Archives de la catégorie ‘condition humaine’

— Les pauvres, si ils sont pauvres, c’est qu’ils l’ont bien voulu.
— Je suis d’accord, c’est pareil pour les riches, si ils le sont, c’est qu’ils l’ont bien voulu. Et ceux qui sont ni riches ni pauvres ?
— C’est qu’ils savent pas ce qu’ils veulent. C’est comme pour la santé. ceux qui sont en bonne santé, c’est qu’ils le veulent bien. Et ceux qui y sont, à la Santé, c’est qu’ils l’ont bien voulu. Ou alors, ils l’ont bien cherché, c’est tout.
— Mais si je prends mon cas, par exemple, que je connais, depuis le temps. C’est pas que je veux pas être riche, au contraire, et encore moins que je veux être pauvre, mais j’ai beau eu faire, j’ai jamais réussi à rouler sur l’or. C’est pas que je me plains, mais ça me gênerait pas de rouler sur l’or, voilà tout.
— C’est que tu vis dans un quartier pourri, et c’est pas dans un quartier pourri que tu risques de rouler sur l’or. Pis d’abord, avec ta caisse pourrie, t’as aucune chance qu’on te laisse passer chez les rupins, là où c’est qu’on roule sur l’or. Pour te dire, chez les rupins, les pères Noël, tu leur tends la main et ils te refilent cent balles. Ici, tu leur tends la main… C’est idiot c’que je dis, y’a pas de rupins ici. Ici, le père Noël, tu lui as pas tendu la main qu’il t’a déjà chouravé ta breloque.
— Je m’en fous, j’ai pas de bagnole. Pas de montre non plus. Pis ce que tu dis, ça dépend des pères Noël.
— ?
— Y’en a des vachement sympas. L’autre jour, pour te dire, j’en croise un. Un vrai, je pense, à cause qu’il causait pas comme nous alors que les bidons c’est comme nous. Un barbu dans un grand manteau, comme ceux qu’on voit d’habitude. T’as pas cent balles ? je lui ai demandé. Il m’a emmené chez des potes à lui. Des mecs qu’on aurait dit aussi des pères Noël, question barbe, mais pas question couleur, à cause que leurs robes étaient noires ou marron ou je sais pas.
— Mouais, et après ?
— Ils m’ont refilé des pâtisseries et du thé, à me gaver comme un porc.
— T’as bu le thé ?
— Parce que j’aurais une tronche à m’enfiler du thé ? C’est dégueulasse, ce machin. Mais les plantes, elles, elles ont pas rechigné.
— Et après ?
— C’est tout. Ils m’ont juste invité à revenir, qu’ils me refileraient du pognon et tout. Noël, ils m’ont dit, c’est des conneries et du fric foutu en l’air. Je leur ai dit que du fric, j’en avais pas, et que je risquais pas de le foutre en l’air. Justement, ils m’ont répondu, justement. Pis y’en a un qui m’a fait tout un baratin sur le partage, que les pauvres, eux ils les aidaient , et tout.
— Tu y es retourné ?
— Non.
— C’est bien ce que je disais. Pour être riche, faut le vouloir. Du coup, tu fais quoi pour Noël ?
— Le Père Noël, devant le Prisu.

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« Ja soui povre, ja la peau bistre cé poulici il di sur papié, ja soui sal, ja fin, ja soaf, ja pu de lessel sous lé bra, ja pète a cose mal mangé, ja rote a cose lé cou sur ventre ressu  frontier, ja la fame, ja qatr anfan, ja fatiqé, ja pardu papié la poulici a pri pa rondu, ja plu larjan paceur la pri, pareye la poulici a pri, pareye pa rondu, ja froa ma voulé manto, lé chossure on lé trou, ja… »

— Ohhhh les métèques, on se calme, on se met là, et plus vite que ça !
— T’en as combien ?
— J’ai le taf.
— C’est bon. Tu me vires tout ça, et basta !

« Et ja pa la baraka »

Je suis arabe, je suis arabe, oui. Et vous croyez que j’y suis pour quelque chose ? Vous êtes bien auvergnat, vous. Vous l’avez décidé ?
En plus, mais façon de parler, je suis un peu musulman. Dans les 50%, à cause que ma mère était chiite et mon père sunnite. Faut croire complètement bourrés le jour où ils s’étaient rencontrés. Les premiers dénient le titre de musulman aux seconds, et vice vera. Comme les chrétiens du temps béni des guerres de religion. Vous êtes juif, vous ? Vous vous êtes inscrits au club avant de naître ? Vous trouviez que la petite Sarah, la fille de Nathan, le libraire, était exactement la mère qu’il vous fallait ?

