, ce qu’il pense du pétrin dans lequel il s’est mis et dans lequel l’ont mis une majorité d’honnêtes citoyens dont il est possible que vous soyez, qui ont voté pour lui, lui ont fait des grâces et qui, aujourd’hui, le vilipendent sans vergogne, lui tournent le dos, le trahissent, comme d’autres le firent avec son prédécesseur, un certain Nicolas Sarkozy, si je ne me trompe, ou encore avec tel ou tel autre et, toujours, en donneurs de leçons, le referont avec les suivants.
N’ayant voté ni pour l’un, ni pour l’autre, ni jamais pour personne est éminemment la preuve que je ne suis pas contre celles et ceux qui font de la politique, bien au contraire. Je l’ai dit et le redis : j’aime les gens qui sont dans la politique, je les soutiens, les respecte, les aime du plus profond de de mon inconscience, en leur clamant haut et fort qu’avec moi ils peuvent dormir tranquilles : jamais je ne voterai pour eux.

« Et les énarques, hein, les énarques. Vous les aimez aussi ? » Vous ois-je me demander sournoisement en vous gaussant plus que ne le fit Carl Friedrich lorsqu’un détracteur stupide avait critiqué sa pertinente démonstration du théorème énonçant que « toute fonction entière rationnelle algébrique d’une variable peut se décomposer en facteurs réels du premier ou du deuxième degrés ».
Où donc avez-vous vu que les énarques faisaient de la politique ? Vous réponds-je sans ambages. Ils font des affaires, certainement pas de la politique. Des affaires, rien que des affaires, encore des affaires, toujours des affaires. Et les affaires, Dieu sait que ça ne passe pas par les urnes. N’est-ce pas ?

Pour tuer le temps et l’ennui, à défaut de tuer autre chose, comme tuer le serpent dans l’oeuf que pondra la poule avant de se le becqueter, car reconnaissant en cet animal hypocrite l’étranger qui viendra bouffer ses prochains oeufs si elle ne veille au grain… pour tuer le temps et me mettre du baume au cœur, disais-je, je me passe en boucle la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
 Aucun doute, ça marche. Et non seulement le temps semble se raccourcir comme un élastique dont on relâche la tension, ou un ressort pour qui en aurait, mais c’est d’un tel désopilant que, l’ayant fait écouter par pur souci d’enrichir sa culture à ma domestique d’origine portugaise, celle-ci a cessé de se faire arnaquer au rayon cosmétique de son hypermarché à acheter sa sempiternelle et chimique crème dépilatoire, crème qui, jusqu’à présent, ne lui a en aucun cas permis d’obtenir une nationalité plus enviable, à l’instar de celle Française qu’on est bien obligé d’admettre comme ne manquant pas de gueule, suffit de voir Marianne, bien autre chose que ma domestique dont je n’ai d’ailleurs jamais réussi à prononcer le nom correctement, ce qui n’a rien d’extraordinaire, le Lisutanien ne se prononçant absolument pas comme il s’écrit, c’est tout dire.  Je n’ai cependant rien contre elle, pas plus que contre la souillon bonne précédente, une Rom à qui j’avais gentiment expliqué (après qu’elle m’eut mis aux ordures une collection de CD Roms),  qu’elle avait vocation à retourner dans son pays.  Il y en a qui ont vocation à se gaver de caviar avec la cuiller en argent qu’on leur a mise dans le bec à la naissance ; d’autres non.  Mal intégrée, donc pas très futée, puisque Rom, je lui avais mi les points sur les i en lui expliquant qu’elle faisait partie du deuxième groupe, gardant pour moi que ce fait m’autorisait d’évidence à défalquer de ses heures de travail, bâclé, celles passées à lui faire entrer certaines notions dans son étroite boîte crânienne.

