Minuit. Drrrrring ! Un lancer de godasse, au juger, sur le réveil a mis fin à ses jours. De toute façon, sa dernière heure était venue. Désormais la cocotte qui picorait ne me fera plus jamais chier. J’ai ouvert un oeil : rien. J’ai ouvert l’autre : pas plus.
Là où j’habite, un coin paumé au sommet d’un tas de cailloux dans le sud de la France, le téléphone ne passe pas. C’est pas faute d’avoir essayé, mais il ne passe pas, et du coup, j’ai refourgué celui que j’avais à une espèce de représentant de commerce, un type qui vend des clous, allumettes, bougies, magazines cochons en espagnol (l’Espagne est à deux pas), lacets, fil, aiguilles, fanfreluches pour les bonnes femmes et autres babioles inutiles comme les allumettes dont je n’ai rien à faire, mon briquet à amadou me donnant entière satisfaction. Internet non plus, ça ne passe pas, raison pour laquelle je n’ai pas d’ordinateur. J’ai revendu celui que je possédais à une espèce de coloporteur, un type qui vend des ragots, des bruits, des cancans, des potins plus quelques rumeurs et autant de racontars. Un vrai colporteur, en somme. 
Les piafs qui passaient encore avant que l’armée n’interdise le survol de mon tas de cailloux ne passent plus non plus. Ni les cigognes avec leurs gros paquets, ni les pigeons voyageurs. Le dernier que j’ai aperçu s’était fait descendre par un F35 du Mossad que j’avais reconnu à cause de la menorah peinte sur le fuselage. Pas beau à voir, le bestiau. Ils l’avaient pas loupé, les saligauds. Bourré de plomb dans l’aile, que j’avais récupéré pour me faire des fausses dents, résultat d’une alimentation peut-être un peu trop riche en sels minéraux. Tu tombes sur un caillou dans tes lentilles, c’est déjà pas rien, mais tomber sur le contraire, c’est une autre histoire. Les corbeaux ? Même eux ne passent plus, c’est pour dire. Les gerfeaux ? Arrête tes conneries, on est dans le sud.
Bref : rien ne passe ici. Même plus les biquettes. Faut dire que j’en ai usées quelques unes et qu’elles n’étaient pas toujours à la fête avec moi. Alors leur putain de fin du monde, je m’y prends comment pour savoir si elle a eu lieu ? Faut-il que je redescende dans la vallée pour me renseigner ? Si elle a effectivement eu lieu, tu crois vraiment que je vais trouver un quidam qui va me le dire ? Et si jamais elle a été reportée, qu’est-ce qui me dit que je ne vais pas me retrouver à l’hôpital psychiatrique comme la dernière fois, en septembre 99 ?
Commencent vraiment à me bassiner, les fins du monde !

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