Après, si je remonte au temps d’Adam et Eve… Non je préfère pas.
Je suis un peu con, et ça doit être vrai puisque des tas degens qui se disent être intelligents l’affirment. Vous vous y êtes pris comment, pour être intelligent, vous ?

Je suis bronzé, très. Très très. En fait je suis noir comme le cirage noir, noir comme la suie noire, noir comme une nuit sans le moindre croissant de lune. Un nègre, quoi, ce qui vaut son pesant d’or quand on voit ma rouquine de mère. Elle a fait quoi, ma mère, pour avoir un teint de navet, des cheveux roux, et pour se faire caillasser par des sales gamins ?
Un de mes grands pères était un peu nazi, un arrière grand oncle était pas mal sionniste, sa sœur était une salope qui exploitait les filles-mères dans un orphelinat, et sa fille –telle mère, telle fille– avait fait le tapin et passait ses loisirs à tabasser ses gosses. Son aîné, va savoir comment, il avait réussi, lui.
Je suis une poule mouillée, plus lâche encore que seulement pleutre. Le seul courage que j’ai, c’est celui de courber le dos pour ne pas recevoir de coups ou de fuir pour ne pas avoir à faire face à ce qui, inévitablement, me rattrape. Ou de dénoncer qui que ce soit de quoi que ce soit pour seulement vivoter tranquille. Votre courage, il vous vient d’où ? Et lorsque vous aviez tué tant d’ennemis, qu’est-ce que ça vous en avait coûté ?
Je suis laid, d’une laideur même pas repoussante (de celles qui donnent au moins le sentiment de ne pas être transparent). Je suis laid et transparent. Pire encore que mes géniteurs. Mais vous, quel est votre secret pour être né beau ? C’est quoi votre truc ? Qu’avez-vous fait pour le mériter ? Combien ça leur a coûté à vos parents ?
Enfant de pauvre, je suis pauvre. Tant qu’à faire, j’aurais aimé ne pas l’être, et comme tout plein de pauvres, je sais que je ne serai jamais riche. Je n’ai d’ailleurs jamais dit que j’aimerais être riche. Être enfant de pauvre, c’est comme être enfant de riche : ça ne s’invente pas. Comme être courageux : on l’est ou pas. Ou laid : on l’est ou pas.
J’ai un travail de merde, je suis mal marié, mes enfants sont aussi abrutis que moi, le chat de mes sales gosses fait ses besoins sur mon mauvais lit (les ressorts rouillés du sommier sont foutus), mes voisins sont des emmerdeurs, je dors mal, ma femme n’est pas la seule à dire que je suis un mauvais coup, bref, je ne vaux pas une clopinette, tout juste un clou rouillé et tordu. Une vie de merde. Vous croyez sincèrement que je l’ai choisie ? Que j’aurais demandé au bon dieu de me donner une vie de merde ? Trop con pour en demander une agréable et tranquille ?
Cependant, et tout pareil que vous –et que je l’aie voulu ou non–, je vis. Et un jour, tout comme vous, je mourrai. Vous croyez vraiment que c’est parce que je l’aurai décidé ?

L’été venu, il y a tout de même mieux à faire que de s’émouvoir de l’invasion des migrants. Même pas foutus de se vêtir de vêtements de plage corrects aptes à ne pas porter atteinte aux bonnes mœurs, ils souillent nos belles plages, effraient nos enfants, volent nos poules et déstabilisent le marché de la prostitution. Pour un peu, ils arriveraient même à nous rendre responsables de ce qui leur arrive. Mais qu’ils ne comptent sur personne pour battre sa coulpe, car l’été venu, entre les choix souvent douloureux à faire concernant le lieu où on passera ses vacances (mer, montagne, campagne) ; le type d’hébergement (camping, gîte, hôtel) ; l‘indice de la crème solaire, etc. chacun a son lot suffisant de soucis. D’ailleurs pourquoi ces envahisseurs ne prendraient-ils pas tranquillement leurs vacances chez eux plutôt que de venir nous polluer et faire tache dans le paysage idyllique de nos villégiatures ?
Cependant bon chrétien pour qui le mot compassion ne peut rester lettre morte, je ne pourrai m’endormir ce soir sans avoir souhaité de bons congés et de bons bains de mer à tous ces malheureux. Et sans avoir prié le ciel qu’il leur vienne en aide.