La DUDDHC, je raccourcis, ce qui me rappelle la douce époque révolutionnaire où, par pur esprit chrétien compassionnel, des sans-culottes parmi les plus acharnés,  donc qui en portaient, étêtaient gentiment et derechef les individus dont la haute taille pouvait indiquer une tendance à une quête de grandeur, leur évitant ainsi tout traumatisme crânien. Ô les braves gens ! La Déclaration etc., avais-je commencé à écrire, dès le 1e article, me fait pisser de rire, ce qui me rappelle les geôles puantes des Montagnards, en 1793 où, noblesse oblige, on mettait à l’abri en des lieux autant secrets que calfeutrés les pleutres à qui la Terreur faisait peur. À en croire les quelques malchanceux qui avaient recouvré l’air libre, désormais disponible à tous, ça en foutait pas une, ça parlottait, ça piaillait, ça jouait, ça pariait, ça rigolait ferme. Je parie que c’est toi le prochain ! Et non, c’était celui qui y disait qui y était. La bosse de rire !
 Depuis, et dans pas mal de contrées de sauvages, on a fait mieux que ces enfantillages, mais même sans aller si loin, on n’est pas si loin que ça de remettre le couvert. Il suffit de prêter l’oreille, je suis heureux il fait soleil, et pourtant, comme le dit Jean Roger Caussimon

Le 1e article. Prêts pour la rigolade ? : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Naître libres et égaux.
« Libres » : la liberté, si je ne m’abuse, implique l’autonomie. Si mes souvenirs n’ont pas été pollués par quelques croyances idiotes, je suis né bébé. Un tout petit machin vagissant sans aucune liberté, car entièrement dépendant des autres et sous leur coupe, y compris, dans mon cas, sous la coupe de la vache du voisin sans laquelle on n’aurait eu que du gros rouge à me donner en guise de nourriture.
« Égaux » :  loin de là, notamment tant que les barres de sécurité dans les bus ne seront pas à la hauteur censée me permettre de m’y tenir : mesurant 1,54m hors tout, je ne peux que m’agripper aux lacets des chaussures montantes de mon voisin que son 1,82m autorise à tenir fermement, et sans les lâcher pour autrui, deux magnifiques barres de sécurité en acier inoxydable. Le phénomène de dilatation que provoquent les étés  torrides n’y changent rien.
« Dignité » : n’arrivant pas à saisir le sens exact de ce mot, il me faudrait chercher dans mes relations quelqu’un qui m’éclaire. Certains politiques pourraient peut-être me coacher.
« Ils sont doués de raison et de conscience » : Tous les êtres humains ? Vraiment tous ? Les nègres, les cocos, les nazis, les khmers rouges, les Berlusconi ? Les Roms aussi ? Pas les Arabes, quand même pas !  Même les juifs ? Ah ! pas tous, me voilà rassuré. Oui, je sais, il y en a qui sont bien, qui ont du boulot, qui gagnent leur vie et tout et tout. Même chez les Roms parmi lesquels il y en a qui sont pleins aux as et qui vivent comme des rois. Paraîtrait même que c’est des rois, des vrais. Des vrais que c’est ni la conscience, ni la raison qui leur manque, parce que pour monter des affaires comme celles qu’ils montent, qui consistent à faire remonter la monnaie jusqu’à eux, sûr qu’il faut s’y connaître question raison et conscience.
« Agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » : C’est bien là ce je fais en inculquant quelques notions de culture dans la caboche tête de mes esclaves bonniches employées. C’est aussi ce que font les états européens les plus riches en aidant généreusement et sans autre intérêt que leur propre intérêt le Portugal ou la Grèce.

