Archives de la catégorie ‘citoyenneté’

Je crois en Dieu, je crois au Père Noël, je suis un bon chrétien et un bon citoyen.
Moi, et c’est au cas où ma fille me ramènerait un bâtard à la maison, je suis pour l’avortement.
Moi, et c’est au cas où ce bâtard devait survivre à cause de ceux qui sont contre l’avortement, je suis pour la peine de mort.

J’ai lancé une alerte. De toute ma force, en visant le plus haut possible. Je l’ai vue s’élever à tout berzingue. Elle est partie si haut dans le ciel que j’ai fini par la perdre de vue. Sûr et certain qu’elle avait atteint sa cible, je me suis détendu, heureux d’avoir rempli mon devoir de citoyen en dénonçant ce que quiconque aurait jugé comme étant dénonçable, car hors la loi.
Je me suis réveillé sur un lit d’hôpital. « Traumatisme crânien » m’a annoncé un toubib en uniforme, sans bien saisir ce qu’il me racontait. Il m’a affirmé ignorer ce que j’avais bien pu recevoir sur le crâne. Je n’en savais pas davantage.

De notre envoyé spécial au Breïzistan.
Suite au discours que le président de la région Breïzistan a tenu dans la langue locale, le breïzistanais, le gouvernement central a déclaré l’état d’urgence dans cette région de l’extrême ouest du pays.
On leur donne ça, a déclaré le ministre de l’intérieur en précisant sa pensée à l’aide d’un zéro formé du pouce et de l’index de la main gauche, et ils veulent ça, a continué le même en dressant à la verticale le pouce seul . Ils auront ça, a-t-il ajouté en dressant le majeur, les autres doigts repliés sur la paume, geste universel dont la signification tombe sous le sens. Ils veulent la guerre, ils l’auront : la République une et indivisible ne peut accepter de telles dérives.
L’état d’urgence décrété, il s’est rendu au Foutesk, la brasserie en vogue dans les hautes sphères de l’état. On y cause exclusivement le français, le personnel est français (chaque employé s’est vu attribuer le label  “Français de souche” tant convoité par les étrangers, les Auvergnats et d’autres), la cuisine est française, de même que la femme du cuistot, c’est dire. Le Foutesk, où le ministre a rappelé ce que serait cet état d’urgence. Après avoir trinqué à la République et s’être empiffré de tripes à la mode de Caen, il en a exposé les principaux points :

«Toute personne surprise à fabriquer, trafiquer ou consommer des galettes ou crêpes (fussent-elles de deuil), du jus de pomme fermenté, des gâteaux écœurants bourrés de beurre et autre beurre salé sera passible de poursuites. Croyez-moi, les habitants du Breïzistan vont se faire de sacrés mollets de campeur… »

Interrompant son discours, le ministre a demandé qu’on lui remplisse le verre qu’il tenait en main. « Pas mal, les tripes, mais un rien salées », a-t-il dit en tendant son verre à Charly, le chef de rang du Foutesk, avant de reprendre.

« Les Goubiden, ces coiffes ridicules qui ressemblent à des tuyaux de poêle ajourés dont les femmes se couvrent le crâne sont désormais prohibés, comme le sont les chapeaux ronds à rubans des Breïzistanais. Ils ont des chapeaux ronds, vive les…
Je plaisante. »

— Charly, mets-moi une coupe.
— Ça vient. Et une coupe pour le ministre, une !

« Mesure far phare, l’enseignement du breizistanais et son usage dans les administrations sont interdits dorénavrant… je veux dire interdits à compter de tout de suite, d’autant qu’à force d’en user, c’est usé. Pareil pour ces rassemblements imbéciles où des sales merd… des mioches, passe encore, et des adultes attardés font la ronde en massacrant les parquets à grands coups de sabots lors de leurs fêtes, les fècesnoces, ils appellent ça, ou un truc pas loin.  Des orgies tapageuses, oui, et qu’ont rien à voir avec not’ 14 juillet. »

— Charly, Faut que je te l’demande comment ? Mets-en deux, tant que tu y es.