Les images, c’est encore mieux quand on entend ce qui s’y dit, s’y murmure, et s’y pense.

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L’informatique, c’est drôlement bien. Encore mieux que le téléphone mobile qui se planque pour qu’aucun malfaisant ne mette la main dessus, et qu’on met trop longtemps à retrouver. Mieux aussi que les voitures à 4 roues avec volant ; les vélos à pédales et guidon ; les rails pour faire rouler les Tégévés ; les bateaux méga géants qui flottent ; les wagons de queue ; les tasses avec anse à gauche et les tire-bouchons pour gaucher. Ça ne vaut peut-être pas la télé avec ses jeux où des idiots paient les cadeaux que des crétins vont gagner, mais ça n’en est pas loin  ; plus tout le reste qui nécessiterait une encyclopédie pour en causer en détail.

L’informatique, ça permet de faire tellement de trucs qu’on se demande pourquoi dieu ne l’a pas inventée en même temps qu’il a fabriqué l’homme. Mais on comprend mieux lorsqu’on sait, parce qu’on nous l’a dit, que ses voies sont impénétrables, ce qui tient debout si on admet que dieu est un concept et que les concepts n’ont aucun orifice. Quand je dis informatique, c’est aussi tous ces bidules électroniques bourrés de puces et autres saloperies pour lesquelles les hommes sont prêts à en découdre et à s’entre-tuer, ce que d’ailleurs ils font font font, les petites marionnettes. Bidules numériques, pour faire vite et dans l’à peu près. Comme les appareils photo (numériques) qui permettent de prendre des dizaines de milliers de photos dont l’intérêt majeur est qu’elles n’en présentent aucun. Myriades de photos qu’on stocke sur les ordinateurs et que jamais on aura le loisir de visionner.
Utilisateur chevronné de l’informatique, du téléphone portable (avec GPS), je table sur le tableur pour qu’il me donne les résultats qui me conviennent ; je compte sur la base de données pour assurer une bonne gestion des choses matérielles que je ne possède ni ne brigue ; je délègue à mon téléphone la charge de mémoriser les malheureux 10 seuls numéros que je suis susceptible d’appeler pour un bon motif, ainsi que de me conduire du bistrot à mon domicile les nuits de beuverie, grâce à ses fonctions GPS et lampe de poche.
Et surtout, cerise sur le gâteau, tantale sur la décharge, ces magnifiques machines, plus douées d’intelligence que la plupart d’entre-nous, non seulement nous facilitent la tâche, mais par conséquence nous font aussi gagner du temps. Et comme nul n’est censé l’ignorer, le temps étant de l’argent…

Avant, je veux dire en ces temps primitifs où on écrivait à la main, on mettait disons 20 minutes pour finaliser une lettre. Une première ébauche précédait un brouillon et, corrections faites, on écrivait la lettre au propre. Pas à l’abri d’un vilain pâté dû à une mauvaise plume, une deuxième lettre ne prenait que quelques minutes ridicules, que ne pouvait sérieusement interrompre une panne de courant. Aujourd’hui, et la forme primant sur le fond, « on fait ça bien », on fignole, on lèche style et présentation, on exécute des copier-coller en puisant dans des modèles stéréotypés livrés clé-en-main avec le traitement de texte qu’on a parfois chèrement payé. Et, hourra, 3/4 d’heure plus tard, la lettre est enfin finie. Reste encore à l’imprimer.
Certes, un bon exécutant mettra moins de temps que ces 3/4 d’heure pour écrire son courrier, à condition qu’il omette le temps qu’il aura passé (temps censé lui permettre de gagner du temps) à travailler pour acheter les machines qu’il utilise.
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Raisonnement absurde ? Allez savoir… Revenons un instant à nos automobiles, 4 roues, plus le reste. Il nous faut un certain temps pour effectuer un trajet de 1000 km. Combien de temps nous a-t-il fallu travailler pour nous offrir notre voiture ? Combien de temps pour payer l’assurance, le carburant, l’entretien, le crédit éventuel ? En tenant compte de ces paramètres, à quelle vitesse réelle nous déplaçons-nous, nous qui voulons tant gagner de temps, course illusoire qui, au final, ne nous donne pas même le loisir de nous interroger sur la (dé)raison qui nous pousse à vivre ainsi. Et si, en cette façon de voir les choses, nous nous déplacions en fait moins vite que nous ne le faisions au Moyen-âge ?