Ce 1e article est une bien belle entrée en matière, qui prend tout son sens avec l’article 2, à se rouler par terre :
« Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race » –manquerait plus que ça !–, « de couleur » on n’en est plus là !  , « de sexe » oui, mais y’a quand même des limites, « de langue » ce qui n’est tout de même pas une raison pour enseigner le breton, le basque, l’auvergnat septentrional, et tant qu’à faire, pourquoi pas le Rom, « de religion » tant qu’elle est bien de chez nous et hystérique historique, « d’opinion politique » avec les limites liées à la bienséance et à l’obéissance à l’ordre (nouveau ?) « ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance » cause toujours ! « ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté » -ô délices ! ô joie ! ô félicité ! ô Droits de l’homme doivent clamer en chœur les refoulés de tout poil et plus encore ceux, notamment européens, des Balkans et confins.
Quand je vous disais…

Pourtant ça n’est que le début. Installez-vous sur le trône ou mettez une couche, j’en remets une. Voyez plutôt.
Article 3 – « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » –mouais, à condition qu’on réexpédie chez eux les Roms délinquants.
Article 4 – « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. »
Article 5 – « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». –Raison pour laquelle les campements insalubres des Roms et autres paumés sont bien heureusement détruits. Car vivre dans de telles conditions d’insalubrité, reconnaissons que c’est bigrement dégradant .

Marrant, non ?  Je fais grâce des autres articles, mais conseille de jeter un œil sur le 7e, les 9e, 12e, 13e, 16e, 18e, le 19e (qui me met en liesse), les 22e, 23e, 26e, 27e, 29e.

En toute logique, et à moins que vous ne manquiez cruellement d’humour ou que vous souffriez de la non observance des belles règles édictées par cette DUDDHC, Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen (qui a quelque chose d’une déclaration… unilatérale), vous devriez : soit avoir les cuisses en feu à force de vous les être tapées, soit avoir la vessie vide. Dans quel cas, vous pourrez enlever vos couches si vous avez eu la bonne idée de suivre notre excellent conseil.
Mais peut-être, vous comme moi, avons-nous en réalité tristement ri jaune, jaune pipi, cela s’entend.
Comme j’ai ri jaune lorsque, pour s’attirer les bonnes grâces d’un électorat qu’il manipule pour que celui-ci l’aide à accéder aux plus hautes fonctions, le maître de ballet balai de l’hôtel de Beauvau, usant de stratagèmes empreints de quelque chose qui ressemble au plus trivial des racismes,  est entré en scène pour envoyer valser les Roms. Sous les applaudissements de nombre de spectateurs.

Si Sarko ou Hollande disparaissaient, qui en bénéficierait ? C’est notre Marine nationale, m’étais-je dit en m’endormant la conscience quelque peu agitée. Car je m’imagine qu’en un tel cas, avec cette logique qui me caractérise et que d’aucuns m’envient, c’est le troisième arrivé au premier tour de qui jouerait le remplaçant. Ben merde alors !

Si Hollande faisait le coup du père François à Sarkozy, il y aurait de fortes chances qu’il dame le pion à la fifille du Jean-Marie. Et le pire, pour la droite, c’est qu’un paquet de gars de l’UMP voteraient, par défaut, pour cette rose abomination aux épines tétanosgènes. Ce qui nous ramènerait quelques années en arrière, quand les jospinades s’étaient terminées en trafalgarade.
À supposer maintenant que le vain vaniteux Nicolas fasse disparaître, comme par enchantement pour lui et désenchantement pour sa victime, le gars François, ce ne serait pas la même, parce que va savoir s’il n’y aurait pas des paquets de voix de gauche qui se reporteraient sur la miss Le Pen, juste histoire de rigoler et de voir la tronche de Sarko se décomposer. Notre Marine nationale, chancre chantre du nationalisme et digne réincarnation de Jehanne, dont le visage avenant s’illuminerait, à l’instant de l’annonce des résultats électoraux, de cette même joie ineffable que celle qui éclairait la Pucelle brandissant son étendard lorsqu’elle chantait pouilles aux albionnes oreilles.

