L’informatique, c’est drôlement bien. Encore mieux que le téléphone mobile qui se planque pour qu’aucun malfaisant ne mette la main dessus, et qu’on met trop longtemps à retrouver. Mieux aussi que les voitures à 4 roues avec volant ; les vélos à pédales et guidon ; les rails pour faire rouler les Tégévés ; les bateaux méga géants qui flottent ; les wagons de queue ; les tasses avec anse à gauche et les tire-bouchons pour gaucher. Ça ne vaut peut-être pas la télé avec ses jeux où des idiots paient les cadeaux que des crétins vont gagner, mais ça n’en est pas loin  ; plus tout le reste qui nécessiterait une encyclopédie pour en causer en détail.

L’informatique, ça permet de faire tellement de trucs qu’on se demande pourquoi dieu ne l’a pas inventée en même temps qu’il a fabriqué l’homme. Mais on comprend mieux lorsqu’on sait, parce qu’on nous l’a dit, que ses voies sont impénétrables, ce qui tient debout si on admet que dieu est un concept et que les concepts n’ont aucun orifice. Quand je dis informatique, c’est aussi tous ces bidules électroniques bourrés de puces et autres saloperies pour lesquelles les hommes sont prêts à en découdre et à s’entre-tuer, ce que d’ailleurs ils font font font, les petites marionnettes. Bidules numériques, pour faire vite et dans l’à peu près. Comme les appareils photo (numériques) qui permettent de prendre des dizaines de milliers de photos dont l’intérêt majeur est qu’elles n’en présentent aucun. Myriades de photos qu’on stocke sur les ordinateurs et que jamais on aura le loisir de visionner.
Utilisateur chevronné de l’informatique, du téléphone portable (avec GPS), je table sur le tableur pour qu’il me donne les résultats qui me conviennent ; je compte sur la base de données pour assurer une bonne gestion des choses matérielles que je ne possède ni ne brigue ; je délègue à mon téléphone la charge de mémoriser les malheureux 10 seuls numéros que je suis susceptible d’appeler pour un bon motif, ainsi que de me conduire du bistrot à mon domicile les nuits de beuverie, grâce à ses fonctions GPS et lampe de poche.
Et surtout, cerise sur le gâteau, tantale sur la décharge, ces magnifiques machines, plus douées d’intelligence que la plupart d’entre-nous, non seulement nous facilitent la tâche, mais par conséquence nous font aussi gagner du temps. Et comme nul n’est censé l’ignorer, le temps étant de l’argent…

Avant, je veux dire en ces temps primitifs où on écrivait à la main, on mettait disons 20 minutes pour finaliser une lettre. Une première ébauche précédait un brouillon et, corrections faites, on écrivait la lettre au propre. Pas à l’abri d’un vilain pâté dû à une mauvaise plume, une deuxième lettre ne prenait que quelques minutes ridicules, que ne pouvait sérieusement interrompre une panne de courant. Aujourd’hui, et la forme primant sur le fond, « on fait ça bien », on fignole, on lèche style et présentation, on exécute des copier-coller en puisant dans des modèles stéréotypés livrés clé-en-main avec le traitement de texte qu’on a parfois chèrement payé. Et, hourra, 3/4 d’heure plus tard, la lettre est enfin finie. Reste encore à l’imprimer.
Certes, un bon exécutant mettra moins de temps que ces 3/4 d’heure pour écrire son courrier, à condition qu’il omette le temps qu’il aura passé (temps censé lui permettre de gagner du temps) à travailler pour acheter les machines qu’il utilise.
temps_qui_passe_bis
Raisonnement absurde ? Allez savoir… Revenons un instant à nos automobiles, 4 roues, plus le reste. Il nous faut un certain temps pour effectuer un trajet de 1000 km. Combien de temps nous a-t-il fallu travailler pour nous offrir notre voiture ? Combien de temps pour payer l’assurance, le carburant, l’entretien, le crédit éventuel ? En tenant compte de ces paramètres, à quelle vitesse réelle nous déplaçons-nous, nous qui voulons tant gagner de temps, course illusoire qui, au final, ne nous donne pas même le loisir de nous interroger sur la (dé)raison qui nous pousse à vivre ainsi. Et si, en cette façon de voir les choses, nous nous déplacions en fait moins vite que nous ne le faisions au Moyen-âge ?

Vouloir gagner du temps nous amène à en perdre. Hélas ! jamais nous n’en perdons à nous demander pourquoi nous voulons en gagner.

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