Vouloir gagner du temps nous amène à en perdre. Hélas ! jamais nous n’en perdons à nous demander pourquoi nous voulons en gagner.

On dit des British qu’ils sont hypocrites. On dit des Ricains, les Porto mis à part, que ce sont de grands enfants. On dit des Ritals que, à part faire reluire la piuma al capello et chanter à tue-tête des airs d’opéras, ce sont des magouilleurs, bonimenteurs et dragueurs. On dit des Espingos qu’ils ont le sang chaud. On dit des Africains qu’ils ont « ça » dans le sang. On dit des Chinois qu’ils nous boufferont tout cru comme ils bouffent les clébards. On dit des Japonais que ce sont des psychopathes, comme les Turcs. On dit des Esquimaux qu’ils n’ont pas froid aux yeux, des Sahraouis qu’ils mettent partout leur grain de sable pour semer la zizanie. On dit des Turcs qu’ils sont forts comme des Turcs, et des Grecs qu’ils peuvent aller se faire voir chez les Grecs, ce qui est stupide puisqu’ils y sont, en Grèce. On dit des Teutons qu’ils ont une discipline de fer. On dit des arabes qu’il ne faut jamais les avoir derrière soi, car ils sont prêts à nous planter un couteau dans le dos. On dit des Ecossais qu’ils sont radins, presqu’autant que les Auvergnats. Les Bretons ont des têtes de cons, à ce qu’on dit, tandis que les Provençaux sont des frimeurs qui passent leur temps à raconter des bobards, à jouer à la pétanque et à se saouler au pastis. Les Normands sont des alcooliques, paraît-il, qui hésitent en permanence entre une bolée de cidre et un coup de Calva. On dit que les gens du bord de mer sont ouverts, tandis que ceux des montagnes sont fermés comme des huîtres. On dit des Suisses qu’ils sont largement aussi radins que les Ecossais, mais aussi plus économes, donc plus riches, à moins que ce ne soit le contraire. On dit des nomades qu’avec leurs bêtes ils rendent les terres stériles, tandis que les sédentaires n’ont pas besoin de bestiaux pour les rendre tout aussi stériles, preuve de leur intelligence On dit des ruraux que ce sont des ploucs et des citadins qu’ils aimeraient bien être des ploucs, mais comme les bouses de vaches les dégoûtent, ils préfèrent s’enquiquiner dans les embouteillages.

On dit des femmes qu’il faut vraiment qu’elles soient connes pour qu’il y en ait si peu qui soient inhumées au Panthéon, et on dit des femmes battues que, va savoir si elles ne le méritent pas. On dit des communistes qu’ils pourraient tout aussi bien croire au père Noël, et des libéraux qu’ils sont imbus, prétentieux, et qu’ils se la ramèneraient moins s’ils été nés sous un régime dictatorial socialiste, et pire s’ils étaient nés femme. On dit des politiciens qu’ils mentent comme des arracheurs de dents, des militaires que ce sont des abrutis, des clowns qu’ils sont plus tristes qu’on ne le croit, des chercheurs qu’ils sont payés à ne rien foutre, des journalistes qu’ils colportent des mensonges, des cyclistes qu’ils font du vélo, ce qui n’est pas tout à fait faux, des homosexuels que c’est des pédés ou des tantes –ce qui ne peut s’avérer que si on a de la famille–, et des artistes que ce sont des tarlouzes, que je t’emmènerai tout ça chez le coiffeur, et direct à l’armée, et basta. On dit des ouvriers et des simples employés que c’est très bien comme ça, qu’ils le restent, et s’ils le sont, c’est qu’ils le méritent.

On dit des Danois qu’ils sentent le hareng, tandis qu’ils disent que ceux du sud puent l’aïl, eux-mêmes estimant que les Portugais non seulement le puent encore plus, mais exhalent une terrible odeur de morue. On dit que les Corses sont des voyous faignasses qui ne pensent qu’à se venger de ceux qui se sont vengés d’eux, que les Ch’tis sont des idiots pleins de soupe, de frites et de bière ; les Berrichons des naïfs ; les Celtes des illuminés ; les Latinos des révolutionnaires. On dit que plus con qu’un Belge c’est possible qu’avec un autre Belge, que les Latins ont le sang chaud, que les blondes sont frigides, que les Anglaises ont les cuisses roses. On dit que les Roms sont des voleurs de poules et d’enfants, mais on oublie qu’ils volent aussi des poulets.