J’en étais là de mes hautes pensées lorsque j’avais reçu un premier coup de fil :. Sarko, en personne, me demandant si je ne pouvais pas faire un petit quelque chose pour que Hollande passe l’arme à gauche. J’aurais dû m’y attendre, ma réputation d’acupuncteur ayant dépassé depuis longtemps les limites territoriales de mon département, l’Indre et Cher, dans cette berrichonne région qu’est le Berry. C’est auprès d’un grand maître, descendant en ligne directe de Merlin (l’enchanteur, pas l’électricien ; pas plus que le monarque qui fait plutôt dans le bricolage et la déco) que j’ai obtenu mon master d’acupuncture, aux ides de mars, mois du dieu du même nom qui ne fait pas dans la dentelle. En moins de temps qu’il n’en faut pour rendre son bulletin de vote quand on reçoit un exocet dans le fondement, j’avais réussi à rectifier les quatre vaches d’un voisin dont les beuglements m’indisposaient. Un vrai jeu d’enfant, si je mets de côté les effigies en paille et chiffon qu’il m’avait bien fallu confectionner, et le fait que, n’ayant pas d’aiguilles, car refusant de partager ma vie avec une bonne femme, je m’étais rabattu sur de vieux clous rouillés dont j’avais retaillé la pointe qu’un usage vulgaire avait émoussée. J’en profite ici pour signaler que la rouille décuple le pouvoir létal d’une aiguille, à défaut d’un clou, le gain de productivité avoisinant les 68,95%, à une vache près. À l’époque, la réglementation imposée par l’ordre des acupuncteurs interdisait que l’on fit usage d’êtres humains pour se faire la main lors des travaux pratiques, mais aussi  lors des examens.
Ton prix sera le mien, m’avait dit le Président qui avait insisté pour que je l’appelle Nico. Entre crapules, y’a pas de raison de faire des chichis, avait-il rajouté.
Je lui avais demandé un temps de réflexion, inspiré sans doute aucun par cette petite voix responsable de la certaine aisance dans laquelle je vivais et qui, moult fois, m’avait permis de réviser mes devis à la hausse. Dring dring dring avait fait par trois fois la sonnerie du téléphone. Au neuvième dring j’avais décroché, sachant par avance qui s’annoncerait, et dont je juge inutile de préciser son nom puisque vous aurez deviné de qui il s’agit.

— Salut, c’est François. François Hollande. Ça va ou bien ?
— Dès que j’aurai déconnecté l’autre zig qui nous écoute, ça ira. C’est fait, me dis pas pourquoi tu m’appelles, je le sais, j’ai mes sources au plus haut niveau. Combien tu proposes ?
— Le double.
— Je te demande un temps de réflexion. Je te rappelle, à plus.

Je les ai rappelé tous-deux et les ai pris en duplex. Histoire de me marrer, Sarko dans l’oreille gauche, Hollande dans l’autre. Leur philosophie n’étant pas si éloignée, ça ne changeait pas grand chose. 
Les enchères, faut pas dire, c’est pas couillon. Le plus offrant aura ma préférence, je leur ai dit en leur donnant mon numéro de compte dans une banque de la confédération helvétique dont je tairai le nom par courtoisie et par sympathie pour les nantis. Précision : ils devaient alimenter mon compte au fur et à mesure que montaient les enchères.

Si ça a marché ?
Un peu, mon n’veu. Je n’ai jamais vu ce genre d’opération ne pas fonctionner. Ce qui fonctionne à titre individuel fonctionne tout aussi bien à titre collectif. Et vice-versa.
Si j’ai eu des problèmes avec la justice ? Manquerait plus que ça. Tu les imagines l’un et l’autre porter le pet auprès d’un tribunal ? Allons, allons…
Lequels des deux j’ai dessoudé en transperçant son effigie ? Aucun, c’te blague. Les vaches à lait, c’est comme les poules aux œufs d’or ou le coq de la basse-cour : faut veiller au grain, les cajôler, les encenser, les vénérer, les flatter, c’est tout. C’est comme ça qu’on se fait une réputation, un job et des couilles en or. 
Si je vais accepter le poste de ministre qu’on va me proposer ? Faut voir, parce que j’admets que ça demande réflexion.

