Les gens qui sont dans la politique, je n’ai rien contre, loin de là. Difficile d’en vouloir à ces consciences éclairées, à ces êtres d’une consistance sans égale, à ces hyperactifs volontaires, fougueux et talentueux. Délicat de ne pas applaudir aux discours de ces valeureux tribuns, aux idées lumineuses de ces têtes pensantes qui les prennent (et nous surprennent lorsque nous en prenons connaissance) même pendant leur siestounette sur les bancs de leurs assemblées. Ardu et dangereux de s’opposer à ces gens de pouvoir qui savent mieux que des marionnettistes de talent tirer les ficelles des pantins qui s’abandonnent, confiants, entre leurs mains de démiurges géniaux et généreux. Scabreux de ne pas vénérer ces chefs ou cheftaines aguerris, à l’autorité innée, qui nous guident sur le chemin de la liberté-égalité-fraternité –fermez le ban!, que je m’y tienne debout au garde à vous afin de mieux apprécier cette noble étoffe qui les a fait choisir pour nous représenter et nous conduire à bon port, ne nous menant jamais par le bout du nez, ni ne nous faisant emprunter le moindre chemin hasardeux ou celui, tire-au-flanc, d’une stabilité improductive.
Être contre ceux que nous avons en quelque sorte intronisés n’est pas même pensable. Surtout lorsqu’on est pour. Je suis pour à cent pour cent, même à sang pour sang si se dessinait le moindre funeste destin. En un mot comme en cent, je les aime. De cet amour qui, n’attendant aucun retour, absolument aucun, ne saurait être déçu.

Hélas, hélas, hélas, trois fois hélas (ce qui fait quatre avec ce dernier,) sachant que d’aucuns, persuadés de tirer un jour profit de leur geste que l’Histoire leur montrera vain, sont plus prompts que moi à glisser dans l’urne ces petits papiers dont le rôle hygiénique pour le pays n’est plus à démontrer, j’évite quant à moi les bureaux de vote, les cris désespérés d’une carpe esseulée l’emportant sur les harengs harangues pas toujours fraîches et désespérantes des candidats dont notre saur (mauvais) sort, à les entendre est entre leurs mains âpres et mollement humides. Les élections se passent de moi sans qu’elles en tirent de bénéfice, tandis que je me passe avantageusement d’elles, y compris de celle de Miss France où, priant les carpes, truites, brochets ou perches de bien vouloir patienter, plutôt que taquiner le goujon, je m’attaque aux maquereaux, raies ou morues. Tant pis, alors, pour le Gefilte Fisch.

« Ne pas voter, c’est être irresponsable, c’est être contre la politique et contre ceux qui y sont jusqu’au cou, tentent d’y surnager et mouillent leur chemise pour la France et son bon peuple…» vous entends-je grommeler comme des bécasses, bien que celles-ci croulent, tout comme d’autres le font, sans doute vous-même, sous les responsabilités citoyennes qui les assaillent.
Que vous dire ? Laissons plutôt s’exprimer François Hollande, notre Président, comme il le fait dans la stricte intimité face à son miroir de salle de bains. Non ! Imaginez simplement ce qu’il peut se raconter, ce qu’il pense du pétrin dans lequel il s’est mis et dans lequel l’ont mis une majorité d’honnêtes citoyens dont il est possible que vous soyez, qui ont voté pour lui, lui ont fait des grâces et qui, aujourd’hui, le vilipendent sans vergogne, lui tournent le dos, le trahissent, comme d’autres le firent avec son prédécesseur, un certain Nicolas Sarkozy, si je ne me trompe, ou encore avec tel ou tel autre et, toujours, en donneurs de leçons, le referont avec les suivants.
N’ayant voté ni pour l’un, ni pour l’autre, ni jamais pour personne est éminemment la preuve que je ne suis pas contre celles et ceux qui font de la politique, bien au contraire. Je l’ai dit et le redis : j’aime les gens qui sont dans la politique, je les soutiens, les respecte, les aime du plus profond de de mon inconscience, en leur clamant haut et fort qu’avec moi ils peuvent dormir tranquilles : jamais je ne voterai pour eux.

« Et les énarques, hein, les énarques. Vous les aimez aussi ? » Vous ois-je me demander sournoisement en vous gaussant plus que ne le fit Carl Friedrich lorsqu’un détracteur stupide avait critiqué sa pertinente démonstration du théorème énonçant que « toute fonction entière rationnelle algébrique d’une variable peut se décomposer en facteurs réels du premier ou du deuxième degrés ».
Où donc avez-vous vu que les énarques faisaient de la politique ? Vous réponds-je sans ambages. Ils font des affaires, certainement pas de la politique. Des affaires, rien que des affaires, encore des affaires, toujours des affaires. Et les affaires, Dieu sait que ça ne passe pas par les urnes. N’est-ce pas ?

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