Les Africains sont des exclavagistes les exclavagistes sont des musulmans et les esclaves sont Africains, Ukrainiens ou Biélorusses, mais c’est tout. Les Polonais sont saouls comme des Polonais, les Suédoises sont bonnes, les Irlandais sentent le chou de Bruxelles ou la patate pourrie, les Maghrébins sont faux, les Flamands sont des gros lourds. De même que les Arabes, les Pakistanais sont des terroristes, même s’ils n’ont pas un couteau entre les dents. Les Indiens sont sales, presque autant que les Chinois, et ils laissent traîner leurs morts n’importe où. Les Mongols sont des sauvages qui sentent le cheval, tandis que les Tibétains sont des idiots qui croient toutes les balivernes que leur raconte le Dalaï Lama, du genre que les Chinois seraient des salopards. Les Thaïlandais sont des désaxés sexuels, les Vietnamiens bouffent le foie des Cambodgiens, leurs ennemis de toujours. Les Cambodgiens sont des pacifiques, mais il y a des limites, même entre potes. Les chrétiens sont tout aussi niais que les juifs qui le sont tout autant que les musulmans qui ne dépassent pas les animistes, mais qui n’en sont pas loin. Les croyants, disent ceux qui ne croient pas en dieu mais adhèrent dur comme fer à des idéologies idiotes, donc toutes, sont tout juste bons à mettre dans des camps où il y aurait de grands feux de joie. On dit que les rouges sont sanguinaires, que les blancs ont du jus de navet à la place du sang et qu’ils puent le cadavre. On dit, mais ça n’est peut-être pas vrai, que plus une barbe est longue et pleine de taches de sang, plus celui qui la porte, intégriste juif, musulman ou autre duconlajoïste est intelligent. Il paraîtrait que si on conduisait tous les fachos à l’échafaud, le monde serait merveilleux.

Les Maliens sont des voleurs, les Mauritaniens sont des voleurs, les Nigérians sont des voleurs, les Camerounais sont des voleurs, etc. Les pauvres sont des voleurs. On dit que si les pauvres le sont, c’est parce que s’ils ne l’étaient pas, ils seraient encore plus voleurs, car les riches sont des voleurs. S’il n’y avait pas de riches, il n’y aurait pas de voleurs. Oui, les Egyptiens sont aussi des voleurs, mais pas tout à fait autant que les Anglais, Français, Italiens et Allemands, qui leur ont chapardé tout un tas de trucs idiots inutiles.

idees_recuesOn dit des Australiennes qu’elles portent leur bébé dans une poche en peau, jusqu’au jour où, parce qu’un autre bébé arrive, elles envoient le locataire aller voir ailleurs, dans le bush, si elles y sont. On dit les Brésiliennes bien roulées, et c’est vrai qu’elles se font rouler. On dit des Argentins qu’ils roulent sur l’or, des Péruviens qu’ils n’ont rien sous le bonnet, des Mexicains qu’ils sont sales, moches, flemmards, petits et belliqueux, et que cela viendrait qu’ils ont du sang indien.
On dit que les habitants du Zimbabwe sont moins petits qu’il n’y paraît, et que leur apparente petite taille viendrait de leur stupide habitude de courber le dos. C’est aussi ce qui se passe en Corée du Nord, en Biélorussie et même ailleurs. Si.

On dit que les être humains n’ont pas tous inventé la poudre à couper le beurre en été. J’en suis un, je sais de quoi je parle, je valide.