Ne sachant vraiment pas pour qui voter, je m’en suis référé à Dieu, qui toujours m’a été de bon conseil, surtout quand je faisais brûler un cierge en son honneur, dans l’église de mon quartier. Attention, hein, pas un cierge à deux balles.

— Allô… Dieu ?
— Soi-même en personnes : le père, le fils, le saint-esprit. Pour une question concernant la vie après la mort, tapez 1. Pour une question concernant la mort après la vie, tapez 2. Vous avez un problème d’accès ? Tapez 3.
Si votre question concerne la vie sur Terre avec toutes ses interrogations, tapez 4.

J’ai tapé 4.

— Si votre question concerne vos revenus, tapez 1. Si votre question concerne votre vie affective, tapez 5. Si elle concerne les élections présidentielles en France, tapez 0. Pour toutes les autres questions, tapez 2, 3, ou 4. Dieu saura de quel thème il s’agit.

Mon questionnement concernant les élections, j’ai tapé 0.

— Veuillez patienter, on vous passe le service.

Étant plutôt patient, j’ai patienté, au son d’une musique céleste : harpe, trompettes de la renommée, triangle et luth de classes. Moins de vingt minutes plus tard, et mes crédits presque épuisés, j’ai eu Dieu en direct. 

— Allô… Dieu ?
— En vérité, je vous le dis, c’est Lui-même. Posez votre question.
— C’est à propos des élections…
— Je n’en doute pas, brebis égarée, car à moins que vous n’ayez fait une erreur de manipulation, vous avez tapé 0. Je vous écoute, mon enfant.
— Voilà : je dois voter dimanche, et les affres m’ont pris ; je ne sais à qui donner ma voix, donc quel papelard glisser dans l’urne. Je pense à Sarko ; dérive sur Hollande ; trouve Mélenchon intéressant ; voterais bien pour Marine Le Pen, à cause qu’elle me fait penser à Jeanne d’Arc, mais en moins pucelle ; ne dénigre pas Bayrou ; ai une certaine affection pour la mère Joly à cause de ses lunettes vertes dont j’avoue être un peu jaloux ; et ne serais pas contre…
— Oui, oui, ça va ; je suis pas débile, j’ai compris. Vous seriez pas un peu Gémeaux ?
— Si fait. Gémeaux ascendant Sagittaire, Lune en Balance, etc. Mais si je ne m’abuse, vous le savez mieux que moi. Gémeaux, ascendant Sagittaire : comprenez mon désarroi. Bon, c’est pas le tout, mais les unités défilent, et on ne va pas y passer l’éternité. Alors, pour qui me conseillez-vous de voter ? 

Crrrrr… shhhhh… Brrrrr… Crrrrrrrrr…

— Et merde, je vais entrer dans un tunnel, Le Tunnel. Désolé, veuillez rappeler ultérieurement. 

J’ai recomposé le numéro à plusieurs reprises. Au bout d’une heure, une voix à la con, genre hôtesse de l’air, avec plein d’écho, m’a signalé que mon correspondant n’était pas joignable.J’ai retenté le coup le lendemain, dimanche matin. La même voix m’a annoncé que le numéro demandé n’était plus attribué. Ou pas, je ne sais plus.

Ça blague dur le premier avril, cependant pas plus que les autres jours de l’année, sauf que ce jour-là, on sait que ça galèje, et soit on fait semblant de croire à ce qui se raconte dans la rue comme dans les médias, soit on se fait bêtement avoir. Renouer avec la naïveté est un bain de fraîcheur qui ne peut faire que du bien.
Et les médias pourraient d’ailleurs jouer le jeu qui consisterait à ne publier aucune information factuelle, rien qui ait le moindre fond de vérité même si ça en a l’accent.

