Je m’ai fait greffer une télé. ça m’évitera de perdre mon temps à la chercher, et comme ça m’arrive de me laver, je n’aurai plus à faire la poussière sur l’écran. J’ai remplacé la télécommande par des bio-contacteurs et viré l’ancien boîtier, ce qui me fait gagner une place non négligeable. Mon appart n’est pas grand, et c’est toujours ça de pris.

Rien de mieux qu’un bio-contacteur. Tu veux la chaîne Q, tu te le tripotes, et c’est parti. C’est un exemple, on l’aura compris, parce que faut pas croire, mais ça n’est pas la seule chaîne que je regarde. Sinon, j’aurais même pas eu à me faire poser un bio-contacteur dans le fondement. Pour une émission qui cause de politique, c’est un bio-contacteur automatique. Suffit que je me mette en mode schizo et que je pense au Palais Bourbon, et c’est parti pour une sieste. C’est aussi un exemple. Envie de voir un match ? Rien de plus simple : je m’ouvre une bière, me cale dans le canapé, et vas-y que ça se met à courir après le ballon. Le foot, quand c’est les Français qui jouent, je peux retourner tranquillo au frigo me sortir une bibine sans risquer de les voir louper un but. Risque d’autant limité que pour rentrer le ballon dans la cage de l’adversaire, encore faut-il l’avoir au bout du pied. Quelques rots bien ajustés et bien sentis suffisent pour changer de chaîne, donc de sport.
Pour la messe, je n’ai qu’à faire un signe de croix, mais faut dire que c’est pas de tout repos, alors j’évite. Ça fait travailler le cœur, m’a dit le toubib, faut pas trop en abuser. Si vous préférez, m’avait dit l’installateur –un chirurgien reconverti dans le bizness hig-tech–, je vous greffe un crucifix quelque part où il y a encore de la place. Z’avez juste à appuyer sur le bouton poussoir et Dieu est à vous, en panoramique et stéréo. Mais la religion, faut reconnaître que c’est pas mon trip, enfin pas vraiment. Mon trip à moi, c’est les jeux, les talk-shows, la télé-réalité et aussi les machins avec des animateurs qui se font mousser par leurs invités que, plus ils les font passer pour des cons, plus c’est fendant. Faut dire qu’ils ont pas de mal, les animateurs, vu que les invités, c’est pas le fil à couper le beurre en été qu’ils ont inventé. Sinon ça se saurait, et ils viendraient pas. Pis y’a aussi les prime-time, comme ils disent.

Pour les jeux, c’est pas compliqué : le temps de dire deux ou trois grosses bêtises, du genre que… des que j’ai déjà entendues à la télé et que je répète, et je n’ai alors plus qu’à choisir entre Le maillon faible, Les z’amours, Questions pour un champion, plus le reste. Un regret cependant : qu’il n’y ait plus Le Bigdil de Lagaf’. Julien Lepers, il me fait tellement marrer que des fois ça me fait comme un court-circuit, peut-être à cause qu’il me fait pisser dans la culotte. Bien sûr que l’urine c’est un conducteur ; faut jamais avoir pissé sur un fil électrifié pour pas le savoir.
 Pour les émissions où c’est que les animateurs télé ils me font bidonner, c’est pas compliqué : un rire aux éclats, un filet de bave, un air débile, et ça y va. Après, c’est une question de mots-clés. Si je dis enculé, par exemple, ou une autre délicatesse, ça se cale sur On n’est pas couché ou On n’demande qu’à en rire. Fendage de gueule assuré. Mais bon sang de bonsoir, qui c’est qui couche avec qui ? C’est la question que je pose si je veux zapper sur des histoires de coucherie comme il y en a, et il n’y a que ça à moins que ce soit pire, dans Secret Story. Ça marche aussi en actionnant les bio-contacteurs que je me suis fait introduire sous la peau  de mes bourses, ce que j’ai appris à faire en toute discrétion. Pour Koh-Lanta, un grattage sur mes parties génitales où s’ébattent des morpions, et c’est enlevé pour un remake de Crime et châtiment, où chacun gagnera son salut par la souffrance, youpi !
Pour me brancher sur L’amour est dans le pré, je me mets en mode branlette, pas plus compliqué que ça. J’y vais mollo, à cause du cœur. Fort Boyard, c’est un poil plus compliqué et sportif. Ça ne marche que si je descends à la cave. Balai en main, j’y file en douceur, dans le noir, sans faire le moindre bruit. Puis j’allume la loupiote en gueulant de toutes mes forces et en donnant de grands coups de balai, comme un dératé, donc un grand dépressif. L’idéal, pour une connexion de bonne qualité, c’est qu’une saloperie de rat me tombe sur le râble. Fervent croyant, ce que valide une certaine abjection pour les offices religieux, j’ai bien essayé de retrouner à mes vomissements après avoir avalé scorpions, couleuvres plus autres zakouski immédiatement rendus, sans toutefois trouver cela suffisamment goûteux pour remettre le couvert. Hélas, n’est pas héros qui veut, et il y en a moins chez moi qu’à Fort Boyard.
Se bidonner, c’est bien, mais se cultiver aussi, pas seulement pour avoir de la conversation, mais aussi pour s’élever l’esprit. Alors je m’efforce de ne rien louper de cet espèce de machin-réalité dont le titre –Les Ch’tis débarquent à Mykonos– ne me fait pas regretter que les Ottomans n’y soient pas restés. Jamais je dirai assez ô combien ces Ch’tis-ci m’ont enrichi.

Les séries, nom d’un p’tit bonhomme, j’allais oublier les séries. Surtout ma préférée : Plus belle la vie, que je me demande où ils sont allés chercher le titre et encore plus les histoires qui s’y déroulent, d’une profondeur nettement plus abyssale que celle de mon trou de balle. À côté de ce qui se joue dans cette œuvre capitale et des fines intrigues qui l’émaillent de ce suspense insoutenable qui fait irrémédiablement penser à James Hadley Chase, ce qui se passe dans la cité phocéenne (Marseille, pour ceux qui, à l’école, veillaient à ce que les radiateurs ne s’envolent pas) est du nanan, de la bluette pour ménagère, de la comédie musicale pour collégienne qu’une acné redoutable rend plus disgrâcieuse qu’une gorgone de mauvais péplum.

On l’aura compris : j’adore la télé, et elle me le rend bien. Jamais en panne, toujours fidèle au poste, y compris lors des pannes secteur que je ne crains plus depuis que je me suis fait greffer une batterie qui se recharge à l’énergie solaire. Bref, la télé est devenue ma réalité, la seule.

Et la nuit ? vous ois-je vous interroger, sans doute préoccupé que vous êtes de mon bien-être. Les émissions nocturnes ne vous laissent-elles pas défait au petit matin ? vous inquiétez-vous. Je dors, télé allumée, les mains par-dessus la couette, qu’elles n’aillent pas farfouiller ici ou là sous prétexte que ma conscience a envie d’aventures, car là est mon maillon faible. 

Pourquoi pas me présenter à La France a un incroyable talent ? N’ayez crainte, j’y pense sérieusement..

Publicités

Laisser un commentaire si vous le souhaitez

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s