Pour tuer le temps et l’ennui, à défaut de tuer autre chose, comme tuer le serpent dans l’oeuf que pondra la poule avant de se le becqueter, car reconnaissant en cet animal hypocrite l’étranger qui viendra bouffer ses prochains oeufs si elle ne veille au grain… pour tuer le temps et me mettre du baume au cœur, disais-je, je me passe en boucle la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
 Aucun doute, ça marche. Et non seulement le temps semble se raccourcir comme un élastique dont on relâche la tension, ou un ressort pour qui en aurait, mais c’est d’un tel désopilant que, l’ayant fait écouter par pur souci d’enrichir sa culture à ma domestique d’origine portugaise, celle-ci a cessé de se faire arnaquer au rayon cosmétique de son hypermarché à acheter sa sempiternelle et chimique crème dépilatoire, crème qui, jusqu’à présent, ne lui a en aucun cas permis d’obtenir une nationalité plus enviable, à l’instar de celle Française qu’on est bien obligé d’admettre comme ne manquant pas de gueule, suffit de voir Marianne, bien autre chose que ma domestique dont je n’ai d’ailleurs jamais réussi à prononcer le nom correctement, ce qui n’a rien d’extraordinaire, le Lisutanien ne se prononçant absolument pas comme il s’écrit, c’est tout dire.  Je n’ai cependant rien contre elle, pas plus que contre la souillon bonne précédente, une Rom à qui j’avais gentiment expliqué (après qu’elle m’eut mis aux ordures une collection de CD Roms),  qu’elle avait vocation à retourner dans son pays.  Il y en a qui ont vocation à se gaver de caviar avec la cuiller en argent qu’on leur a mise dans le bec à la naissance ; d’autres non.  Mal intégrée, donc pas très futée, puisque Rom, je lui avais mi les points sur les i en lui expliquant qu’elle faisait partie du deuxième groupe, gardant pour moi que ce fait m’autorisait d’évidence à défalquer de ses heures de travail, bâclé, celles passées à lui faire entrer certaines notions dans son étroite boîte crânienne.

La DUDDHC, je raccourcis, ce qui me rappelle la douce époque révolutionnaire où, par pur esprit chrétien compassionnel, des sans-culottes parmi les plus acharnés,  donc qui en portaient, étêtaient gentiment et derechef les individus dont la haute taille pouvait indiquer une tendance à une quête de grandeur, leur évitant ainsi tout traumatisme crânien. Ô les braves gens ! La Déclaration etc., avais-je commencé à écrire, dès le 1e article, me fait pisser de rire, ce qui me rappelle les geôles puantes des Montagnards, en 1793 où, noblesse oblige, on mettait à l’abri en des lieux autant secrets que calfeutrés les pleutres à qui la Terreur faisait peur. À en croire les quelques malchanceux qui avaient recouvré l’air libre, désormais disponible à tous, ça en foutait pas une, ça parlottait, ça piaillait, ça jouait, ça pariait, ça rigolait ferme. Je parie que c’est toi le prochain ! Et non, c’était celui qui y disait qui y était. La bosse de rire !
 Depuis, et dans pas mal de contrées de sauvages, on a fait mieux que ces enfantillages, mais même sans aller si loin, on n’est pas si loin que ça de remettre le couvert. Il suffit de prêter l’oreille, je suis heureux il fait soleil, et pourtant, comme le dit Jean Roger Caussimon

Le 1e article. Prêts pour la rigolade ? : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Naître libres et égaux.
« Libres » : la liberté, si je ne m’abuse, implique l’autonomie. Si mes souvenirs n’ont pas été pollués par quelques croyances idiotes, je suis né bébé. Un tout petit machin vagissant sans aucune liberté, car entièrement dépendant des autres et sous leur coupe, y compris, dans mon cas, sous la coupe de la vache du voisin sans laquelle on n’aurait eu que du gros rouge à me donner en guise de nourriture.
« Égaux » :  loin de là, notamment tant que les barres de sécurité dans les bus ne seront pas à la hauteur censée me permettre de m’y tenir : mesurant 1,54m hors tout, je ne peux que m’agripper aux lacets des chaussures montantes de mon voisin que son 1,82m autorise à tenir fermement, et sans les lâcher pour autrui, deux magnifiques barres de sécurité en acier inoxydable. Le phénomène de dilatation que provoquent les étés  torrides n’y changent rien.
« Dignité » : n’arrivant pas à saisir le sens exact de ce mot, il me faudrait chercher dans mes relations quelqu’un qui m’éclaire. Certains politiques pourraient peut-être me coacher.
« Ils sont doués de raison et de conscience » : Tous les êtres humains ? Vraiment tous ? Les nègres, les cocos, les nazis, les khmers rouges, les Berlusconi ? Les Roms aussi ? Pas les Arabes, quand même pas !  Même les juifs ? Ah ! pas tous, me voilà rassuré. Oui, je sais, il y en a qui sont bien, qui ont du boulot, qui gagnent leur vie et tout et tout. Même chez les Roms parmi lesquels il y en a qui sont pleins aux as et qui vivent comme des rois. Paraîtrait même que c’est des rois, des vrais. Des vrais que c’est ni la conscience, ni la raison qui leur manque, parce que pour monter des affaires comme celles qu’ils montent, qui consistent à faire remonter la monnaie jusqu’à eux, sûr qu’il faut s’y connaître question raison et conscience.
« Agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » : C’est bien là ce je fais en inculquant quelques notions de culture dans la caboche tête de mes esclaves bonniches employées. C’est aussi ce que font les états européens les plus riches en aidant généreusement et sans autre intérêt que leur propre intérêt le Portugal ou la Grèce.

