À propos de la commémoration du cinquantième anniversaire du cessez le feu de la guerre portée par la France sur le sol d’Algérie, et de la déclaration d’indépendance de ce pays.

Mais avant tout, que le peuple algérien trouve justice, paix. plus quelques raisons de sourire à la vie. Comme il ne manque ni d’imagination, ni de courage, nul doute qu’il y parvienne. Un jour…

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L’été 1962 a été la source de tous nos maux, l’indépendance a commencé par un coup d’Etat. Quant à l’écriture de l’histoire en Algérie sur la guerre d’indépendance , « ils veulent l’écrire avec une gomme et non avec un stylo. »
COMMANDANT AZZEDINE

Après une guerre de libération terrible, une indépendance jalonnée de trahisons, d’enlèvements, de meurtres, de tueries sans nom, des années de braise et d’autres de glace, la chappe de silence posée par les gouvernements est toujours aussi solide et innamovible, maintenue en place par les autorités algériennes et françaises. Entre raisons d’États et intérêts plus ou moins privés, l’omerta règne en maîtresse insatiable. 
Qui trinquera de part et d’autre de la Méditerrannée pour commémorer l’indépendance de l’Algérie ? Le peuple ? Et qui pleurera les centaines de milliers de morts et autres victimes que les langues de bois préfèrent taire afin de ne pas être éclaboussées ?

L’indépendance a eu lieu dans un environnement de guerre civile et idéologique, donnant lieu à des vagues successives d’attentats, assassinats et massacres y compris au-delà des frontières du pays. Guerre civile qui s’est traduite par des luttes de pouvoir entre le FLN d’une part, et les partis rivaux d’autres part, notamment le Mouvement national algérien (MNA)de Messali Hadj1 et le Front des Forces socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed2. A noter aussi la campagne de répression contre les algériens pro-français qui soutenaient le rattachement de l’Algérie à la République française, et l’épuration sanguinaire des harkis, en contradiction avec les promesses de Ben Bellah et sous l’oeil complaisant et la bénédiction du pouvoir français.
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Quelques jalons…
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1963
Messali Hadj, père du nationalisme algérien, fondateur du Parti du Peuple Algérien (PPA), du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) et du Mouvement National Algérien (le MNA, opposé au FLN), s’exile en France après avoir été la cible de plusieurs attentats. Il ne reverra plus son pays. Il décèdera à Paris en 1974, mais sera enterré à Tlemcen.
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Mai 63
Assassinat de Mohamed Khémisti, Ministre des Affaires Étrangères. Son assassin « se suicide » dans sa cellule. Selon Ben Bella, l’enquête aurait démontré qu’ « il n’y avait rien derrière cet acte ». Abdelaziz Bouteflika, prendra sa suite au Ministère.
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Juin 63
Ben Bella déclare à la presse, à propos des massacres de Harkis : « Nous avons pardonné aux Harkis, leurs assassins seront arrêtés et exécutés. »
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Mohamed Boudiaf, un des chefs historiques de la révolution, fondateur du Parti de la Révolution Socialiste, est arrêté et interné dans le sud Algérien. Libéré quelques mois plus tard, il sera condamné à mort en 1964 par le régime Ben Bella. Exilé en France, il travaille à un projet politique pour l’Algérie dont il en tirera des conférences qu’il donnera dans ce pays et au Maroc.
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Azzedine (Rabah Zerari) recrée la Zone Autonome d’Alger afin de tenir en échec l’OAS. Véritable chef de guerre, il est à la tête de 12 bataillons et d’un arsenal de 15000 armes. Affligé par les déchirements entre les différentes factions, hostile à Ben Bella qui le lui rend bien, il quitte l’ALN et la vie politique.
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Juillet 64
Arrestation, sous l’ordre de Ben Bella, et déportation à Béchar d’Abderahmane Farès, ancien président de l’exécutif provisoire, député à l’assemblée. Il sera libéré un an plus tard à l’arrivée de Boumédienne au pouvoir.