Apprenant ce qu’aurait dit Eva Joly (Le Monde fr avec AFP  01.04.2012 à 15h00) sur le plateau de Canal+, un doute m’a assailli. Afin de ne pas le laisser vieillir –les vieux doutes, ça commence à bien faire– j’ai pu obtenir la date exacte et réelle du jour présent, autrement nommé aujourd’hui qui s’avère être le 1er avril 2012. D’autres contrôles m’ont amené au même résultat : 1er avril 2012.
J’en conclue donc que l’article en référence est une farce de potache, d’autant que les arguments développés par Eva Joly tiennent moins la route qu’un pet sur une toile cirée.

Avec les 47 actes originaux datant des rois mérovingiens (481-751) qu’elle conserve, la France a sans doute une des plus anciennes chancelleries du monde. La fonction de Garde des Sceaux existe donc depuis un paquet de siècles au cours desquels on est sûr de trouver à la pelle des personnalités autrement marquées par l’étrangeté que ne l’est Eva Joly, ne lui en déplaise.

Alcuin, Fridugise (chancelliers de Charlemagne), Wulfhard, Liutbert, Radbod, Rudgar… pas très français, ces bonshommes d’outre-rhin, et pas plus que “notre” Charlemagne. Puis d’abord, ça veut dire quoi, être français ? Être en France a un sens ; être français n’en a aucun. Et qu’on ne me fasse pas le coup des racines, parce que bienheureux qui peut s’y retrouver et qui peut affirmer, preuves en main (mais lesquelles ? celles de l’Etat civil ?) qu’il descend de… Si les enfants connaissaient leurs origines, combien préféreraient les taire !
Faut-il être français pour être juste et français de souche pour l’être davantage et français depuis combien de générations (avec preuves à l’appui) pour être ministre de la Justice ? Non, et pour preuves, Robert Schuman (né au Luxembourg et allemand de naissance) ; Robert Badinter (fils d’un juif originaire de Russie) ;  Rachida Dati (fille de maghrébins). Il en est de même pour quelques ministres de l’Intérieur, fonction où s’est illustré un certain Étienne de Joly entre le 17 et le 21 juillet 1792 –un record !– (il fut aussi ministre de la Justice du 3 juillet au 9 août 1792 –un autre record–) ; Victor, duc de Broglie (d’origine piémontaise) ; Louis-Lucien Klotz (juif d’origine alsacienne) ; Georges Mandel (juif d’origine alsacienne) ; Michel Poniatowski ; Nicolas Sarkozy… tous plus ou moins français d’origine, mais français car ayant servi la France, fermez le ban.

Bon, m’dame Eva, je  ne sais pas si vous voyez où je veux en venir, mais ce que vous dites est nul et non avenu. Certes, vous avez un accent, vous n’avez pas fait l’ENA, vous êtes une femme, vous avez des bornes au compteur, mais au lieu de vous morfondre et de déblatérer en pleurant sur ce que vous prenez pour des handicaps cumulés, vous feriez mieux de fermer votre petite gueule de pauvresse qui ne voit pas ses richesses et d’ouvrir votre grande gueule de femme d’honneur. Car non, on n’a pas le droit de vous injurier ni de vous écraser, vous, et surtout pas vous qui n’avez pas à accepter ces injures. Les écolos vous ont choisi comme symbole, et en vous laissant injurier, c’est l’écologie que vous laissez injurier.

Quant à vous croire responsable de la disparition de l’écologie lors de ces grands débats électoraux fumeux, c’est soit de la naïveté, soit de l’orgueil*.
Alors faites donc vôtre cette devise attribuée par certains à Henri Dunant : « Bien faire et laisser braire ».
En ce qui concerne mon côté donneur de leçons, inutile de me le pardonner, c’est fait.

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* Précision : Que l’écologie ne fasse pas recette est dû à un égoïsme fondamental. Ce qui importe c’est que des nantis continuent à péter dans la soie et que la masse continue à se gaver et à consommer des choses dont elle n’a nul besoin. Quant à l’écologie, la belle affaire, car « Après nous, le déluge » pensent la plupart des Français veaux.
Et pour que cet article soit bien compris, merci à Eva Joly pour son courageux et honnête engagement..