Ce 1e article est une bien belle entrée en matière, qui prend tout son sens avec l’article 2, à se rouler par terre :
« Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race » –manquerait plus que ça !–, « de couleur » on n’en est plus là !  , « de sexe » oui, mais y’a quand même des limites, « de langue » ce qui n’est tout de même pas une raison pour enseigner le breton, le basque, l’auvergnat septentrional, et tant qu’à faire, pourquoi pas le Rom, « de religion » tant qu’elle est bien de chez nous et hystérique historique, « d’opinion politique » avec les limites liées à la bienséance et à l’obéissance à l’ordre (nouveau ?) « ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance » cause toujours ! « ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté » -ô délices ! ô joie ! ô félicité ! ô Droits de l’homme doivent clamer en chœur les refoulés de tout poil et plus encore ceux, notamment européens, des Balkans et confins.
Quand je vous disais…

Pourtant ça n’est que le début. Installez-vous sur le trône ou mettez une couche, j’en remets une. Voyez plutôt.
Article 3 – « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » –mouais, à condition qu’on réexpédie chez eux les Roms délinquants.
Article 4 – « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. »
Article 5 – « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». –Raison pour laquelle les campements insalubres des Roms et autres paumés sont bien heureusement détruits. Car vivre dans de telles conditions d’insalubrité, reconnaissons que c’est bigrement dégradant .

Marrant, non ?  Je fais grâce des autres articles, mais conseille de jeter un œil sur le 7e, les 9e, 12e, 13e, 16e, 18e, le 19e (qui me met en liesse), les 22e, 23e, 26e, 27e, 29e.

En toute logique, et à moins que vous ne manquiez cruellement d’humour ou que vous souffriez de la non observance des belles règles édictées par cette DUDDHC, Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen (qui a quelque chose d’une déclaration… unilatérale), vous devriez : soit avoir les cuisses en feu à force de vous les être tapées, soit avoir la vessie vide. Dans quel cas, vous pourrez enlever vos couches si vous avez eu la bonne idée de suivre notre excellent conseil.
Mais peut-être, vous comme moi, avons-nous en réalité tristement ri jaune, jaune pipi, cela s’entend.
Comme j’ai ri jaune lorsque, pour s’attirer les bonnes grâces d’un électorat qu’il manipule pour que celui-ci l’aide à accéder aux plus hautes fonctions, le maître de ballet balai de l’hôtel de Beauvau, usant de stratagèmes empreints de quelque chose qui ressemble au plus trivial des racismes,  est entré en scène pour envoyer valser les Roms. Sous les applaudissements de nombre de spectateurs.

Des fois, je veux rien trop dire, ce qui tombe bien parce que je n’ai rien à dire. Des fois seulement. D’autres fois, c’est tout le contraire, carrément. Comme pas mal de personnes (elles se reconnaîtront), c’est pas que j’ai grand chose à dire, ou alors des trucs complètement idiots, mais je le dis. Non seulent je le dis, et plus c’est sans intérêt et crétin comme pas deux, plus je le répète. Au cas où ceux qui m’écoutent n’aient rien compris, ce qui est généralement le cas puisqu’il n’y a rien à comprendre. Sauf que, pour ne pas paraître idiots, et au lieu simplement d’accepter qu’ils n’ont pas inventé la poudre à couper le beurre en été, ils hochent la tête d’un air entendu ; clignent de l’œil pour appuyer leur acquiescement ; indiquent le chapeau qu’ils n’ont pas, tout en précisant qu’ils le tirent ; conviennent de la justesse de mes paroles ; reconnaissent le caractère irréfragable des discours que je tiens. Ma modestie m’interdisant de m’étendre sur les applaudissements qui me parviennent parfois aux oreilles, en même temps que des sifflets d’admiration, je n’en dirai pas plus. Cependant, rien ne m’est plus doux à l’oreille et jubilatoire lorsque quelqu’un, l’air sérieux et concentré, me demande ce que j’entends exactement par ce que je viens de dire. Quelle récompense, alors !

quand_je_n_ai_pas_grand_chose_a_dire

Comme tant d’autres, quand je n’ai pas grand chose à dire, je le dis et le redis.