Août 64
Ferhat Abbas, ancien président de l’assemblée Constituante de l’Algérie est arrêté et interné à Adrar dans le sud algérien.

Septembre 64
L’ancien chef FLN, de la wilaya VI, le colonel Chaabani, est accusé de complot contre le FLN et de tentative de sécession du sud algérien. La cour martiale spécialement créée par Ben Bella le condamne à mort et l’exécute. Il est réhabilité en octobre 84 par décret présidentiel.
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Avril 1964
Aït Ahmed, un des fondateurs du FLN et un de ses chefs emblématiques est condamné à mort. Il sera gracié par le Président Ben Bella.
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Juin 64
Un putsch, dont les principaux organisateurs sont Houari Boumédiène et Abdelaziz Bouteflika, renverse Ben Bella. Celui-ci est interné avec son conseiller depuis 1962, Hervé Bourges, qui avait pris la nationalité algérienne. Hervé Bourges avait été l’ancien “geôlier” de Ben Bella, de Hocine Aït Ahmed, de Mohamed Khider et Mohamed Boudiaf. Houari Boumédiène prend le pouvoir.
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Janvier 1967
Mohamed Khider, membre de la délégation du FLN (arrêté avec Ben Bella, en 1956) et détenteur du trésor de guerre du FLN, est assassiné à Madrid. Il sera enterré au Maroc.
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Avril 1969
Krim Belkacem, chef historique du FLN, signataire des Accords d’Évian pour le FLN, accusé d’avoir organisé un attentat contre Boumédiène, est condamné à mort par contumace. Il sera assassiné à Francfort en octobre 1970 sur ordre de Boumédiène.
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Mars 1976
Ferhat Abbas, est mis en résidence surveillée, pour avoir publié un manifeste dénonçant les risques de guerre entre l’Algérie et le Maroc.
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Décembre 1976
Jean de Broglie, un des trois signataires français des accords d’Evian est assassiné à Paris.
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Avril 1987
Assassinat d’Ali Mécili, bras droit de Hocine Aït Ahmed.
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Janvier 1992
Mohamed Boudiaf, un des chefs historique du FLN. Membre du GPRA en tant que ministre d’État jusqu’en 1961, puis vice-président jusqu’en 1962, s’oppose aux premiers régimes mis en place à l’indépendance et s’exile durant plus de 25 ans. En 1992, l’Algérie étant alors en pleine crise politique, il prend la tête de l’État en tant que président du Haut Comité d’État. « La mosquée appartient à Dieu, la patrie à tous » déclare-t-il. Il est assassiné en juin suivant.
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19 Mars 1997. À Alger à l’occasion du 35e anniversaire des accords d’Évian, (Fête de la Victoire en Algérie) Ben Khedda célèbre le triomphe de la révolution algérienne en déclarant : 

« Le triomphe de la révolution algérienne, qui a réussi à déloger un million d’Européens, seigneurs du pays, et obtenu l’unité du peuple algérien, un seul peuple de culture Arabo-islamique. Les Algériens ont battu la France, non par les armes, mais grâce à leur foi en l’islam.»

Vision idéaliste et simpliste, qui passe sous silence le phénomène de ces algériens musulmans, ni pro-Français, ni pro-FLN et qui ne se sont ralliés à la cause des indépendantistes qu’en 1962, sentant tourner le vent avec le cessez-le feu et la perspective de l’indépendance.
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1. Les violences entre FLN et MNA feront en France Métropolitaine 10000 victimes, dont 4000 morts.
2. Aït Ahmed (un des principaux chefs du FLN qui démissionne du GPRA en même temps que Ferhat Abbas, lors de la crise de l’été 1962) réclame le pluralisme politique en fondant le Front des Forces Socialistes (FFS) pour s’opposer au pouvoir qui verrouille la vie politique avec son système du parti unique. Accusé de séparatisme, le FFS crée des groupes de maquis et se dresse contre les troupes de Boumédiène qui feront des centaines de morts dans les rangs Kabyles du FFS.

Voir aussi l’article de Hocine Aït Ahmed

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