«Interdits les bagdads, des cliques que rien que le nom, si ça c’est pas du terrorisme, faut m’espliquer.  Déjà pour les oreilles. C’est que ça y va les couacs, avec leurs binious, que ça mériterait à l’aise d’être arrosé de  chevrotine. Les sabotiers, et leur fâcheuse tendance à saboter ce qui est sabotable, vont être soumis au port obligatoire du signe de leur infamie, que dis-je, de leurS infamieS, je vais me gêner ! Leur Hermine, ils veulent pas se la mettre dans le fondement ? qu’à cela ne tienne. On va leur faire briser les sabots en mille morceaux, et ils y tailleront à l’Opinel leur symbole celte à la noix. Qu’ils devront le porter sur leur poitrine de porcs breïzistanais.  Et en tant que ministre be l’indérieur, j… j’interdi… ça sera défendu de…»

— Du de fous de ma gueule ou guoi avec tes coupettes ? Laisse la bouteille et ap… app… file-moi un grand verre.

« Saint Yves et Sainte Anne, c’est  norédravant… c’est maintenant du passé, que ces têtes de mule de breïzistanais se mettent ça dans le grâne. Rayés du galendrier républicain Yves et la sœur Anne qui verra plus rien venir ne seront plus fêtés, c’est comme ça. Les cousins à la mode du Breïzistan, c’est fini. Finie aussi la pêche aux moules du Breïzistan, fini le homard à l’améric, je veux dire à l’armoricaine, blus dout le resde y’aura qu’à lire la lisde ovizielle dans le journal oviziel.
Tout élu, tous les élus, vive zélu… je plaisante, ou rebrévendant de l’ordre, du clervé, de l’adm… de l’admi… l’admisidration, ceux de la vongtion bublique, quoi, des transborts en gommun, des p… pét… des PTT, des assoc… et de la société civile pris à parler le breïzisdanais ze verra banni et débozédé défait déboudé déceptionné déçu, je veux dire déchu de la natio… nalité française.»

— Boudin… budin de bébie… Et merde, putain de PéPie. Vait zoif. Chhhh… Charly, j’ai zoiv, nom de dieu.

«Font chier, au Breïzistan, avec leurs gonneries. Pour la peine, leurs eaux deritoriales seront radajées à la Vendée ou à la Normandie zelon le gas.»

Les salopards, moi je dis que c’est dans l’œuf qu’il faut y tuer. Ouais ! qu’on me dit, et c’est à quoi que tu reconnais que c’est un salopard dans l’œuf en question ? Faut pourtant pas être bien malin, je réponds. On y reconnaît, parce que ça se voit, c’est tout. Si jamais tu as un doute à cause que la couleur ça serait comme entre chien et loup, genre gris, si tu vois ce que je veux dire, tu peux toujours le mirer pour vérifier. Faut juste des loupiotes comme des projos, genre miradors. Trouble ou pas clair, tu le démolis, et c’est tout. Moi, je préfère te dire que je m’emmerde pas. Au moindre doute, je te balance l’œuf sur un mur, et basta !
On a eu un président, le nom ch’sais plus, à cause que ça change, lui il était pour. Aujourd’hui, ch’sais pas s’il est toujours pour, mais je croise les doigts pour que oui, et je les croise deux fois pour qu’il revienne président.
C’est bien beau tout ça, mais tes fameux œufs, tu les trouves comment ? qu’on me dit aussi. C’est pas compliqué, je réponds, je les trouve là où ils sont, et là où ils sont, ça se voit et ça se sent, ben tiens !
Avec les poteaux, histoire de se faire la main, on s’en est fait quèques uns, y’a quèques temps. Le fendage de gueule ! Une petite mise en bouche, si tu préfères. Mais là, vu comme c’est parti, les terroristes et les autres, qu’on soit sûr ou pas, on va pas tarder à y aller, avec les potes, qu’on a fait comme qui dirait une milice. Les salopards, j’aime autant te dire qu’ils vont pas tarder à voir de quel bois on se chauffe.
Sauf que pour eux, t’es p’têt bien aussi un putain de fumier de salopard, y’en a un qui m’a dit, le con ! Je me suis pas démonté. Faut pas tout mélanger, j’ai expliqué, parce que y’a salopard et salopard.