Oui, je sais, ou à défaut de le savoir, je m’en doute : comme tout être normal, vous n’allez pas bien, c’est normal, et ça n’a rien de bien exceptionnel. Si cela vous convient, ne changez rien. D’autant si vous accordez une grande importance à la durée de vie, une longue vie.
Si, au contraire, ça vous pèse légèrement ou vous gêne aux entournures, devenez anormal : vous irez mieux. Quitte, éventuellement, à vivre moins longtemps.
Enfin, c’est à vous de voir.
Pour moi, c’est tout vu. Sagement élevé dans des principes et préceptes plus sages que ne les prônèrent Bouddha, le Prophète (celui dont je tairai le nom pour n’avoir pas d’embrouilles avec ses divins représentants, des gens bien comme il faut), Jésus-Marie-Joseph et Noël Godin, plus connu sous le sobriquet d’Entarteur –un rigolo qui faisait même rire les portes de prison–, j’ai passé mon temps d’imbécile pas particulièrement heureux en me faisant chier comme un rat mort à observer lois, règlements et autres règles morales n’ayant pour tout objet qu’interdire, défendre, prohiber, censurer, empêcher… sinon panpan culcul. Une vie tout ce qu’il y a de plus normale, vécue dans une indifférence aux autres qui n’avait d’égale que celle qu’ils me portaient, si je puis dire. Une vie tout ce qu’il y a de plus normale, je me répète, et d’une banalité à toute épreuve, bref, une vie sans autre intérêt que celui, modeste, servi par ma modeste banque et n’ayant jamais dépassé le taux de 1%, les meilleures années, une fois déduits les frais de gestion. Pas une seule fausse note, pas la moindre grossièreté –si ce ne sont quelques “crottes de bique” osées, mais dont je m’étais toujours excusé tête basse et en toute humilité–, pas le moindre orgueil, la moindre méchanceté, le moindre impayé (y compris pour des factures émises par des escrocs). Ni les moindres délit, écart, ruade, révolte, colère, irrégularité, faux pas (quand bien même m’aurait-il permis d’éviter une déjection canine), déviance, contravention, crime, entorse (quand bien même m’aurait-elle permis d’éviter pire) ; pas les plus petits manquement, méfait, transgression, violation, errement, offense, transgression, vice ou même brève et discrète séance d’onanisme. J’en rajoute, on l’aura compris, ayant tout de même commis quelques menues incartades, si pâlichonnes que jamais elles n’auront eu la moindre fâcheuse incidence pour autrui.
Une vie affligeante, en fait, lot de ceux qui se vouent à l’obéissance et refusent tout conflit, celui-ci consisterait-il seulement à vouloir chercher des poux à des teignes agressives ou autres saletés urticantes. Jusqu’au jour où…
Je ne dirai pas ce qui s’est passé ce jour-là, et qui me fut révélation salutaire. Mais je ne saurais taire ce mémorable « Putain de bordel de merde de saloperie de chiottes » qui m’était sorti des lèvres, suivi d’autres gentilleses stylées où il avait été question de « fils de pute, connards, bande de pétasses, enfoirés, sales cons, enculés, couilles molles… assortis de pédés, rastaquouères, métèques, niakoués… J’avais même osé « jobards », c’est pour dire.
Je m’étais retrouvé au poste –les flics ne précisent jamais « de police », c’est bien entendu sous-entendu– où ma verve devenue insatiable en avait rajouté. De là on m’avait conduit au Hachepet, l’hôpital psychiatrique, service de jour. Où j’avais rapidement et largement enrichi mon vocabulaire grâce à l’entremise d’une prostituée qui l’avait trouvé d’une rare indigence. En somme, de la pure éclate, pareille à celle que produisent les électrons libres. Électron libre que je suis devenu ce jour-là. 

Les gens pas normaux, quand ils s’agitent, les gens normaux les enferment, c’est connu, derrière des barreaux, de bons et solides barreaux fabriqués par des gens tout ce qu’il y a de plus normaux et obéissants, bons ouvriers et tout. Les gens anormaux d’un côté, et parce que « qui se ressemble s’assemble », les gens pas normaux de l’autre, ou anormaux, si vous préférez. Seulement séparés par des barreaux et par l’air qu’il y a entre les barreaux, même pas de l’air comprimé. Vous voyez ? 
Et croyez-le ou pas, je vais mieux, même si personne n’est capable de me dire ce que ça signifie, pour moi et en moi, d’aller mieux. Vous comprenez ?